Gamaliel est très digne, mais sans orgueil. Il écoute plus qu’il ne parle. On se rend compte quand même qu’il réfléchit à chaque parole de Jésus et le regarde souvent de ses yeux profonds sombres et sévères. Quand Jésus se tait, parce que le sujet est terminé c’est Gamaliel qui, par une question opportune, ranime la conversation.

Lazare tout au début est d’abord un peu confus, mais après, il s’enhardit et parle lui-aussi.

Des allusions directes à l’égard de Jésus, il n’y en a pas jusque vers la fin du repas. C’est alors que s’allume une discussion entre celui qui s’appelle Félix et Lazare, et à laquelle s’unit ensuite Nicodème pour soutenir Lazare, et à la fin celui qui s’appelle Jean, au sujet de la preuve, pour ou contre un individu, pour ce qui concerne les miracles. Jésus se tait, Il sourit parfois d’un mystérieux sourire, mais il se tait. Gamaliel aussi se tait. Il a le coude appuyé sur le lit et fixe intensément Jésus. Il semble vouloir déchiffrer une parole surnaturelle gravée dans la peau pâle et lisse du maigre visage de Jésus. Il semble en analyser chaque fibre.

114.6 – Félix soutient que la sainteté de Jean est incontestable et, de cette sainteté indiscutée et indiscutable, il tire une conséquence qui n’est pas favorable à Jésus de Nazareth, auteur de miracles nombreux et connus. Il dit:

“Le miracle n’est pas une preuve de sainteté, car la vie du prophète Jean en est dépourvue. Et personne, en Israël, ne mène une vie pareille à la sienne. Pour lui, pas de banquets, pas d’amitiés, pas d’intérêts personnels. Pour lui, souffrance et emprisonnement pour l’honneur de la Loi. Pour lui, la solitude. Car, oui, s’il a des disciples, il ne mène pas de vie en commun. Il trouve des fautes même chez les plus honnêtes et tonne contre tout le monde, tandis que… eh! tandis que le Maître de Nazareth ici présent a fait, il est vrai, des miracles, mais je vois que Lui aime ce qu’offre la vie. Il ne dédaigne pas les amitiés et, pardonne si un des Anciens du Sanhédrin te le dit, il donne trop facilement au nom de Dieu, pardon et amour même aux pécheurs connus et flétris par l’anathème. Tu ne devrais pas le faire, Jésus.”

Jésus sourit et ne parle pas. Lazare répond pour Lui:

“Notre puissant Seigneur est libre de diriger ses serviteurs comme et où Il le veut. À Moïse, Il a accordé le miracle, à Aaron son premier pontife, il ne l’a pas accordé Il ne l'a pas accordé : De fait, tous les prodiges accomplis par Aaron furent accordés par le Seigneur non pas à lui mais à Moïse, avec ordre de les accomplir par l'intermédiaire d'Aaron (Exode 7-8). Même s'il n'en avait pas été ainsi, le Seigneur n'a pas favorisé Aaron en tant que "son premier prêtre", car il lui fit accomplir des prodiges avant même sa consécration comme grand-prêtre (Exode 28-29 ; Lévitique 8-9). Outre certains passages qui concernent Moïse, il est encore parlé d'Aaron en EMV 342.6 et EMV 642.9. . Et alors, qu’est-ce que tu en conclu? Le premier est-il plus saint que l’autre?”

“Certainement.” répond Félix.

“Alors, le plus saint c’est Jésus qui fait des miracles.”

Félix est désorienté. Mais il se raccroche à un argument:

“Aaron avait déjà reçu le pontificat: C’en était assez.”

“Non, ami, répond Nicodème. Le pontificat était une mission. Sainte, mais rien de plus qu’une mission. Ce n’est pas toujours que les pontifes d’Israël ont été saints, et ils ne l’ont pas tous été. Et pourtant ils étaient pontifes, même sans être saints.”

“Tu ne voudrais pas dire que le Grand Prêtre est un homme dépourvu de la grâce!…” s’exclame Félix.

“Félix… n’entrons pas dans ce sujet brûlant. Moi, toi, Gamaliel, Joseph, Nicodème, tous, nous savons tant de choses…” dit celui qui s’appelait Jean.

“Mais comment? Mais comment? Gamaliel, interviens, donc!…” Félix en est scandalisé.

“S’il est juste, il dira la vérité que tu ne veux pas écouter.” disent les trois qui sont enflammés contre Félix.

Joseph cherche à rétablir le calme. Jésus reste muet et aussi Thomas, le Zélote et l’autre Simon ami de Joseph. Gamaliel semble jouer avec les franges de son vêtement, mais par en dessous regarde Jésus.

“Parle donc, Gamaliel.” crie Félix.

“Oui. Parle, parle.” disent les trois.

“Moi, je dis: les faiblesses de la famille, doivent rester cachées.” dit Gamaliel.

“Ce n’est pas une réponse! crie Félix. Tu sembles reconnaître qu’il y a des taches dans la maison du Pontife!”

“C’est l’expression de la vérité.” disent les trois.

114.7 – Gamaliel se redresse et se tourne vers Jésus:

“Voici le Maître qui éclipse les plus doctes. Que Lui parle à ce sujet.”

“Tu le veux. J’obéis. Je dis: l’homme, c’est l’homme. La mission dépasse l’homme. Mais l’homme, investi d’une mission, devient capable de l’accomplir en surhomme quand, par une vie sainte il a Dieu pour ami. C’est Lui qui a dit: “Tu es prêtre selon l’ordre que J’ai donné Cf. Psaume 109 (Hébreu 110),4. . Qu’est-ce qui est écrit sur le Rational? “Doctrine et Vérité”. Voilà ce que devraient posséder ceux qui sont les Pontifes. À la Doctrine, on y arrive par une constante méditation tendue vers la connaissance de la Sagesse. À la Vérité, par une fidélité absolue au bien. Qui se mêle au mal, entre dans le Mensonge et perd la Vérité.”