“Et pouvais-je trouver un rabbi qui m’en dît davantage de ce que me disait la puissance et la sagesse de Dieu? Et pouvais-je Moi - Moi, Verbe éternel du Père, qui étais quand le Père créa l’homme et qui sais par quel esprit immortel il est animé et de quelle capacité de libre jugement le Créateur l’a doté - pouvais-je aller chercher science et compréhension chez des gens qui nient l’immortalité de l’âme en niant la résurrection finale, qui nient le libre arbitre de l’homme en renvoyant dos à dos vertus et vices, actions saintes et mauvaises réglées par une destinée qu’ils disent fatale et invincible? Ah! non.
Vous avez une destinée, oui. Vous l’avez. Dans l’esprit de Dieu qui vous a créés, il existe pour vous une destinée. Le Père la désire pour vous, et c’est une destinée d’amour, de paix, de gloire: “la sainteté qui fait de vous ses fils”. Tel est le destin qui, présent à la pensée divine au moment où, avec de la boue, fut fait Adam, sera présent jusqu’à la création de la dernière âme humaine.
Mais le Père ne vous fait pas violence dans votre condition de roi. Le roi, s’il est prisonnier, n’est plus roi: il est déchu. Vous êtes rois parce que vous êtes libres dans votre petit royaume individuel, dans votre moi. En lui, vous pouvez faire ce que vous voulez, comme vous voulez.
80.4 – En face, et aux frontières de votre petit royaume, vous avez un Roi ami et deux puissances ennemies. L’Ami vous montre les règles qu’il a faites pour rendre heureux ceux qui sont à Lui. Il vous les montre. Il vous dit: “Les voilà, avec elles, est assurée l’éternelle victoire”. Il vous les montre, Lui, le Sage et le Saint pour que vous puissiez, si vous le voulez, les mettre en pratique et en tirer une gloire éternelle. Les deux puissances ennemies sont Satan et la chair. Sous le nom de chair, je mets la vôtre et celle du monde: c’est à dire les pompes et les séductions du monde, c’est à dire la richesse, les fêtes, les honneurs, les puissances qui viennent du monde et qui s’y trouvent et qu’on n’acquiert pas toujours honnêtement et dont on sait encore moins user honnêtement si l’homme y parvient par suite d’un ensemble de circonstances.
Satan, maître de la chair et du monde s’adresse à nous par lui-même et par la chair. Lui aussi a ses règles… Oh! s’il en a!… Et puisque le moi est entouré de chair et que la chair recherche la chair comme les parcelles de fer se dirigent vers l’aimant, et parce que le chant du Séducteur est plus doux que les roulades du rossignol énamouré au clair de lune dans le parfum de la roseraie, il est plus facile d’aller vers ces règles, de se soumettre à ces puissances, de leur dire: “Je vous tiens pour des amies. Entrez”.
Entrez… Avez-vous jamais vu un allié qui reste toujours honnête, sans demander le cent pour un pour l’aide qu’il apporte? Ainsi font-elles. Elles entrent… Elles deviennent maîtresses. Maîtresses? Non: tyranniques. Elles vous attachent ô hommes aux bancs de galériens, elles vous y enchaînent, elles ne vous laissent plus dégager le cou de leur joug et leur fouet vous laisse des traces sanglantes si vous cherchez à leur échapper. Oh! se faire frapper jusqu’à en devenir une masse de chair broyée, devenue inutilisable au point que leur pied cruel la repousse, ou mourir sous les coups.
Si vous savez vous donner ce martyre, vous donner ce martyre voilà alors que passe la Miséricorde, l’Unique qui puisse encore avoir pitié de cette répugnante misère pour laquelle le monde, un des deux maîtres, éprouve du dégoût et sur laquelle l’autre maître, Satan, décoche ses flèches vengeresses. Et la Miséricorde l’Unique qui passe auprès, se penche, l’accueille, la soigne, guérit et lui dit: “Viens, ne crains pas, Ne te regarde pas. Tes plaies ne sont plus que des cicatrices, mais tellement innombrables qu’elles te feraient horreur, tellement elles te défigurent. Mais, Moi, ce n’est pas elles que je regarde, je regarde ta volonté. À cause de cette bonne volonté, tu es ainsi marqué d’un signe, à cause de ce signe, je te dis: “je t’aime, viens avec Moi”, et elle la porte dans son Royaume. Alors vous comprenez que Miséricorde et amitié Royale sont une même personne. Vous retrouvez les règles que Lui vous avait montrées et que vous n’aviez pas voulu suivre. Maintenant vous en avez la volonté… et arrivez à paix de la conscience d’abord, à la paix de Dieu ensuite.
