Et avant que Jésus et ses disciples ne s’en rendent, compte, devant l’embrasure de la porte extérieure, se présente la forme sombre d’un cheval tout fumant de sueur, et il en descend un cavalier qui se précipite à l’intérieur comme un bolide et se jette aux pieds de Jésus qu’il baise avec vénération.
Tous regardent, ébahis.
“Qui es-tu? Que veux-tu?”
“Je suis Jonathas.”
Un cri de Joseph lui répond, car assis en arrière du grand établi dans le tonnerre de son arrivée, Joseph n’a pu reconnaître son ami. Le berger se précipite sur l’homme encore à terre:
“Toi, c’est bien toi!…”
“Oui. J’adore mon Seigneur adoré! Trente années d’espérance oh! La longue attente! voilà: maintenant elles sont fleuries comme la fleur de l’agave solitaire et, de plus, fleuries d’un coup, dans une extase bienheureuse, et encore plus heureuse que l’autre si lointaine! Oh! mon Sauveur!”
Femmes, enfants et quelques hommes, parmi lesquels le bon Alphée de Sara avec encore à la main un morceau de pain et du fromage, s’empressent à l’entrée et jusqu’à l’intérieur de la pièce.
“Lève-toi, Jonathas. J’étais sur le point d’aller te chercher, et avec toi Benjamin et Daniel…”
“Je sais…”
“Lève-toi que je te donne le baiser que j’ai donné à tes compagnons.”
Il le force à se lever et l’embrasse.
“Je sais, répète le robuste vieillard, bien portant et bien vêtu. Je sais.
102.4 – Elle avait raison. Ce n’était pas délire de mourante! Oh Seigneur Dieu! Comme l’âme voit et entend quand Tu l’appelles!”
Jonathas est ému.
Mais Il se ressaisit. Il ne perd pas de temps. Adorant et pourtant actif, il va droit au but:
“Jésus, notre Sauveur et notre Messie, je suis venu te prier de venir avec moi. J’ai parlé avec Esther et elle m’a dit… Mais auparavant, auparavant Jeanne t’avait parlé et m’a dit… Oh! ne riez pas d’un homme heureux vous qui m’entendez, heureux et angoissé jusqu’à ce que j’aie ton “Je viens”. Tu sais que j’étais en voyage avec la maîtresse mourante. Quel voyage! De Tibériade à Bethsaïda, ce fut bien. Mais ensuite, après avoir quitté la barque, je pris un char et, bien que je l’eusse équipé de mon mieux, ce fut une torture. On allait doucement pendant la nuit, mais elle souffrait.
À Césarée de Philippe, elle faillit mourir en crachant le sang. Nous nous arrêtâmes… Le troisième matin, il y a sept jours, elle me fit appeler. Elle paraissait déjà morte, tant elle était pâle et épuisée. Mais, quand je l’ai appelée, elle a ouvert ses doux yeux de gazelle mourante et elle m’a souri. Elle m’a fait signe, de sa main glacée, de me pencher, car elle n’avait qu’un filet de voix, et elle m’a dit: “Jonathas, ramène-moi à la maison. Mais tout de suite”. Si grand était son effort en me commandant, elle qui est toujours plus douce qu’une gentille enfant, que ses joues se sont colorées et qu’un éclair a brillé dans ses yeux. Elle a continué: “J’ai rêvé de ma maison de Tibériade. À l’intérieur, il y avait Quelqu’un dont le visage était comme une étoile. Il était grand, blond, avec des yeux célestes et une voix plus douce que le son de la harpe. Il me disait: ‘Je suis la Vie. Viens. Reviens. Je t’attends pour te la donner’. Je veux aller”. Je lui disais: “Mais, maîtresse! Tu ne peux pas! Tu te sens mal! Dès que tu iras mieux, nous verrons”. Je croyais que c’était délire de mourante. Mais elle a pleuré et puis oh! c’est la première fois qu’elle l’a dit depuis ces six ans qu’elle est ma maîtresse, et, oui, elle s’est même assise, et en colère, elle qui ne peut remuer, elle m’a dit: “Serviteur, je le veux. Je suis ta maîtresse. Obéis!”, et puis elle s’est renversée, toute en sang. J’ai cru qu’elle mourait… et j’ai dit: “Faisons-lui plaisir. Mourir pour mourir!… Je n’aurai pas de remords de l’avoir mécontentée à la fin, après avoir toujours voulu la satisfaire”. Quel voyage! Elle n’avait de repos qu’entre la troisième et la sixième heure.
J’ai crevé les chevaux pour aller plus vite. Nous sommes arrivés à Tibériade à la neuvième heure, ce matin… Et Esther m’a parlé… Alors, j’ai compris que c’était Toi qui l’avais appelée. Car c’était l’heure et le jour où tu avais promis un miracle à Esther et que tu étais apparu à l’esprit de ma maîtresse. Elle a voulu repartir tout de suite à l’heure de none et m’a envoyé pour la devancer… Oh! viens, mon Sauveur!”
“Je viens tout de suite. La foi mérite récompense. Qui me désire me possède. Allons.”
“Attends. J’ai jeté une bourse à un jeune, en disant: “Trois, cinq, autant d’ânes que vous voulez, si vous n’avez pas de chevaux, et vite, à la maison de Jésus”. Ils vont arriver. Nous irons plus vite. J’espère la rencontrer près de Cana. Si, du moins…”
“Quoi, Jonathas?”
“Si, du moins, elle est vivante…” “Vivante, elle l’est. Mais même fût-elle morte, je suis la Vie.
102.5 – Voici ma Mère.”
La Vierge, certainement avertie par quelqu’un est en effet en train d’accourir, suivie de Marie d’Alphée.