“Bien! Tu as répondu comme un grand rabbin. Moi, Gamaliel je te le dis. Tu me dépasses.”
“Qu’il explique alors, celui-ci, pourquoi Aaron n’a pas fait de miracles et que Moïse en a fait.” crie bruyamment Félix.
Jésus répond sans tarder:
“C’est que Moïse devait s’imposer à la masse lourde et peu éclairée, et même opposée, des Israélites et arriver à avoir de l’ascendant sur eux, de manière à les plier à la volonté de Dieu. L’homme est l’éternel sauvage et l’éternel enfant. Il est frappé par tout ce qui sort de l’ordinaire. Le miracle c’est ça: une lumière que l’on agite devant des pupilles obscurcies c’est un bruit près des oreilles bouchées. Il réveille. Il appelle l’attention. Il fait dire: “Dieu est là”.
“Tu le dis, à ton avantage.” réplique Félix.
“À mon avantage? Et qu’est-ce que cela me donne de plus quand je fais un miracle? Puis-je paraître plus grand si je me mets un brin d’herbe sous le pied? Le rapport est le même entre le miracle et la sainteté. Il y a des saints qui n’ont jamais fait de miracles. Il y a des mages et des nécromanciens qui mettent en œuvre des forces obscures pour en faire, c’est-à-dire qu’ils font des choses surhumaines mais qui ne sont pas saintes, et ils sont, eux, des démons. Je serai Moi-même, même si je ne fais plus de miracle.”
“Très bien! Tu es grand, Jésus!” approuve Gamaliel.
“Et qui est, d’après toi, ce “grand”?” poursuit Félix en se tournant vers Gamaliel.
“Le plus grand prophète que je connaisse, autant dans ses œuvres que dans ses paroles.” répond-il.
“C’est le Messie, je te le dis, Gamaliel. Crois en Lui, toi qui es sage et juste.” dit Joseph.
“Comment? Toi aussi, qui dirige les Juifs, toi, l’Ancien, notre gloire, tu tombes dans cette idolâtrie pour un homme? Mais qu’est-ce qui te prouve que c’est le Christ? Pour moi, je ne le croirai pas, même si je le voyais faire des miracles, Mais pourquoi n’en fait-il pas un devant nous? Dis-le Lui; toi qui le loues; dis-le Lui, toi qui le défends.” dit Félix à Gamaliel et à Joseph.
“Je ne l’ai pas invité pour amuser des amis et je te prie de te souvenir qu’il est mon hôte.” répond sèchement Joseph.
Félix se lève et s’en va, fâché et grossier.
114.8 – Il y a un moment de silence, Jésus se tourne vers Gamaliel:
“Et toi, tu ne demandes pas de miracles pour croire?”
“Ce ne seront pas les miracles d’un homme de Dieu qui m’enlèveront l’aiguillon que je porte au cœur de ces trois questions qui restent sans réponse.”
“Quelles questions?”
“Le Messie est-il vivant? Était-ce celui-là? Est-ce celui-ci?”
“C’est Lui, je te le dis, Gamaliel!” s’exclame Joseph. “Ne te rends-tu pas compte qu’il est saint? Différent des autres? Puissant? Oui? Et alors, qu’attends-tu pour croire?”
Gamaliel ne répond pas à Joseph. Il se tourne vers Jésus:
“Une fois… ne te déplaise, Jésus, si je suis tenace dans mes idées… Une fois, quand vivait encore le grand et sage Hillel, j’ai cru, et lui comme moi, que le Messie était en Israël Voir EMV 41.4/9. . Grand éclair du soleil divin en cette froide journée d’un hiver qui ne voulait pas finir! C’était la Pâque…
Les gens tremblaient à cause des moissons gelées… Moi, je dis, après avoir entendu ces paroles: “Israël est sauvé! À partir d’aujourd’hui, abondance dans les champs et bénédiction dans les cœurs! L’Attendu s’est manifesté par son premier éclair”. Et je ne me suis pas trompé. Vous pouvez tous vous rappeler quelle récolte il y eut en cette année de treize mois, comme celle-ci Périodiquement l'année comporte un treizième mois nommé nouvel Adar (We-Adar). Il avait pour but d'ajuster le calendrier soli-lunaire juif sur le cours du soleil. Ce genre d'indice concoure à situer historiquement l'année de naissance de Jésus. et ça continue…”
“Quelles paroles as-tu entendues? Qui les prononçait?”
