“Ça suffit: Dieu t’en récompense!”

Jésus recommence à parler pendant que le romain semble monter la garde à ses côtés, dans sa tenue magnifique.

“Esclaves par suite d’un douloureux événement, c’est-à-dire esclaves une seule fois. Esclaves pour toute la vie. Mais chaque larme qui tombe sur leurs chaînes, tout coup qui vient marquer une douleur sur leur chair desserre les menottes, orne ce qui ne meurt pas, leur ouvre enfin la paix de Dieu qui est l’ami de ses pauvres fils malheureux et qui leur donnera tant de joie en échange de tout ce qui ici a été la douleur.”

De l’intérieur de la galère avancent des hommes de la chiourme qui écoutent. Naturellement, les galériens ne sont pas parmi eux. Mais certainement, par les ouvertures où passent les rames, ils entendent arriver jusqu’à eux la voix puissante de Jésus qui se propage dans l’air tranquille à cette heure de marée basse. Publius Quintilianus, appelé par un soldat, est parti.

“Je veux dire à ces malheureux que Dieu aime, d’être résignés dans leur souffrance, d’en faire seulement une flamme qui rompt plus vite les chaînes de la galère et de la vie en consumant dans le désir de Dieu cette pauvre journée qu’est la vie, journée sombre, orageuse, remplie de peurs et de privations, pour entrer dans le jour de Dieu lumineux, serein, sans plus jamais de peurs ni de souffrances. Vous entrerez dans la grande paix, dans l’infinie liberté du Paradis, ô martyrs d’un sort douloureux, pourvu que dans votre souffrance vous sachiez être bons et aspiriez à Dieu.”

154.4 – Publius Quintilianus revient avec d’autres soldats et derrière lui arrive une litière portée par des esclaves et à laquelle les soldats font faire une place. C'est la litière de Claudia Procula, comme on le découvre un peu plus loin.

“Qui est Dieu? Je parle aux gentils qui ne savent pas qui est Dieu. Je parle aux fils des peuples soumis qui ne savent pas qui est Dieu. Dans vos forêts, ô Gaulois, ô Ibères, ô Thraces, ô Germains, ô Celtes Précision étonnante, car dans les guerres du règne de Tibère, correspondant à l'époque, on trouve : L'insurrection des Belges (peuple celte) en 21, puis celle des Gaulois Eduens à la même période, les opérations contre les Thraces en 25, puis celles contre les Bataves (germains) en 28 et avant. Pour les ibères, il s'agit probablement des Cantabres, celtibères du nord-ouest de l'Espagne qui n'ont été pacifiés que tardivement. , vous avez quelque chose qui manifeste Dieu. L’âme tend spontanément vers l’adoration, car elle se souvient du Ciel. Mais vous ne savez pas trouver le Dieu Vrai qui a mis une âme dans nos corps, une âme égale à la nôtre, fils d’Israël, égale à celle des Romains puissants qui vous ont subjugués, une âme qui a les mêmes devoirs et les mêmes droits à l’égard du Bien et à laquelle le Bien, c’est-à-dire le Dieu vrai, sera fidèle. Soyez-le également, vous aussi à l’égard du Bien. Le dieu ou les dieux que vous avez jusqu’à présent adorés, dont vous avez appris le nom ou les noms sur les genoux maternels, le dieu auquel peut-être maintenant vous ne pensez plus parce que de lui vous ne voyez pas venir un réconfort dans vos souffrances, que peut-être vous arrivez à haïr et à maudire dans le désespoir de votre journée, n’est pas le vrai Dieu.

Le vrai Dieu est Amour et Pitié. Étaient-ils cela, par hasard, vos dieux? Non. ils n’étaient que dureté, férocité, mensonge, hypocrisie, vice, vol. Et maintenant ils vous ont laissé sans le minimum de réconfort qu’est l’espérance d’être aimés et la certitude du repos après tant de souffrances. Il en est ainsi, car vos dieux n’existent pas. Mais Dieu, le Dieu vrai qui est Amour et Pitié, et dont je vous affirme l’existence, c’est Celui qui a fait les cieux, les mers, les montagnes, les forêts, les arbres, les fleurs, les animaux, l’homme. C’est Celui qui inculque à l’homme victorieux de la pitié et un amour, semblables aux siens, à l’égard des pauvres de la terre.

154.5 – O puissants, ô maîtres, pensez que vous avez tous la même origine. Ne vous acharnez pas sur ceux qu’un malheur a fait tomber entre vos mains et soyez humains aussi envers ceux qu’une faute a attachés aux bancs de la galère. De nombreuses fois l’homme pèche. Personne n’est sans fautes plus ou moins secrètes. Si vous y réfléchissez, vous serez bons pour des frères qui, moins chanceux que vous, ont été punis pour des fautes que vous aussi vous avez commises, tout en restant impunis.

