Toute la lumière qu’il y avait dans la salle m’environna: je compris la grandeur de Dieu et la petitesse de sa servante.
L’Esprit-Saint planait sur moi en attendant que je prononce les paroles si importantes. La Très Sainte Trinité attendait, pleine de respect, qu’une jeune vierge prononce le “oui”! Cette attitude démontrait le respect qu’avait Dieu notre Seigneur pour tous les êtres créés: car s’il en avait été autrement, il n’aurait pas doté l’homme de liberté, ce don précieux que cet homme ne sait souvent pas utiliser comme il le devrait.
Puisque j’avais été créée d’argile, comme tous les hommes, je jouissais aussi de la liberté, puisque la volonté ne m’avait été ni retirée, ni diminuée: tout au contraire, car la grâce exalte les puissances de l’âme et j’avais reçu de Dieu dons et grâces à pleines mains.
J’étais donc libre de décider si j’acceptais ou non la proposition que m’avait apportée l’envoyé de Dieu.
Je savais que les portes du ciel étaient fermées à tous les hommes et cela, je ne pouvais l’oublier; je ne pouvais non plus repousser l’appel amoureux de mon Dieu, puisque mon âme se délectait à faire sa volonté.
Par la grande miséricorde de Dieu, et non pas à cause de mes propres mérites, j’ai été préservée du péché: j’étais sans faute, je ne pouvais donc pas pécher. Mais par disposition divine, ce secret avait été soigneusement gardé: mystères insondables, pleins d’amour et de tendresse qui, chez l’homme, sans qu’il s’en aperçoive, produisent des merveilles!
C’est ainsi que, sans le savoir, je me suis davantage exercée à l’amour, j’ai pratiqué les vertus avec plus de perfection et celles-ci ont fait grandir en moi la grâce.
J’ai toujours vécu dans la crainte de Dieu, évitant, pour petite qu’elle soit, toute chose qui puisse offenser mon Seigneur ou dévier sa volonté.
Ma fille, je veux que tu écrives que je n’ai pas été forcée; que j’ai accepté librement cette haute mission d’être la Mère de Dieu et des hommes. L’amour que j’ai eu pour le Tout-Puissant, depuis ma plus tendre enfance, m’a conduite à accepter toujours de bon gré sa divine volonté, car les deux volontés, celle de Dieu et la mienne, allaient toujours de pair: au préalable, je ne désirais rien que Lui n’eût désiré auparavant. Mon âme était immergée en Dieu et en Lui je trouvais mes délices. Comment ne pas faire sa volonté, si là était ma vie? Comment dire “non” à mon doux Maître? J’étais éprise de Lui. Est-ce qu’une Bien-aimée peut se refuser à l’appel amoureux de son Bien-aimé?
Le ciel entier était attentif à mes paroles: les trois Personnes divines m’observaient en silence. Les saints patriarches et les prophètes imploraient Dieu et bénissaient son nom. Les astres interrompaient leur mouvement et toute la création s’était arrêtée un moment dans l’attente du grand événement, parce que quelque chose de merveilleux et de nouveau allait changer la face de la terre. Et la joie contenue des anges, qui contemplaient en extase le mystère, formait comme un murmure plein de la gloire de Dieu.
Dans le profond silence, chargé de mystère, ma petitesse, émerveillée devant la divinité, s’exclama: “Je suis la servante du Seigneur: qu’il m’advienne selon ta parole.” (Lc 1,38)
Au moment de dire “qu’il m’advienne”, le Verbe divin prit possession de mon être. Mon âme était déjà le Tabernacle du Très-Haut et mon sein virginal, la chambre nuptiale de mon Seigneur. Sous l’emprise de la joie, je commençai à dire à mon Maître:
“Que mon Bien-aimé entre dans son jardin” Ct 4,16) Car mon aimé est à moi et moi je suis à Lui.
“Mon Bien-aimé a passé la main par le trou de la porte; et du coup mes entrailles ont frémi. Je me suis levée pour ouvrir à mon Bien-aimé” Ct 5,4-5), pour qu’il prenne possession de sa demeure.
Quand j’eus fini de prononcer ces mots, l’archange saint Gabriel s’agenouilla, inclina la tête, joignit ses mains et disparut, profondément absorbé dans sa prière. C’est que la grande œuvre, le merveilleux mystère de l’Incarnation avait commencé, et le salut des hommes se trouvait déjà dans mon sein virginal.
Commentaires des récits synoptiques des voyantes.
Toutes les voyantes confirment que la jeune Marie était en prière au moment de l’Annonciation. A.C. Emmerich, comme M. Valtorta précisent même que la prière concernait la venue du Messie attendu.
Pour toutes les voyantes, la parole de Marie en Luc 1,34 “je ne connais pas d’homme” signifie bien qu’elle n’a pas résolu d’en connaître et non qu’elle n’en a pas encore connu pour l’instant.