Il y a au moins trois cents personnes. Sous le hangar il y a des estropiés, des aveugles, des muets. Il y en a un qui est tout agité par un tremblement. C’est un tout jeune garçon, manifestement hydrocéphale, qu’un homme tient par la main. Il ne fait que geindre, baver, remuer sa tête, l’air hébété.
“C’est peut-être le fils de cette femme?” demande Jésus.
“Je ne sais. Simon s’occupe des pèlerins et il est au courant.”
On appelle le Zélote et on l’interroge. Mais l’homme n’est pas avec la femme. Elle est seule. “Elle ne fait que pleurer et prier. Elle m’a demandé, il y a peu de temps: ” Est-ce que le Maître guérit aussi les cœurs?” explique le Zélote.
“Ce sera quelque femme trahie.” commente Pierre.
Pendant que Jésus va vers les malades, Barthélemy et Matthieu se rendent pour le baptême avec de nombreux pèlerins.
La femme pleure dans son coin et ne bouge pas.
122.07 - Jésus ne refuse le miracle à personne. Comme il est beau celui de l’hébété à qui, de son souffle, il infuse l’intelligence, en tenant la tête entre ses longues mains. Tout le monde se presse autour. La femme voilée même, c’est peut-être parce qu’il y a beaucoup de monde qu’elle ose s’approcher un peu et se met auprès de la femme en pleurs. Jésus dit au simple d’esprit: “Je veux en toi la lumière de l’intelligence pour qu’elle te conduise à la lumière de Dieu. Écoute dis avec Moi: “Jésus”. Dis-le, je le veux.”
Le pauvret qui avant geignait comme une bête, et rien d’autre, bredouille avec peine: “Jésus” ou plutôt: “Jegiù.”
“Encore” commande Jésus en tenant toujours entre ses mains la tête difforme et en le maîtrisant du regard.
“Jés-sus.”
“Encore.”
“Jésus!” dit finalement le simplet. Et son œil n’est plus inexpressif, sa bouche a un sourire différent.
“Homme, dit Jésus au père. Tu as eu la foi, ton fils est guéri Interroge-le. Le Nom de Jésus est miraculeux contre les maladies et les passions.”
L’homme dit à son fils: “Qui suis-je?”
Et le garçon: “Mon père.”
L’homme serre son fils sur son cœur et explique:
“Il est né comme ça. Ma femme est morte en le mettant au monde et lui était sans idées, sans parole. Maintenant, voyez. J’ai eu la foi, oui. Je viens de Joppé. Que dois-je faire pour Toi, Maître?”
“Être bon, et ton fils avec toi. Rien de plus.”
“Et t’aimer. Oh! allons tout de suite le dire à la mère de ta mère. C’est elle qui m’a décidé à venir. Qu’elle soit bénie!”
Les deux s’en vont heureux. De l’infirmité passée il ne reste que la grosse tête du garçon. L’expression et la parole sont normales.
122.08 - “Mais c’est par ta volonté qu’il est guéri, ou par la puissance de ton Nom?” demandent plusieurs.
“Par la volonté du Père, toujours bienveillant pour le Fils. Mais mon Nom aussi est salut. Vous le savez: Jésus veut dire Sauveur. Il y a la santé de l’âme et celle du corps. Celui qui prononce le Nom de Jésus avec une vraie foi se relève des maladies et du péché car, dans toute maladie spirituelle ou physique, il y a la griffe de Satan. Il crée les maladies physiques pour amener à la révolte et au désespoir par la souffrance de la chair, et les maladies morales ou spirituelles pour conduire à la damnation.”
“Alors, selon Toi, dans toutes les afflictions du genre humain, Belzébuth n’est pas étranger.”
“Il n’y est pas étranger. C’est par lui que la maladie et la mort sont entrées dans le monde. C’est par lui également que sont entrés dans le monde le crime et la corruption. Quand vous voyez quelqu’un tourmenté par quelque malheur, pensez aussi que c’est par Satan qu’il souffre. Quand vous voyez que quelqu’un est cause de malheur, pensez aussi qu’il est un instrument de Satan.”