“Et maintenant, que vas-tu faire? Que diras-tu à Doras?” demandent les disciples.

“J’irai comme si je ne savais rien. Si lui se voit surpris, il est capable de s’acharner sur Jonas et sur ses serviteurs.”

“Ton ami a raison: c’est un chacal.” dit Pierre à Simon.

“Lazare ne dit jamais que la vérité et ce n’est pas un médisant. Tu le connaîtras et l’aimeras.” répond celui-ci.

109.9 – On voit la maison du pharisien. Large, basse, mais bien bâtie, au milieu d’un verger actuellement dégarni. Maison de campagne, mais riche et pratique. Pierre et Simon vont en avant pour avertir.

Doras sort. C’est un vieux au profil dur de vieux rapace. Un regard ironique, une bouche de serpent qui esquisse un sourire faux dans sa barbe plutôt blanche que noire.

“Salut, Jésus” dit-il en un salut familier et visiblement dédaigneux.

Jésus ne dit pas: “Paix” mais répond:

“Que ton salut te revienne.”

“Entre. La maison t’accueille. Tu es ponctuel comme un roi.”

“Comme un homme honnête.” réplique Jésus.

Doras rit comme si c’était une plaisanterie.

Jésus se retourne et dit aux disciples qui ne sont pas invités:

“Entrez: Ce sont mes amis.”

“Qu’ils viennent… mais… celui-ci n’est-ce pas le gabelou fils d’Alphée?”

“C’est Matthieu, disciple du Christ.” dit Jésus sur un ton que… l’autre comprend et il se met à rire jaune, plus qu’auparavant.

Doras voudrait écraser le “pauvre” maître galiléen sous l’opulence de sa maison dont l’intérieur est vraiment fastueux. Fastueux et glacial. Les serviteurs semblent des esclaves. Ils vont penchés, s’éclipsant rapidement, redoutant toujours d’être punis. On sent que c’est une maison où règnent la froideur et la haine.

Mais Jésus ne se laisse pas impressionner par la vue des richesses ni par l’évocation de la fortune et de la parenté… et Doras qui se rend compte de l’indifférence du Maître, l’emmène avec lui au jardin fruitier. Il montre les arbres rares et en offre les fruits que des serviteurs apportent sur des plateaux et dans des coupes d’or. Jésus les goûte et loue leur goût exquis. Il y en a qui sont conservés dans un sirop et il y a des pêches magnifiques, au naturel et il y a des poires d’une grosseur inaccoutumée.

“Je suis seul à les avoir dans toute la Palestine et je crois qu’il n’y en a pas dans toute la péninsule. Je les ai fait venir de Perse et de plus loin encore. La caravane m’a bien coûté un talent. Les Tétrarques eux-mêmes n’ont pas ces fruits. Peut-être pas même César. J’en compte les fruits et j’exige tous les noyaux. Les poires ne sont consommées qu’à ma table, car je ne veux pas qu’on en prenne un pépin. À Hanne je lui en envoie, mais cuites pour que les pépins soient stériles.”

“Ce sont des arbres de Dieu, pourtant. Et tous les hommes sont égaux.”

“Égaux? Oh! Moi égal à… à tes Galiléens?”

“L’âme vient de Dieu, et Lui les crée égales.”

“Mais moi, je suis Doras, le fidèle pharisien!…”

On dirait un dindon qui fait la roue lorsqu’il le dit.

Jésus le transperce de ses yeux de saphir qui se font toujours plus étincelants. C’est un signe qui annonce en Lui un débordement de pitié ou de sévérité.