§ 139 Dans le même instant que le Tout-Puissant célébra les épousailles de l’union hypostatique dans le sein de la très-sainte Vierge, elle fut élevée à la vision béatifique où la Divinité lui fut manifestée intuitivement, et elle y connut de très-hauts mystères dont je parlerai dans le chapitre qui suit. Elle y découvrit notamment le sens secret des chiffres, qui se trouvaient dans l’ornement qu’elle reçut, et dont j’ai parlé au chapitre septième, et elle eut aussi connaissance de ceux que les anges portaient. Le divin Enfant croissait dans ce lieu sacré par l’aliment, par la substance et par le sang de sa très-sainte Mère, ainsi que les autres le font, quoiqu’il fut exempt de plusieurs choses que les enfants d’Adam souffrent dans cet état, la Reine du ciel n’ayant pas été sujette à de certains accidents qui ne sont pas essentiels à la génération, mais inhérents au péché, puisque cette nourriture que les autres mères descendantes d’Ève fournissent à leurs enfants avec des imperfections qui leur sont naturelles et communes, la très-sainte Vierge la fournissait au sien en exerçant des actes héroïques de toutes les vertus, et singulièrement de la charité. Et comme les opérations ferventes et les affections amoureuses de l’âme émeuvent le sang et les humeurs, par cette émotion la divine Providence communiquait à ce divin Enfant l’aliment naturel dont son humanité avait besoin pour se nourrir, pendant que sa divinité se récréait par la complaisance qu’elle prenait dans L’exercice des vertus héroïques de sa Mère. De sorte que la sacrée Vierge fournit au Saint-Esprit, pour la formation du corps, un sang pur et limpide, comme étant conçue sans péché et exempte de ses suites. Et bien loin de donner à son divin Enfant un sang impur et imparfait, comme les autres mères le donnent aux leurs, elle lui donnait le plus pur, le plus substantiel et le plus délicat, parce qu’elle le lui communiquait à force d’affections d’amour et des autres vertus. Comme elle savait qu’elle devait partager la nourriture qu’elle prenait avec le Fils de Dieu et le sien elle la prenait toujours avec des dispositions si saintes; que les esprits célestes étaient ravis en admiration de voir en des actions si communes tant de mérites pour elle et tant de sujets de complaisance pour le Seigneur.
§ 140 Cette divine Dame fût mise en possession de la dignité de Mère de Dieu avec des privilèges si éminents, que tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, et que je dirai dans la suite, est fort au-dessous de leur excellence; il ne m’est pas possible de les expliquer, parce que l’entendement humain ne les saurait dûment concevoir, et les plus doctes même ne trouveront pas des termes assez justes pour exprimer ce qu’ils eu pourront découvrir. Les humbles, qui sont expérimentés en l’amour divin, en connaîtront quelque chose par la lumière infuse et par un certain goût intérieur qui fait pénétrer le secret de pareils mystères. L’auguste Marie ayant été élevée si haut et si ennoblie par cette nouvelle et merveilleuse assistance de la Divinité dans son sein virginal, ne devint pas seulement le ciel, le temple et la demeure de la très-sainte Trinité, mais cette pauvre, maison et ce petit oratoire furent aussi consacrés pour servir de nouveau sanctuaire au Seigneur. Les esprits angéliques qui y assistaient comme témoins de ce prodige, exaltaient le Tout-Puissant avec une joie indicible; ils le bénissaient en la compagnie de cette très-heureuse Mère par de nouveaux cantiques de louange, et ils lui rendaient de continuelles actions de grâces en son nom et en celui du genre humain, qui ignorait le plus grand de ses bienfaits et les plus tendres marques de ses miséricordes.
