“Il est allé où je l’ai envoyé.”
“Où?”
“À l’expiation, Pierre.”
“En prison?”
“Non, à la pénitence pour le reste de sa vie.”
“Alors ce n’est pas avec l’eau qu’on purifie?”
“Les larmes aussi, c’est de l’eau.”
119.9 - “C’est vrai. Maintenant que tu as fait un miracle, qui sait combien viendront!… Ils étaient déjà le double aujourd’hui…”
“Oui. Si je devais tout faire, je ne le pourrais pas. C’est vous qui baptiserez. D’abord un à la fois, puis vous serez à deux, à trois, à plusieurs. Et Moi je prêcherai et je guérirai les malades et les coupables.”
“Nous baptiser? Oh! moi, je n’en suis pas digne! Enlève-moi, Seigneur, cette mission! C’est moi qui ai besoin d’être baptisé!”
Pierre est à genoux et supplie.
Mais Jésus se penche et dit:
“C’est justement toi qui baptiseras, le premier. Dès demain.”
“Non, Seigneur! Comment ferai-je si je suis plus noir que cette cheminée?”
Jésus sourit de l’humble sincérité de l’apôtre qui est à genoux contre ses genoux, sur lesquels il tient jointes ses deux grosses mains de pêcheur. Ensuite, il le baise au front à la limite des cheveux grisonnants qui se hérissent plutôt qu’ils ne frisent: “Voilà. Je te baptise d’un baiser. Es-tu content?”
“Je ferais tout de suite un autre péché pour avoir un autre baiser!”
“Pour ça, non. On ne se moque pas de Dieu en abusant de ses dons.”
“Et à moi, tu ne donnes pas un baiser? J’ai bien encore quelque péché.” dit l’Iscariote.
Jésus le regarde fixement. Son regard si mobile passe de la lumière joyeuse qui l’éclairait pendant qu’il parlait à Pierre, à une ombre sévère, je dirais de lassitude, et il dit: “Oui… à toi aussi. Viens. Je ne suis injuste avec personne. Sois bon, Judas. Si tu voulais!… Tu es jeune. Toute une vie devant toi pour monter sans cesse jusqu’à la perfection de la sainteté…” et il le baise.
“À ton tour, maintenant, Simon, mon ami. Et toi, Matthieu, ma victoire. Et toi, sage Barthélemy. Et toi, fidèle Philippe. Et toi, Thomas, à la joyeuse volonté. Viens. André à l’activité silencieuse. Et toi, Jacques de la première rencontre. Et maintenant toi, (Jean) joie de ton Maître. Et toi. Jude, compagnon d’enfance et de jeunesse. Et toi, Jacques, qui me rappelle le Juste dans ton physique et par ton cœur. Voilà. tous, tous… Mais rappelez-vous que si mon amour est multiple, il demande aussi votre bonne volonté. Un pas de plus en avant dans votre vie de mes disciples vous le ferez à partir de demain. Mais pensez que chaque pas en avant est un honneur, une obligation.”
119.10 - “Maître… dit Pierre, un jour tu as dit à Jean, Jacques, André et moi, que tu nous aurais enseigné à prier Un jour tu as dit : en EMV 62.2 ; il réitérera cette promesse en EMV 149.3. . Je pense que si nous priions comme tu pries, nous pourrions être capables et dignes du travail que tu nous demandes.”
“Je t’ai aussi répondu, alors: “Quand vous serez suffisamment formés, je vous apprendrai la prière sublime. Pour vous laisser ma prière. Mais elle aussi ne sera rien du tout si elle n’est dite qu’avec les lèvres. Pour l’heure, élevez-vous, avec l’âme et la volonté, vers Dieu. La prière est un don que Dieu concède à l’homme et que l’homme donne à Dieu”
“Et comment? Nous ne sommes pas encore dignes de prier? Israël tout entier prie…” dit l’Iscariote.
“Oui, Judas, mais tu vois, d’après ses œuvres comment prie Israël, Je ne veux pas faire de vous des traîtres. Qui ne prie qu’extérieurement sans dispositions intérieures, s’oppose au bien, c’est un traître.”
119.11 - “Et les miracles, demande toujours Judas, quand est-ce que tu nous les feras faire?”
“Nous, des miracles, nous? Miséricorde éternelle! Nous buvons pourtant de l’eau pure! Nous, des miracles? Mais, garçon, tu divagues?” Pierre est scandalisé, effrayé, hors de lui-même.
“Il nous l’a dit, en Judée En EMV 72.3. . N’est-il pas vrai, peut-être?”
“Oui, que c’est vrai. Je l’ai dit et vous en ferez. Mais tant que vous serez trop charnels, vous n’aurez pas de miracles.”
“Nous ferons des jeûnes.” dit l’Iscariote.
“Inutile. Par la chair, j’entends les passions dépravées, la triple faim et, dans le sillage de cette perfide trinité, la cohorte de ses vices… Pareils aux enfants d’une déshonorante bigamie, l’orgueil de l’esprit engendre, avec la convoitise de la chair et de la domination, tous les maux qui se trouvent dans l’homme et dans le monde.”
“Nous, pour Toi, nous avons quitté tout ce que nous avions.” réplique Judas.
“Mais pas vous-mêmes.”
“Nous devons mourir, alors? Pour être avec Toi, nous le ferons, moi, du moins…”
“Non. Je ne demande pas votre mort matérielle. Je demande que meurent en vous les tendances animales et sataniques, et elles ne meurent pas tant que la chair garde ses désirs, tant que le mensonge, l’orgueil, la colère, la fierté, la gourmandise, l’avarice, la paresse demeurent en vous. ”
“Nous sommes tellement hommes à côté de Toi tellement saint!” murmure Barthélemy.
“Et il a toujours été aussi saint. Nous pouvons le dire.” affirme le cousin Jacques.
“Lui sait comme nous sommes…, dit Jean. Nous ne devons pas être abattus pour cela. Mais Lui dire seulement: donne-nous, jour après jour, la force de te servir. Si nous disions: “Nous sommes sans péché” nous serions trompés et trompeurs. De qui donc? De nous-mêmes qui savons ce que nous sommes, même si nous ne voulons pas le dire? De Dieu que l’on ne trompe pas? Mais si nous disons: “Nous sommes faibles et pécheurs. Viens à notre aide avec ta force et ton pardon” Dieu, alors, ne nous décevra pas, et dans sa bonté et sa justice, Il nous pardonnera et nous purifiera de l’iniquité de nos pauvres cœurs.”
“Tu es bienheureux, Jean, puisque la Vérité parle par tes lèvres qui ont le parfum de l’innocence et ne donnent de baiser qu’à l’adorable Amour.”
Ce disant, Jésus se lève et attire sur son cœur le préféré qui a parlé de son coin obscur.