“Je sais tout. Mon fidèle serviteur m’a dit que c’est à toi aussi que je dois d’avoir vu respecter ma propriété. Dieu t’en récompense.”

“J’étais quelque chose au Sanhédrin, et j’ai usé de cette situation pour apporter une aide juste à un ami de ma maison.”

“Nombreux étaient les amis de la mienne, et nombreux ceux qui étaient quelque chose au Sanhédrin, mais ils n’étaient pas justes comme toi…”

“Et celui-ci, qui est-il? Ce n’est pas un nouveau visage pour moi… mais, je ne sais où…”

“Je suis Thomas, surnommé Didyme…”

“Ah! voilà! Est-ce que ton vieux père vit encore?”

“Il vit. Il est toujours à ses affaires, avec mes frères. Je l’ai quitté pour le Maître, mais il en est heureux.”

“C’est un véritable Israélite et, puisqu’il est arrivé à croire que Jésus de Nazareth est le Messie, il ne peut qu’être heureux que son fils soit parmi ses préférés.”

114.3 – Ils se trouvent maintenant dans le jardin, près de la maison.

“J’ai retenu Lazare. Il est dans la bibliothèque, occupé à lire un résumé des dernières séances du Sanhédrin. Il ne voulait pas s’arrêter car… Je sais que maintenant tu sais… C’est pour cela qu’il ne voulait pas rester. Mais j’ai dit: “Non, il n’est pas juste que tu aies honte. Dans ma maison, personne ne te fera injure. Reste. À s’isoler, on reste seul contre tout un monde, et comme le monde est plutôt mauvais que bon, celui qui est seul, est abattu et foulé aux pieds”. Ai-je bien parlé?”

“Tu as bien parlé et bien agi.” répond Jésus.

“Maître, aujourd’hui, il y aura Nicodème et… Gamaliel. Est-ce que cela te fait de la peine?”

“Pourquoi devrai-je en souffrir? Je reconnais sa sagesse.”

“Oui, il avait envie de te voir et… et quand même rester ferme dans ses idées. Tu sais… des idées. Il dit que lui a déjà vu le Messie et qu’il attend le signe qu’Il lui a promis pour sa manifestation. Mais il dit aussi que tu es un homme de Dieu. Il ne dit pas “l’Homme”. Il dit “un homme de Dieu”. Subtilités rabbiniques, n’est-ce pas? Tu n’en es pas offensé?”

Jésus répond:

“Subtilités. Tu as bien dit. Il faut les laisser faire. Les meilleurs pourront par eux-mêmes se greffer des branches inutiles qui ne donnent que des branches et pas de fruit, mais ensuite ils viendront à Moi.”

“J’ai voulu te dire ses paroles à lui, car certainement il te les dira simplement lui-même. Il est franc”, fait remarquer Joseph.

“C’est une vertu rare et que j’apprécie beaucoup.” répond Jésus.

“Oui, je lui ai dit encore: “Mais avec le Maître il y a Lazare de Béthanie”. J’ai parlé ainsi parce que… eh bien oui, à cause de sa sœur. Mais Gamaliel a répondu: “Est-elle présente? Non? Et alors? La boue tombe du vêtement qui n’est plus à son contact. Lazare l’a secouée de lui-même. Et je ne suis pas contaminé par son vêtement. Et puis, je pense que si un homme de Dieu va dans sa maison, je peux le fréquenter aussi, moi qui suis docteur de la Loi”.

“Gamaliel a un bon jugement. Pharisien et docteur jusqu’à la moelle des os, mais aussi honnête et juste.” “Je suis content de te l’entendre dire.

114.4 – Maître, voici Lazare.”

Lazare se baisse pour baiser le vêtement de Jésus. Il est heureux d’être avec Lui, mais on voit aussi sa satisfaction qui est manifeste dans l’attente des convives. Certes, je sais que le pauvre Lazare doit ajouter, à ses tortures déjà connues par les hommes à travers l’histoire, celle ignorée et pas assez réfléchie par le plus grand nombre, la souffrance morale de ce terrible aiguillon qui est la pensée et qui s’interroge: “Que me dira-t-il celui-ci? Que pense-t-il de moi? Me blessera-t-il avec des paroles ou avec un regard de mépris?”. C’est l’aiguillon qu’ont tous ceux qui ont une tache dans leur famille.

Une fois entrés dans la riche salle où sont dressées les tables, ils n’attendent plus que Gamaliel et Nicodème, car les autres quatre invités sont déjà arrivés. J’entends qu’on les présente sous les noms de Félix, Jean, Simon et Corneille.

Grand branle-bas des serviteurs qui accourent à l’arrivée de Nicodème et Gamaliel, celui-ci toujours imposant dans son splendide vêtement de neige filée qu’il porte avec la majesté d’un roi. Joseph se précipite à sa rencontre, et le salut, entre les deux, est marqué d’un respect pompeux. Jésus aussi s’est incliné et s’incline devant le grand rabbin qui Lui adresse le salut: “Le Seigneur soit avec Toi.” Jésus répond: “Et que sa paix te soit toujours une compagne fidèle.” Lazare aussi s’incline et pareillement les autres.

114.5 – Gamaliel prend place au milieu de la table, entre Jésus et Joseph. Après Jésus est Lazare. Après Joseph, Nicodème. Le repas commence avec les prières rituelles que Gamaliel récite et après l’échange des politesses des principaux personnages: Jésus, Gamaliel et Joseph.