Instruction de la Mère de Dieu§ 141 Ma fille, je vous vois dans l’admiration, et c’est avec raison, puisque vous venez d’apprendre par une nouvelle révélation le mystère dans lequel vous découvrez que la Divinité s’est humiliée jusqu’à s’unir avec la nature humaine dans le sein d’une pauvre fille comme j’étais. Je veux dire, ma très-chère, que vous employiez votre plus forte attention à considérer que Dieu ne s’abaissa pas de la sorte pour moi seule, mais qu’il le fit aussi bien pour vous que pour moi Gal., II, 29. . Le Seigneur est infini en miséricorde et son amour n’a point de bornes; il prend un aussi grand soin d’une seule âme qui le reçoit, il se plait autant avec elle, que s’il n’en eût point créé d’autres; et qu’il ne se fût fait homme que pour elle seule. C’est pourquoi vous devez vous considérer comme étant seule dans le monde pour y reconnaître avec les plus ardentes affections la venue du Seigneur; ensuite vous lui rendrez des actions de grâces de ce qu’il y est venu également pour tous. Que si vous pénétrez avec une vive foi que le même Dieu, dont les attributs sont infinis et la majesté éternelle, est descendu pour prendre chair humaine dans mon sein; que c’est lui-même qui vous cherche, qui vous appelle, qui vous caresse, et qui se donne tout à vous comme si vous étiez l’unique de ses créatures, cette pénétration vous fera sans doute découvrir ce à quoi un effet si admirable de sa bonté vous oblige, et vous fera changer cette admiration en des actes animés d’une foi la plus ferme et d’un amour le plus ardent, puisque vous êtes redevable de tout cela à un tel Roi et Seigneur, qui a daigné venir à vous lorsque vous ne le pouviez ni chercher ni trouver.
§ 142 Tout ce que cet adorable Seigneur vous peut donner hors de lui-même, vous paraîtrait fort grand, même en ne l’envisageant qu’au point de vue et avec des sentiments humains, sans élever votre esprit à ce souverain bien; tant il est vrai que tout ce qui vient de la main d’un si grand Roi est digne d’une très-haute estime. Mais si vous le considérez en lui-même, à la lueur du divin flambeau de la foi, et si vous êtes assurée, comme vous le devez être, qu’il vous a rendue capable de sa Divinité; alors vous verrez que si Dieu ne se donnait pas à vous, tout ce qui est créé vous semblerait un néant, et deviendrait pour vous un objet de mépris; cette seule pensée satisfera tous vos désirs, et vous comblera de consolation, lorsque vous ferez attention que vous avez un Dieu si amoureux, si aimable, si puissant, si doux, si riche; et qu’étant si infini en tontes choses, il a daigné s’humilier jusqu’à votre bassesse, pour vous relever de la poussière, pour enrichir votre pauvreté, et pour voué rendre l’office de pasteur, de père, d’époux et d’ami très-fidèle.
§ 143 Or prenez bien garde, ma fille, aux effets que ces vérités produiront au fond de votre cœur. Faites de sérieuses réflexions sur le très-doux amour que ce grand Roi vous témoigne par sa sollicitude continuelle, par les caresses et les faveurs qu’il vous prodigue, par les tribulations qu’ il vous envoie, par le don du flambeau que sa divine science a allumé dans votre âme, afin qu’elle connût à fond les grandeurs infinies de son être, le caractère admirable de ses œuvres et les mystères les plus cachés, la vérité eu toutes choses et le néant de ce qui est visible. Cette science est le principe essentiel et la base fondamentale de la doctrine que je vous ai enseignée, pour vous faire apprécier avec combien de respect et de retour vous devez recevoir les bienfaits du Seigneur votre Dieu, votre véritable bien, votre trésor, votre lumière et votre guide. Regardez-le comme un Dieu infini, amoureux et terrible. Soyez attentive à mes paroles et à mes instructions; vous trouverez en elles la parure de votre cœur et la lumière de vos yeux.
Anne-Catherine Emmerich (1774–1824)
“La vie de la Vierge Marie” – Presses de la Renaissance – 2006 – pages 164 à 167).