Dites-moi, alors. Est-ce que cette destinée a été imposée par un Seul à tous, ou si personnellement chacun l’a voulue pour lui-même?”
“C’est chacun qui l’a voulue.”
“Tu juges bien, Simon. Pouvais-je, Moi aller trouver ceux qui nient la bienheureuse résurrection et le don de Dieu pour me former?
80.5 – C’est ici que je suis venu. J’ai pris mon âme de Fils l’homme et me la suis travaillée par les ultimes touches, tenant le travail de trente années d’anéantissement et de préparation pour aborder avec perfection mon ministère. Maintenant, je vous demande de rester avec Moi, quelques jours, dans cette tanière. L’attente sera toujours moins désolée car nous serons quatre amis pour nous défendre contre les tristesses, les peurs, les tentations, les nécessités de la chair. Moi, j’étais seul. Ce sera moins pénible parce que maintenant c’est l’été, et ici, en altitude, il y le vent des sommets pour tempérer la chaleur. Moi j’y vins à la fin de la lune de Tebet Fin décembre cette année-là. et glacial était le vent qui descendait des neiges de la cime. L’attente sera moins torturante parce que plus courte et parce que nous avons maintenant ce minimum de nourriture qui peut apaiser notre faim, et dans les gourdes que je vous ai fait donner par les bergers, il y a assez d’eau pour ce court séjour. Moi… Moi, j’ai besoin d’arracher deux âmes à Satan Probablement celle de Judas et celle d'Aglaé. Il me semble que c'est un peu tôt pour inclure l'âme de Marie de Magdala. La rencontre avec Lazare n'a pas encore eu lieu. . Il n’y a que la pénitence qui puisse en venir à bout. Je vous demande de l’aide. Cela servira aussi à votre formation. Vous apprendrez comment on arrache les proies à Mammon. Pas tant avec les paroles qu’avec le sacrifice… Les paroles!… Le vacarme satanique empêche qu’on les écoute… Les âmes qui sont la proie de l’Ennemi sont emportées dans un tourbillon de voix infernales… Voulez-vous rester avec Moi? Mais si vous, vous ne voulez pas, partez. Moi je reste. Nous nous retrouverons à Tecua, près du marché.”
“Non, Maître, je ne t’abandonne pas ” dit Jean pendant qu’en même temps Simon s’écrie:
“C’est pour nous élever que tu nous veux avec Toi dans cette rédemption.”
Judas… ne me paraît pas très enthousiaste mais il fait bon visage au… destin et dit:
“Moi, je reste.”
“Prenez alors les gourdes, les sacs et portez-les à l’intérieur et, avant que le soleil ne soit brûlant, cassez du bois et entassez-le près de l’ouverture. La nuit est froide, même en été ici, et toutes les bêtes ne sont pas inoffensives. Allumez tout de suite une branche, là de cette plante d’acacia gommeux Acacia gommeux (Acacia Arabica) donne la gomme arabique. Ce qui indique bien son origine. La gomme de cet arbuste des régions semi-désertiques était déjà utilisée par les égyptiens pour le collage des bandelettes de momies. Cette gomme arabique a de très nombreux usages. On la retrouve même dans la colle des étiquettes en papier gommé. Il fait partie d'un groupe auquel appartient aussi le mimosa. . Il brûle bien. Nous la promènerons à travers les fissures pour chasser avec le feu aspics et scorpions. Allez-y ”…
80.6 – … Le même point de la montagne. Seulement, maintenant, c’est la nuit. Une nuit toute étoilée. Une beauté du ciel nocturne, comme je crois on ne peut jouir que dans ces pays déjà tropicaux. Étoiles d’une grandeur et d’un brillant merveilleux. Les grandes constellations semblent des grappes de brillants, de clairs topazes, de pâles saphirs, de doux opales, de tendres rubis. Elles tremblent, s’allument, s’éteignent, comme les regards quand les paupières les voilent un instant, et reprennent un éclat plus merveilleux. De temps à autre, une étoile filante trace dans le ciel une ligne de feu et disparaît vers on ne sait quel horizon. Un trait lumineux qui paraît le cri de joie d’une étoile charmée de voler ainsi dans ces prairies illimitées.