“C’était quelqu’un qui sortait de l’enfance… mais Dieu resplendissait sur son visage innocent et charmant… Il y a dix-neuf ans Exactement 18 ans et demi. La "Bar-mitsva" (réception de l'enfant comme "fils de la Loi") a eu lieu à 12 ans révolus, en mai de l'an 9. que j’y pense et que je garde ce souvenir…et je cherche à entendre de nouveau cette voix… qui disait des paroles de sagesse… Quelle est la partie du monde qui l’accueille? Moi, je pense:…que c’était Dieu. Sous l’apparence d’un enfant pour ne pas effrayer l’homme. Comme un éclair qui en sillonnant le ciel apparaît rapide à l’orient et au couchant, au nord et au midi; Lui, le Divin, sous son apparence de miséricordieuse bonté, avec la voix et le visage d’un enfant et une pensée divine, il parcourt la terre pour dire aux hommes: “C’est Moi”. Telle est ma pensée… Quand reviendra-t-il en Israël?…Quand? Et je pense: quand Israël sera un autel pour son pied divin; et mon cœur gémit en voyant l’abjection d’Israël: jamais. Oh! dure réponse! Et elle est vraie! La Sainteté peut-Elle descendre en la personne de son Messie tant que l’abomination est en nous?”
“Elle le peut et le fait parce qu’Elle est miséricorde.” répond Jésus.
114.9 – Gamaliel le regarde pensif et puis demande:
“Quel est ton vrai Nom?”
Jésus se lève, imposant, et dit:
“Je suis Celui qui suis. La Pensée et la Parole du Père. Je suis le Messie du Seigneur.”
“Toi?… Je ne puis le croire. Grande est ta sainteté. Mais cet Enfant, auquel je crois, voici ce qu’il dit alors: “Je donnerai un signe… Ces pierres frémiront quand ce sera mon heure”. J’attends ce signe pour croire. Peux-tu me le donner pour me persuader que tu es, Toi, l’Attendu?”
Les deux, maintenant debout, grands, solennels, l’un dans son ample vêtement de lin blanc, l’autre dans son simple habit de laine rouge foncé, l’un âgé, l’autre jeune, aux yeux dominateurs et profonds tous les deux, se regardent fixement.
Puis Jésus abaisse le bras droit qui était plié sur sa poitrine et, comme s’il jurait, s’écrie:
“Tu veux ce signe, et tu l’auras! Je répète les lointaines paroles: “Les pierres du Temple du Seigneur frémiront à mes dernières paroles”. Attends ce signe, docteur d’Israël, homme juste; et puis crois si tu veux obtenir le pardon et le salut. Bienheureux dès maintenant si tu pouvais déjà croire. Mais tu ne le peux. Des siècles de croyance erronée au sujet d’une juste promesse, et des amas d’orgueil te barrent comme un mur le chemin de la Vérité et de la Foi.”
“Tu dis bien. J’attendrai ce signe. Adieu. Que le Seigneur soi avec Toi.”
“Adieu, Gamaliel. Que l’Esprit Éternel t’éclaire et te conduise.” Tous saluent Gamaliel qui s’en va avec Nicodème, Jean et Simon du Sanhédrin. Restent Jésus, Joseph, Lazare, Thomas, Simon le Zélote et Corneille.
“Il ne se rend pas!… Je voudrais que tu l’aies parmi tes disciples. Poids décisif en ta faveur… et je n’y réussis pas.” dit Joseph.
“Ne t’en afflige pas. Aucune influence ne pourra me sauver de l’orage qui déjà se prépare. Mais Gamaliel, s’il ne se prononce pas en ma faveur, ne se prononcera pas non plus contre le Christ. C’est quelqu’un qui attend…”
Tout se termine.