122 – Les discours de la Belle Eau : Honore ton père et ta mère. Guérison d’un simple d’esprit
3 mars 1945
Vision du samedi 3 mars 1945
122.01 - Jésus fait les cent pas, lentement sur la rive du fleuve. Le jour pointe à travers le brouillard d’une triste journée d’hiver qui persiste sur les roseaux de la rive. Il n’y a personne, à perte de vue, sur les deux rives du Jourdain. Rien qu’une brume à fleur d’eau, le bruissement de l’eau contre les roseaux, le bruit des eaux qui courent plutôt boueuses à cause des pluies des jours précédents. Quelque cri d’oiseau, bref, triste comme il arrive après la saison des amours. La saison et le manque de nourriture les rend mélancoliques.
Jésus les écoute et paraît s’intéresser beaucoup à l’appel d’un petit oiseau qui, avec la régularité d’une horloge, tourne la tête vers le nord et dit un “tchirouit?” plaintif, puis la tourne vers le sud et répète son “tchirouit?” interrogateur. Finalement le petit oiseau semble avoir obtenu une réponse dans le “tchip” qui vient de l’autre rive et il s’en va avec un frémissement des ailes à travers le fleuve, avec un petit cri de joie. Jésus fait un geste comme pour dire: “Tant mieux!”, puis il reprend sa marche.
122.02 - “Je te dérange, Maître?” demande Jean qui vient du côté des prés.
“Non. Que veux-tu?”
“Je voulais te dire… il me semble que c’est une nouvelle qui peut te soulager et je suis venu tout de suite, pour aussi te demander conseil.
J’étais en train de balayer nos pièces et Judas de Kériot est arrivé. Il m’a dit: “Je t’aide”. Je suis resté étonné, car il fait toujours peu volontiers ce travail, même quand on le lui commande… mais, je ne lui ai rien dit de plus que ceci: “Oh! merci! J’aurai plus vite fini, et ce sera mieux fait”. Lui s’est mis à balayer et nous avons vite terminé. Alors il a dit: “Allons au bois. Ce sont toujours les vieux qui apportent le bois. Ce n’est pas bien. Allons-y, nous. Je ne sais pas très bien m’y prendre, mais, si tu m’apprends…”. Et nous y sommes allés. Et pendant que j’étais là à faire les fagots avec lui, il m’a dit: “Jean, je veux te dire une chose”. “Parles” je lui ai dit. Et je pensais que ce serait une critique.
Au contraire il a dit: “Moi et toi nous sommes les plus jeunes. Il faudrait être plus unis. Tu as presque peur de moi, et tu as raison car moi, je ne suis pas bon. Mais crois-le… je ne le fais pas exprès. Parfois, je sens le besoin d’être mauvais. C’est peut-être, qu’étant fils unique, j’ai été gâté. Et je voudrais devenir bon. Les vieux, je le sais, ne me voient pas d’un bon œil. Les cousins de Jésus, sont choqués… oui, je me suis très mal conduit à leur égard, et aussi à l’égard de leur cousin. Mais toi, tu es bon et patient. Aimes-moi. Fais tout comme si j’étais un frère à toi, mauvais, oui, mais qu’il faut aimer malgré tout. Le Maître aussi dit qu’il faut agir ainsi. Quand tu vois que je n’agis pas très bien, dis-le-moi. Et puis ne me laisse pas toujours seul. Quand je vais au pays, viens toi aussi. Tu m’aideras à ne pas mal agir. Hier, j’ai beaucoup souffert. Jésus m’a parlé et je l’ai regardé. Dans ma sotte rancœur, je ne regardais ni moi-même ni les autres. Hier, j’ai regardé, et j’ai vu… Ils ont raison de dire que Jésus souffre… et je me rends compte que moi aussi j’en suis responsable. Je ne veux plus qu’il en soit ainsi. Viens avec moi. Viendras-tu? M’aideras-tu à être moins mauvais? ”
C’est ainsi qu’il m’a parlé et, je l’avoue, j’avais le cœur qui me battait comme celui d’un oiseau pris par un garçon. Il battait de joie, parce que je suis content qu’il devienne bon, et pour Toi aussi j’étais heureux, mais le cœur me battait fort par la peur… Car je ne voudrais pas devenir comme Judas. Mais ensuite, il m’est venu à l’esprit ce que tu avais dit le jour où tu as pris Judas, et j’ai répondu: “Oui, que je t’aiderai. Mais je dois obéir, si j’ai d’autres ordres…” Je pensais: maintenant, je le dis au Maître et si Lui le veut, je le fais. S’il ne le veut pas, je me ferai donner l’ordre de ne pas m’éloigner de la maison.”
“Écoute, Jean. Moi, je te laisse aller. Cependant tu dois me promettre que si tu sens quelque chose qui te trouble, tu viendras me le dire. Tu m’as donné tant de joie, Jean.
122.03 - .Voilà Pierre avec son poisson. Va, Jean.”
Jésus se tourne vers Pierre:
“Bonne pêche?”
“Hum! Pas tellement, du menu fretin… mais on en tire parti. C’est Jacques qui bougonne parce qu’un animal a rompu la corde et a perdu un filet. J’ai dit: “Ne fallait-il pas qu’il mange aussi? Aie pitié de la pauvre bête”. Mais Jacques ne l’entend pas de cette oreille…” dit Pierre en riant.
“C’est ce que je dis de quelqu’un qui est un frère. C’est ce que vous ne savez pas faire.”
“Tu parles de Judas?”
“Je parle de Judas. Il en souffre, Il a de bons désirs et des inclinations perverses. Mais, dis-moi un peu, toi qui es un pêcheur expérimenté. Quand je voudrais aller en barque sur le Jourdain et rejoindre le lac de Génésareth, comment pourrais-je faire? y réussirai-je?”
“Eh! Ce serait un gros travail! Mais tu réussirais avec une petite barque à fond plat… Ce serait fatigant, long! Il faudrait sans cesse mesurer le fond, faire attention aux rives et aux bas-fonds, aux branchages qui flottent, au courant. La voile n’est pas utile en certains cas, au contraire… Mais tu veux revenir au lac en suivant le fleuve? Saches qu’à contre-courant ça va mal. Il faut être à plusieurs, sinon…”
“Tu l’as dit. Quand quelqu’un est vicieux, pour aller vers le bien il doit aller à contre-courant et il ne peut y réussir tout seul. Judas est exactement un de ceux-ci, et vous, vous ne l’aidez pas. Le pauvre s’en va seul, il heurte les bas-fonds, s’y échoue, s’empêtre dans les branchages qui flottent, il se trouve pris dans les tourbillons. D’autre part, s’il jauge le fond, il ne peut, en même temps, tenir le gouvernail ou la rame. Pourquoi alors le lui reprocher s’il n’avance pas? Vous avez pitié des étrangers et pas de lui, votre compagnon? Ce n’est pas juste.
122.04 - .Vois-tu là-bas Jean et lui qui vont au pays prendre du pain et des légumes? Il a demandé en grâce de ne pas aller seul. Et il l’a demandé à Jean parce qu’il n’est pas sot et qu’il sait ce que vous, les âgés, vous pensez de lui.”
“Et tu l’as envoyé? Et si Jean se gâte aussi?”
“Qui? Mon frère? Pourquoi se gâterait-il?” demande Jacques qui arrive avec le filet repêché dans les roseaux.
“Parce que Judas va avec lui.”