Jésus berce le petit qui Lui fait des risettes pleines de lait.
“Si tu m’attends, je viens avec Toi. J’attends que les amphores soient pleines. Je ne veux pas que ma fille Marie se fatigue. Et même, regarde ce que je fais. Je donne les brocs aux tiens, s’ils veulent les prendre, et je parle un peu seul avec Toi.”
“Mais, bien sûr que nous les prenons! Nous ne sommes pas des rois assyriens.” s’exclame Thomas, et pour commencer il saisit un broc.
“Alors, attention. Marie de Joseph n’est pas à la maison. Elle est chez son beau-frère, sais-tu? Mais la clef est chez moi. Faites-vous la remettre pour entrer dans la maison, dans l’atelier, je veux dire.”
“Oui, oui, allez même dans la maison, et puis je viendrai ensuite.”
Les apôtres s’en vont et Jésus reste avec Alphée.
“Je voulais te dire… Je suis pour Toi un véritable ami… Quand on est vrai ami et plus âgé, et du pays, on peut parler. Je crois que je dois parler…Moi… mais je ne veux pas te conseiller. Tu sais mieux que moi.
Je veux seulement t’avertir que… oh! non, je ne veux pas faire l’espion, ni te faire voir les parents sous un mauvais jour. Mais, je crois en Toi, Messie et… et cela me fait de la peine, voilà, de voir qu’ils disent que tu n’es pas Toi, c’est à dire le Messie, que tu es un malade, que tu ruines la famille et les parents. La ville… Tu sais, Alphée est très estimé et la ville les écoute eux aussi, et maintenant lui est malade et il fait pitié… Même la pitié parfois, pousse à faire des choses injustes. Vois, j’y étais, ce soir là où Jude et Jacques t’ont défendu, ainsi que la liberté de te suivre… Oh! quelle scène! Je ne sais comment ta Mère y résiste! Et cette pauvre Marie d’Alphée? Les femmes sont toujours victimes dans certaines situations de famille.”
“À cette heure, les cousins sont chez le père…”
“Chez le père? Oh! je les plains! Le vieillard est vraiment hors de lui et, c’est sûrement l’âge et la maladie, mais il se conduit comme un fou. S’il n’était pas fou, il me ferait encore davantage pitié car… il ruinerait son âme.”
“Penses-tu qu’il maltraitera les fils?”
“J’en suis certain. Je le regrette pour eux et pour les femmes… où vas-tu?”
“À la maison d’Alphée.”
“Non, Jésus! Ne te fais pas manquer de respect!”
“Les cousins m’aiment plus qu’eux-mêmes, et il est juste que je les paie d’un égal amour… Là, il y a deux femmes qui me sont chères… J’y vais, Ne me retiens pas.”
Et Jésus se hâte vers la maison d’Alphée, pendant que l’autre reste, pensif, au milieu de la rue.
100.4 – Jésus marche rapidement. Je le vois à la limite du jardin d’Alphée. Il est rejoint par les pleurs d’une femme et les hurlements exagérés d’un homme. Jésus parcourt encore plus vite les derniers mètres qui le séparent de la maison, à travers le jardin tout vert. Il va arriver au seuil de la maison, au moment où s’avance vers la porte la Maman qui voit le Fils.
“Maman!”
“Jésus!”
Deux cris d’amour.
Jésus va entrer, mais Marie Lui dit:
“Non, Fils.”
Et elle se met sur le seuil, les bras ouverts, les mains serrées aux montants de la porte: une barrière de chair et d’amour, et elle répète:
“Non Fils, ne fais pas cela.”
“Laisse, Maman, il n’arrivera rien.”