“En mes fils. Pourquoi sont-ils rebelles? Pour Toi. Pourquoi les moqueries? À cause de Toi.”

“Dis-moi: si Nazareth te louait pour le sort de tes fils, éprouverais-tu la même souffrance?”

“Alors non! Mais Nazareth ne me loue pas. Elle me louerait si réellement tu étais quelqu’un qui va à la conquête. Mais me laisser pour un qui est presque fou et qui va par le monde s’attirant les haines et les railleries, pauvre au milieu des pauvres. Ah! qui ne rirait! Ah! ma pauvre maison! Pauvre maison de David, comment finis-tu! Et moi qui dois vivre encore pour voir ce malheur? Te voir, dernier rejeton de la glorieuse souche, te voir sombrer dans la folie par trop de servilité! Ah! malheur sur nous à partir du jour où mon faible frère s’est laissé unir à cette femme insipide et pourtant autoritaire, et qui a eu tout pouvoir sur lui. Je l’avais dit alors: “Joseph n’est pas pour les noces, Il sera malheureux!” Et il l’a été. Lui savait comme elle était, et de noces il n’en avait rien voulu savoir. Malédiction à la loi de l’orpheline héritière! Loi des orphelines héritières (ou de la fille héritière, selon l'expression de EMV 13.2) est ratifiée en Nombres 27,8. Et comporte (comme nous l'avons vu en EMV 11.3) l'obligation pour la jeune fille héritière de se marier à une personne de sa tribu, comme l'établit Nombres 36,8-9. Malédiction au destin. Malédiction sur ce mariage.”

La ”Vierge héritière” est revenue avec la décoction, juste à temps pour entendre les jérémiades du beau-frère. Elle est encore plus pâle, mais sa grâce patiente n’en est pas troublée. Elle s’approche d’Alphée et avec un doux sourire l’aide à boire.

“Tu es injuste, Alphée, mais tu as tant de mal qu’on te pardonne tout.” dit Jésus, qui lui soulève la tête.

“Oh! oui, tant de mal! Tu dis que tu es le Messie. Tu fais des prodiges. C’est ça que l’on dit. Au moins, pour me payer des fils que tu m’as pris, guéris-moi. Guéris-moi… et je te pardonnerai.”

“Toi, pardonne aux fils, comprends leur âme et je te soulagerai. Si tu as de la rancune, je ne peux rien faire.”

“Pardonner?”

Le vieillard fait un saut qui naturellement exaspère ses souffrances et cela le rend de nouveau furieux.

“Pardonner? Jamais! Va-t’en! Va-t’en, si tu dois me dire cela! Va-t’en! Je veux mourir sans qu’on me trouble davantage.”

Jésus a un geste de résignation.

“Adieu, Alphée. Je m’en vais… Dois-je vraiment partir? Mon oncle… dois-je vraiment partir?”

“Si tu ne me contentes pas, oui va-t’en et dis à ces deux serpents que le vieux père meurt avec rancune.”

“Non, cela non. Ne perds pas ton âme. Ne m’aime pas, si tu veux. Ne me crois pas le Messie. Mais tu ne dois pas haïr, tu ne dois pas haïr, Alphée. Ridiculise-moi. Dis que je suis fou. Mais ne hais pas.”

“Mais pourquoi m’aimes-tu, si je t’insulte?”

“Parce que je suis Celui que tu ne veux pas reconnaître. Je suis l’Amour. Maman, je vais à la maison.”

“Oui, mon Fils. Dans peu de temps je viendrai.”

“Je te laisse ma paix, Alphée. Si tu me veux, envoie-moi chercher. Je viendrai à n’importe quelle heure.”

Jésus sort, calme comme s’il ne s’était rien passé. Il est seulement plus pâle.

“Oh! Jésus, Jésus, pardonne-lui” gémit Marie d’Alphée.

“Mais oui, Marie. Il n’y a même pas besoin de le faire. À celui qui souffre, on pardonne tout. Maintenant, il est déjà plus calme. La Grâce travaille même à l’insu des cœurs. Et puis il y a tes pleurs, et certainement la souffrance de Jude et de Jacques et la fidélité à leur vocation. La paix dans ton cœur angoissé, tante.” Il la baise et sort dans le jardin pour aller à la maison.

100.6 – Au moment où il sort sur la rue, voici qu’entre Pierre et derrière lui Jean, essoufflés après la course.

“Oh! Maître! mais qu’est-il arrivé? Jacques m’a dit: “Cours à ma maison. Qui sait comment Jésus est traité”. Mais, non, je me trompe. Alphée, celui de la fontaine, est entré et il a dit à Jude: “Jésus est chez toi” et alors Jacques voilà ce qu’il a dit… Tes cousins sont atterrés. Moi je ne comprends rien, mais je te vois… et je me rassure.”

“Rien, Pierre. Un pauvre malade que les souffrances rendent intolérant. Maintenant, tout est fini.”

“Oh! j’en suis content! Et toi, pourquoi ici?”