La justice humaine est tellement incertaine dans ses jugements qu’il serait malheureux que la justice divine le fût également. Il y a des coupables qui ne semblent pas l’être, et des innocents que l’on estime coupables. Ne cherchons pas à savoir pourquoi. Ce serait trop d’accusation pour l’homme injuste et rempli de haine envers son semblable! Il y a des coupables qui le sont bien réellement mais qui ont été portés au crime par des forces puissantes qui excusent en partie leur faute. Vous, par conséquent, qui êtes préposés aux galères, soyez humains. Au-dessus de la justice humaine, il y a la justice divine qui est bien plus élevée. Celle du Dieu vrai, de Celui qui a créé le roi et l’esclave, le rocher et le grain de sable. Il vous regarde: vous les rameurs, et vous préposés à la chiourme, et malheur à vous si vous êtes cruels sans raisons. Moi, Jésus le Christ, le Messie du Dieu vrai, je vous en donne la certitude: Lui, à votre mort, vous attachera à une galère éternelle en confiant le fouet maculé de sang aux démons et vous subirez les mêmes tortures et les mêmes coups que vous avez infligés. Car s’il y a une loi humaine qui prévoit la punition du coupable, il faut dans la punition ne pas dépasser la mesure. Sachez vous en souvenir. Celui qui est puissant aujourd’hui peut être misérable demain. Dieu seul est éternel.

Je voudrais changer le cœur et je voudrais surtout rompre les chaînes, vous rendre la liberté et vos patries perdues. Mais, frères galériens; si vous ne voyez pas mon visage, je n’ignore pas votre cœur avec toutes ses blessures. En échange de la liberté et de la patrie terrestre que je ne puis vous donner, ô pauvres hommes esclaves des puissants, je vous donnerai une plus haute liberté et une meilleure Patrie. Pour vous, je me suis fait prisonnier et j’ai quitté ma patrie, pour vous racheter je me donnerai Moi-même, pour vous, même pour vous qui n’êtes pas l’opprobre de la terre comme on vous appelle, mais la honte de l’homme oublieux de la mesure, dans la rigueur de la guerre et de la justice, je ferai une nouvelle Loi sur la terre et une douce demeure au Ciel.

Rappelez-vous mon nom, fils de Dieu, qui pleurez. C’est le nom de l’Ami. Dites-le dans vos peines. Soyez assurés que si vous m’aimez, vous me posséderez même si sur la terre nous ne nous voyons jamais. Je suis Jésus Christ, le Sauveur, votre Ami. Au nom du Dieu vrai, je vous réconforte. Que la paix, vite, vienne sur vous.”

154.6 – La foule, en majeure partie romaine s’est groupée autour de Jésus dont les idées nouvelles ont étonné tout le monde.

“Par Jupiter! Tu m’as fait penser à des choses nouvelles. Je n’y avais jamais pensé, mais je sens qu’elles sont vraies…”

Publius Quintilianus, à la fois pensif et enthousiasmé, regarde Jésus.

“C’est ainsi, ami. Si l’homme s’adonnait à la réflexion, il n’arriverait jamais à commettre le crime.”

“Par Jupiter, par Jupiter! Quelles paroles! Il faut que je m’en souvienne et Tu as dit: “Si l’homme s’adonnait à la réflexion…’ ”

“…il n’arriverait jamais à commettre le crime.”

“Mais, c’est vrai! Par Jupiter! Mais sais-tu que tu es grand?!”

“Tout homme qui le voudrait, pourrait l’être comme Moi, s’il n’était qu’un avec Dieu.”

Le romain continue sa litanie de “par Jupiter” l’un plus admiratif que l’autre. Mais Jésus lui dit:

“Pourrais-je donner un réconfort à ces galériens? J’ai de l’argent… Un fruit, une douceur pour qu’ils sachent que je les aime.”

“Donne-le ici, je puis le faire. Et du reste, il y a là une dame qui a de grands pouvoirs: Je vais le lui demander.”

Publius va vers la litière et il parle près du rideau à peine entrouvert. Il revient:

“J’ai pleins pouvoirs. Je vais surveiller la distribution pour que les argousins Argousins : c'est-à-dire les gardes chiourme en charge des galériens. ne fassent pas d’abus. Et ce sera l’unique fois qu’un soldat de l’empire usera de pitié envers des esclaves de guerre.”