“Fils, tu pars?”

“Oui, Mère. Je vais avec Jonathas. Il est venu. Je savais que je pourrais te le présenter. C’est pour cela que j’ai attendu un jour de plus.”

Jonathas a d’abord fait une salutation profonde, les bras croisé sur la poitrine, maintenant il s’agenouille et soulève à peine le vêtement de Marie et en baise le bord, en disant:

“Je te salue! Mère de mon Seigneur!”

Alphée de Sara dit aux curieux:

“Eh bien, qu’en dites-vous? N’est-ce pas honteux d’être nous les seuls sans foi?”

Un bruit de nombreux sabots se fait entendre dans la rue. Ce sont les ânes. Je crois qu’il y a tous ceux de Nazareth et ils sont si nombreux qu’il y en aurait assez pour un escadron. Jonathas choisit les meilleurs et les marchande, en payant sans lésiner. Il prend deux Nazaréens avec d’autres ânes, par crainte que quelque animal ne déferre en route et pour qu’ils puissent ramener toute cette bruyante cavalerie. Pendant ce temps, les deux Marie aident pour boucler sacs et besaces.

Marie d’Alphée dit aux fils:

“Je laisserai en place vos lits et je les caresserai… Il me semblera que je vous fais des caresses. Soyez bons, dignes de Jésus, mes fils… et moi… moi, je serai heureuse.”

Et pendant ce temps, elle pleure à chaudes larmes.

Marie, de son côté, aide son Jésus, le caresse avec amour, en Lui faisant mille recommandations et en le chargeant de ses affectueuses salutations pour les bergers du Liban, car Jésus annonce qu’il ne reviendra pas avant de les avoir retrouvés.

102.6 – Ils partent. La nuit descend et la lune, à son premier quartier se lève en ce moment. En tête, sont Jésus et Jonathas. Derrière tous les autres. Tant qu’ils sont dans la ville, ils vont au pas, car les gens s’attroupent, mais à peine sortis, ils vont au trot. C’est une troupe qui résonne du bruit des sabots et des grelots.

“Elle est dans le char avec Esther.” explique Jonathas. “Oh! ma maîtresse! Quelle joie de te faire plaisir! T’amener Jésus! O mon Seigneur! T’avoir ici à côté de moi! Te posséder! Tu as bien sur ton visage l’éclat d’une étoile: comme elle t’a vu, et tu es blond, avec des yeux couleur de ciel et ta voix a bien le son de la harpe… Oh! mais ta Mère! Tu l’amèneras à ma maîtresse, un jour?”

“La maîtresse viendra à Elle. Elles seront amies.”

“Oui? Oh!… Oui, elle peut l’être. Elle est épouse et a été mère, Jeanne. Mais elle a une âme pure comme une vierge. Elle peut rester à côté de Marie, la bénie.”

Jésus se retourne en entendant un frais éclat de rire de Jean, que tous les autres imitent.

“C’est moi, Maître, qui les fais rire, Sur la barque, je suis plus à l’aise qu’un chat… mais là-dessus! Il me semble être un tonneau qui roule librement sur le pont d’un navire que fait tanguer le vent de suroît!” dit Pierre.

Jésus lui sourit et l’encourage, lui promettant que le trot sera bientôt fini.

“Oh! ce n’est rien. Si les garçons rient, il n’y a pas de mal. Allons, allons faire plaisir à cette brave femme.”

Jésus se retourne encore à un autre éclat de rire.

Pierre s’écrie: “Non, cela, je ne te le dis pas, Maître. Mais, après tout, pourquoi pas? Je disais: “Notre grand ministre se rongera les mains, quand il saura qu’il a manqué l’occasion de faire le paon devant une dame”. Eux rient, mais c’est comme ça. Je suis sûr que s’il avait pu l’imaginer, il aurait oublié le soin des vignes paternelles.”

Jésus ne réplique pas.

102.7 – La route se fait rapidement sur ces ânes bien nourris. Dans le clair de lune, on a dépassé Cana.

“Si tu permets, je vais en avant. J’arrête le char. Les secousses la font tellement souffrir.”

“Vas-y.”