133.6 - Mais voyons les travaux des femmes.”

Cependant, tous avec un éclair de joie dans les yeux et des cris joyeux sortent des besaces les paquets avec les vêtements, les sandales, les vivres des mères et des femmes, et tentent d’intéresser Jésus pour qu’il admire une si grande grâce de Dieu. Mais Lui reste soucieux et distrait. Il lit et relit la lettre maternelle. Il est tapi avec une lampe dans le coin le plus reculé de la table sur laquelle sont les vêtements, et les pommes, et les vases de métal et les fromages. Avec une main qui fait visière pour ses yeux, il semble méditer. Mais il souffre.

“Mais regarde, Maître, mon épouse, la pauvrette, quel beau vêtement elle m’a fait et ce manteau avec un capuchon. Qui sait quelles fatigues elle a eues car elle n’est pas adroite comme ta Mère.” dit Pierre qui jubile avec les bras chargés de ses trésors.

“Beaux, oui, beaux. C’est une brave femme.” dit Jésus poliment.

Mais avec le regard bien loin des objets qu’on Lui montre.

“Pour nous, la maman a fait deux vêtements doublés. Pauvre maman! Ils te plaisent, Jésus? Ils ont une belle couleur, n’est-ce pas?” dit Jacques de Zébédée.

“Très beau, Jacques. Il t’ira bien.”

“Regarde. Je parie que ces ceintures, c’est ta Mère qui les a faites. C’est Elle qui brode si bien. Et aussi ce voile doublé pour abriter du soleil, je dis que c’est Marie qui l’a fait. Il est tout comme le tien. Le vêtement, non. C’est sûrement notre mère qui l’a tissé. Pauvre maman! Après tant de pleurs qu’elle a versés cet été, elle n’y voit pas bien, et souvent le fil se casse. Chère maman!” Et Jude d’Alphée baise le lourd vêtement rouge marron.

133.7 - “Tu n’es pas joyeux, Maître, observe finalement Barthélemy. Tu ne regardes même pas les choses que l’on t’envoie.”

“Il ne peut l’être.” réplique Simon le Zélote.

“Je réfléchis… Mais… Refaites les paquets. Mettez tout en place. Ce n’est pas le moment de se faire prendre et on ne nous prendra pas. Quand la nuit sera avancée, au clair de lune, nous irons vers Doco, puis à Béthanie.”

“Pourquoi à Doco?”

“Parce qu’il y a une femme qui meurt et qui attend de Moi sa guérison.”

“Ne passons-nous pas chez le régisseur?”

“Non, André, chez personne. Ainsi personne n’a besoin de mentir en disant qu’il ne sait pas où nous sommes. Si vous tenez à n’être pas poursuivis, Moi je tiens à ne pas donner d’ennuis à Lazare.”

“Mais Lazare t’attend.”

“Et nous allons chez lui. Ou plutôt… Simon, nous logerais-tu dans la maison de ton vieux serviteur?”

“Avec joie, Maître. Tu sais tout maintenant. Je puis donc te dire, au nom de Lazare, en mon nom, et au, nom de celui qui s’y trouve: elle est à Toi.”

“Allons, faites vite pour que nous soyons à Béthanie avant le sabbat.”

Et pendant que tous se dispersent avec des lanternes afin de faire le nécessaire pour le départ imprévu, Jésus reste seul.

André rentre, va auprès de Jésus et Lui dit:

“Et cette femme! Je regrette de l’abandonner maintenant qu’elle était toute proche pour venir… Elle est prudente… Tu l’as vu…”

“Va lui dire que nous reviendrons dans quelque temps et qu’en attendant elle se souvienne de tes paroles…”

“Des tiennes, Seigneur. Je ne lui ai dit que les tiennes.”

“Va, fais vite et attention que personne ne te voie. Vraiment dans ce monde mauvais, il faut que ceux qui sont innocents prennent l’aspect des plus perfides…”

Tout, pour moi, s’arrête ici, sur cette grande vérité.