Jonathas met le cheval au galop.
Encore un parcours assez long au clair de lune, et voilà que se dessine la forme sombre d’un grand char couvert, arrêté au bord du chemin. Jésus excite son âne qui part au petit galop. Le voilà près du char. Il descend.
“Le Messie!” annonce Jonathas.
La vieille nourrice se précipite du char sur la route, et de la route dans la poussière.
“Oh! Sauve-la! Elle est en train de mourir.”
“Me voici.”
Et Jésus monte sur le char où on a étendu un tas de coussins et sur eux un corps fragile. Dans un coin, il y a une lanterne, des coupes, des amphores. À côté, une jeune servante qui pleure, essuyant la sueur froide de la mourante. Jonathas accourt avec une des lanternes du char.
Jésus se penche sur la femme qui se laisse aller, vraiment mourante. Il n’y a pas de différence entre la blancheur de son vêtement de lin et la pâleur légèrement azurée des mains et du visage amaigris. Seuls d’épais sourcils et de longs cils très noirs donnent une couleur à ce visage de neige. Elle n’a même plus ce rouge de mauvais augure des poitrinaires sur ses pommettes décolorées. On voit une ombre rose violette, ce sont ses lèvres entrouvertes à cause de la respiration difficile.
Jésus s’agenouille à côté d’elle et l’observe. La nourrice lui saisit une main et l’appelle. Mais l’âme, déjà sur le seuil de l’éternité n’a plus aucune conscience.
Les disciples et les deux jeunes gens de Nazareth sont arrivés et entourent le char.
Jésus met une main sur le front de la mourante qui ouvre un moment ses yeux embrumés et vagues et puis les referme.
“Elle a perdu conscience.” gémit la nourrice.
Et elle pleure plus fortement.
Jésus fait un geste:
“Mère, elle va entendre. Aie confiance.”
Puis il appelle:
“Jeanne! Jeanne! C’est Moi! Moi qui t’appelle, Je suis la Vie. Regarde-Moi, Jeanne.”
Avec un regard plus vivant, la mourante ouvre ses grands yeux noirs, et regarde le visage penché sur elle. Elle a un mouvement de joie et sourit. Elle remue doucement les lèvres pour dire une parole qui, pourtant, n’arrive pas à se faire entendre.
“Oui, c’est Moi. Tu es venue et je suis venu pour te sauver. Peux-tu croire en Moi?”
La mourante fait signe de la tête. Toute sa vitalité s’accumule dans son regard qui dit tout ce que la parole ne peut exprimer autrement.
Jésus, tout en restant à genoux et la main gauche sur son front se redresse et prend son attitude de miracle: “Eh bien! Je le veux. Sois guérie. Lève-toi.” Il enlève la main et se met debout.
Une fraction de minute et puis Jeanne de Kouza, sans aide d’aucune sorte, s’assied, pousse un cri et se jette aux pieds de Jésus en criant d’une voix forte, heureuse:
“Oh! t’aimer, ô ma Vie! Pour toujours! À Toi! Pour toujours à Toi! Nourrice! Jonathas! Je suis guérie! Oh! vite! Courez pour le dire à Kouza. Qu’il vienne adorer le Seigneur! Oh! bénis-moi, encore, encore, encore! Oh! mon Sauveur.”
Elle pleure et rit en embrassant les vêtements et les mains de Jésus.
“Je te bénis, oui. Que veux-tu que je te fasse d’autre?”
“Rien, Seigneur. Que seulement tu m’aimes et me permette de t’aimer.”
“Et, tu ne voudrais pas un bébé?”
“Oh! un bébé!… Mais, fais ce que tu veux, Seigneur. Je t’abandonne tout: mon passé, mon présent, mon avenir. Je te dois tout et te remets tout. Toi, donne à ta servante ce que tu sais être le meilleur.” “La vie éternelle, alors. Sois heureuse. Dieu t’aime.
102.8 – Je m’en vais. Je te bénis et vous bénis.”
“Non, Seigneur. Arrête-Toi dans ma maison qui, maintenant, oh! maintenant est réellement un rosier fleuri. Permets-moi d’y rentrer avec Toi… Oh! que je suis heureuse!”
“Je viens, mais j’ai mes disciples.”
“Mes frères, Seigneur. Jeanne aura pour eux comme pour Toi, nourriture et boisson et tout ce qu’il faut. Fais-moi plaisir!”
“Allons. Renvoyez les montures et suivez à pied. Il y a peu de chemin à faire maintenant. Nous irons doucement pour que vous puissiez suivre. Adieu, Ismaël et Aser. Saluez encore ma Mère pour Moi, et aussi mes amis.”
Les deux Nazaréens, stupéfaits, s’en vont avec leur bruyante cavalerie pendant que le char retourne maintenant avec sa charge joyeuse, Derrière, en groupe, les disciples commentent le fait.
Tout prend fin.