80 – Jésus à la montagne du jeûne et au massif de la tentation avec trois apôtres

17 janvier 1945

Le mercredi 17 janvier 1945.

80.1 – Une très belle aube dans un lieu sauvage. Une aube en haut d’une pente montagneuse. À peine la première lueur du jour Dans le ciel les dernières étoiles visibles et un étroit croissant de la lune en décours qui reste, virgule d’argent, sur le velours sombre du ciel.

La montagne semble indépendante, sans liaison avec d’autres chaînes. Mais, c’est un vrai mont, pas une colline. La cime est beaucoup plus en haut et pourtant, à mi-hauteur on découvre un large horizon ce qui témoigne qu’on s’est élevé beaucoup au dessus du niveau du sol. Dans l’air frais du matin où se fraie sa route la lumière incertaine, blanc-verdâtre de l’aube, et qui se fait plus claire, se révèlent les contours et les détails que dissimulait d’abord la brume qui précède le jour, toujours plus sombre qu’une nuit, car la lumière des astres, dans le passage de la nuit au jour diminue et je dirais qu’elle s’efface. Je vois ainsi que la montagne est de roche nue, coupée d’anfractuosités qui forment des grottes, des antres et refuges dans la montagne.

Dans les seuls endroits où un peu de terre s’est accumulée pour pouvoir recueillir aussi l’eau du ciel, et la conserver, il y a des touffes de verdure, des plantes qui n’ont guère qu’une tige épineuse, avec un rare feuillage et des buissons ligneux à ras de terre de végétaux qui semblent des baguettes vertes, et dont je ne sais pas le nom.

En bas se trouve une étendue, plus aride encore, plate, pierreuse et qui devient toujours plus aride à mesure qu’on se rapproche d’un point obscur, plus long que large, au moins cinq fois plus long que large. Je pense qu’il s’agit d’une oasis luxuriante qu’ont fait naître des eaux souterraines dans ce paysage désolé. Cependant, quand la lumière se fait plus vive, je vois que c’est une étendue d’eau. Une eau stagnante, sombre, morte. Un lac d’une tristesse infinie. Dans cette lumière encore incertaine, cela me remet en mémoire la vision du monde mort Cf. Les Cahiers de 1944, vision du 29 janvier : la résurrection finale, que Maria Valtorta a eu un an auparavant. . Le lac semble attirer à lui l’image sombre du ciel, et toute la tristesse du paysage environnant. Il semble refléter dans ses eaux immobiles, le vert sombre des plantes épineuses et des herbes rigides qui sur des kilomètres et des kilomètres, en plaine et sur les pentes, sont l’unique parure du sol, et en faire un philtre de sombre tristesse qui s’en dégage et se répand sur tout l’environnement. Quelle différence avec le lumineux et riant lac de Génésareth!

En haut, en regardant le ciel, d’une absolue sérénité qui se fait toujours plus clair, en regardant la lumière qui de l’orient se répand comme une marée lumineuse, l’esprit redevient joyeux. Mais la vue de cette immense étendue d’eau morte vous serre le cœur. Aucun oiseau ne la survole. Aucun animal sur ses rives. Rien.

Dessin de Lorenzo Ferri réalisé sur les indications de Maria Valtorta.

80.2 – Pendant que je regarde cette désolation, la voix de Jésus vient me secouer: “Et, nous voici arrivés où je voulais.” Je me retourne. Je le vois derrière moi, au milieu de Jean, Simon et Judas, près de la pente rocheuse de la montagne, là où arrive un sentier… il vaudrait mieux dire: là où un long travail des eaux, à la saison des pluies a érodé le calcaire, creusant au cours des siècles un canal à peine dessiné qui sert à l’écoulement des eaux venant des sommets et qui maintenant est un chemin pour les chèvres sauvages plutôt que pour les hommes.

Jésus regarde tout autour et répète:

“Qui, c’est là que je voulais vous amener. Là le Christ s’est préparé à sa mission.”

“Mais, ici, il n’y a rien!”

“Il n’y a rien, tu l’as dit.”

“Avec qui étais-tu?!”

“Avec mon esprit et avec le Père.”

“Ah! ce fut une halte de quelques heures!”

“Non, Judas, non pas de quelques heures, mais de plusieurs jours…”

“Mais, qui te servait? Où as-tu dormi?”

“J’avais pour serviteurs les onagres qui, la nuit, venaient dormir dans leur tanière… dans celle-ci où Moi aussi je m’étais réfugié. J’avais à mon service les aigles qui me disaient: “Il fait jour” avec leur cri sauvage quand ils partaient en chasse. J’avais pour amis les petits lièvres qui venaient brouter les herbes sauvages, pour ainsi dire à mes pieds… Ma nourriture et ma boisson c’était ce qui est nourriture et boisson pour les fleurs sauvages la rosée de la nuit, la lumière du soleil. Rien d’autre.”

“Mais, pourquoi?”

“Pour bien me préparer, comme tu dis, à ma mission. Les choses bien préparées réussissent bien. Tu l’as dit. Et mon affaire n’était pas la petite, l’inutile affaire de me mettre en lumière Moi, Serviteur du Seigneur, mais de faire comprendre aux hommes ce qu’est le Seigneur et par le moyen de cette compréhension de le faire aimer en esprit de vérité. Misérable le serviteur du Seigneur qui pense à son triomphe et non à celui de Dieu! Qui cherche à en tirer profit, qui songe à s’élever sur un trône fabriqué… oh! fabriqué avec les intérêts de Dieu, avilis jusqu’à traîner par terre, eux qui sont des intérêts célestes. Ce n’est plus un serviteur, celui-là, même s’il en a l’aspect extérieur. C’est un marchand, un trafiquant, un être faux qui se trompe lui-même, qui trompe les hommes et voudrait tromper Dieu… un malheureux qui se prend pour un prince et qui est un esclave… Esclave du Démon son roi et son maître de mensonge. Ici, dans cette tanière, le Christ, pendant un grand nombre de jours a vécu de mortifications et de prière pour se préparer à sa mission.

80.3 – Et où voudrais tu que je sois allé pour me préparer, Judas?”

Judas est perplexe, désorienté. Il répond finalement:

“Mais je ne saurais… Je pensais… chez quelque rabbi… près des Esséniens… Je ne sais.”