Jésus est assis à l’entrée de la caverne et parle aux trois qui font cercle avec Lui. Il doit y avoir eu du feu, parce qu’au milieu du cercle formé par les quatre, un tas de tisons a encore des lueurs de braises et rougit de son reflet les quatre visages.
“Oui, le séjour est terminé. Ce séjour. L’autre fois, il dura quarante jours… Et je vous redis encore: c’était encore l’hiver sur ces pentes… et je n’avais pas de nourriture. Un peu plus difficile que cette fois, n’est-ce pas? Je sais que vous avez souffert aussi maintenant. Le peu que nous avions et que je vous donnais n’était rien spécialement pour la faim des jeunes. C’était tout juste pour vous empêcher de tomber de faiblesse. L’eau, il y en avait encore moins avec la chaleur torride du jour. Et vous direz que cela n’existait pas en hiver. Mais alors c’était un vent sec qui descendait de la cime en brûlant les poumons et s’élevait de la plaine, chargé de la poussière du désert et desséchait plus encore que cette chaleur estivale que l’on peut adoucir en suçant ces fruits acidulés qui sont presque mûrs. Alors la montagne ne donnait que vent et herbes brûlées par le gel autour des acacias squelettiques. Je ne vous ai pas donné tout, car j’ai réservé les derniers pains et le dernier fromage avec la dernière gourde pour le retour…Je sais ce que fut le retour, épuisé comme je l’étais dans la solitude du désert… Rassemblons nos affaires et partons. La nuit est encore plus claire que celle où nous sommes arrivés. Il n’y a pas de lune, mais le ciel pleut de la lumière. Partons. Gardez le souvenir de cette place. Sachez vous souvenir de la façon dont se prépara le Christ et dont se préparent les apôtres. C’est comme je l’ai enseigné que se préparent les apôtres.”
80.7 – Ils se lèvent. Simon, avec une branche remue les braises, les ravive, avant de les éteindre avec les pieds, avec des herbes sèches, et, à la flamme il allume un rameau d’acacia et le tient en l’air à l’entrée de la grotte pendant que Judas et Jean rassemblent les manteaux, les sacs et les gourdes dont une seule est encore pleine. Puis il éteint le rameau en le secouant contre le: roches, se charge de son sac, et comme tous les autres, se met le manteau en l’attachant à la taille pour qu’il ne gêne pas la marche.
Ils descendent sans plus parler l’un derrière l’autre par un sentier très rapide mettant en fuite de petits animaux qui broutent le peu d’herbes qui résiste encore au soleil. Le chemin est long et difficile. Finalement, ils arrivent à la plaine. La marche n’est pas très aisée non plus, ici, où pierres et éclats de pierres roulent traîtreusement sous le pied, en le blessant aussi, parce que la terre réduite en poussière les cache et qu’on ne peut les éviter, et où des buissons épineux brûlés par le soleil griffent les pieds et gênent la marche en s’accrochant au bas des vêtements. Mais le chemin est plus direct.
Là-haut, les étoiles sont toujours plus belles.
Ils vont, ils vont, et vont, pendant des heures. La terre est toujours plus stérile et plus triste. Des éclats scintillants brillent dans des petites rides du sol, dans des trous parmi les aspérités du terrain. On dirait des éclats de brillants ternis. Jean se baisse pour les regarder.
“C’est le sel du sous-sol. Il en est saturé. Il affleure avec les crues du printemps et puis se dessèche, Voilà pourquoi la vie ne résiste pas ici. La mer Orientale, par des veines profondes répand la mort à plusieurs stades Un stade = 185 m. alentour. Là seulement où des sources d’eau douce s’opposent à son action, là seulement on peut trouver des arbres pour s’abriter” explique Jésus.
80.8 – Ils marchent encore. Puis Jésus s’arrête près de la grotte où je l’ai vu tenté par Satan.