…
La chambre à coucher de la Sainte Vierge était située dans la partie arrière de la maison, près du foyer [qui n’était pas, comme dans la maison d’Anne, situé au milieu du logis, mais sur un côté. L’entrée de l’habitation était près de la cuisine]. On devait monter trois marches de biais pour accéder à la chambre de Marie, car le sol de cette partie de la maison était surélevé sur un affleurement de rocher. Vis-à-vis de la porte, la chambre était arrondie, constituant une alcôve séparée du reste de la pièce par une cloison de vannerie arrivant à hauteur d’homme: c’est là que se trouvait la couche de Marie, roulée [pendant la journée]. Les murs de la chambre étaient revêtus jusqu’à une certaine hauteur par un treillis de marqueterie un peu plus robuste que les légers paravents amovibles: on y avait employé du bois de plusieurs couleurs pour constituer un dessin en petit damier. Le plafond de la chambre était étayé par quelques poutres parallèles entre lesquelles était tendu un clayonnage orné de figures d’étoiles.
Le jeune homme lumineux qui m’accompagne toujours me conduisit dans cette chambre, et j’y vis ce que je vais relater, m’efforçant de le faire aussi bien que le peut une misérable personne comme moi.
Dès qu’elle fut entrée, la Sainte Vierge passa derrière le paravent, et revêtit une longue robe de laine blanche, avec une large ceinture; elle se couvrit la tête d’un voile blanc jaunâtre. Pendant ce temps, la servante entra à son tour, portant un lumignon, et elle alluma une lampe à plusieurs bras suspendue au plafond; puis elle se retira. La Sainte Vierge prit une petite table basse qui était rangée contre le mur; la dépliant, elle la dressa au milieu de la pièce. [Placé contre le mur, ce meuble se présentait comme un plateau rabattu sur deux pieds. Marie le plaça à l’horizontale et tira en avant un autre pied qui était plié, si bien que la table reposait à présent sur trois pieds. Le plateau était arrondi du côté où il s’appuyait sur le troisième pied.] Il était recouvert d’un tapis rouge et bleu [, retombant du côté où il n’était pas arrondi et formant une frange], au milieu duquel était brodée ou cousue une figure: je ne me rappelle plus si c’était une lettre ou un motif ornemental. [Sur une nappe blanche dépliée du côté arrondi de la table,] un rouleau de parchemin était déployé.
La Sainte Vierge avait dressé ce meuble au milieu de la pièce, un peu sur la gauche, entre l’alcôve où elle dormait et la porte, là où le sol était recouvert d’un tapis. Elle posa devant la table un petit coussin rond pour s’agenouiller et, prenant appui des deux mains sur le meuble, elle se mit lentement à genoux. La porte de la chambre était à droite devant elle, et elle tournait le dos à sa couche. Elle baissa le voile sur son visage et joignit les mains sur sa poitrine, mais sans croiser les doigts. Elle pria longtemps ainsi, le visage tourné avec ferveur vers le ciel. Elle demandait la venue de la Rédemption, du roi promis, implorait la grâce d’avoir, par sa prière, quelque part à sa mission. Elle demeura longtemps agenouillée, ravie en sa prière, puis elle pencha doucement la tête sur sa poitrine.
Et voici que, du plafond de la chambre, descendit suivant une ligne oblique, un peu à sa droite, une telle masse de lumière que je fus obligée de détourner les yeux vers le mur, là où était la porte. Dans cette lumière se tenait un adolescent d’une blancheur éclatante, aux longs cheveux blonds flottants, qui alla vers Marie. C’était l’ange Gabriel. Il lui parla, tout en écartant doucement les bras. Et je vis ses paroles sortir de sa bouche comme des lettres de feu, je les lus, je les entendis. Marie tourna quelque peu sa tête voilée vers la droite, mais, dans sa modestie, elle ne leva pas les yeux. L’ange continua de parler: alors, comme si elle obéissait à un ordre, Marie tourna son visage vers lui, souleva un peu son voile et répondit. L’ange parla encore. Marie releva tout à fait son voile, regarda l’ange et prononça les paroles sacrées: «Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole.»
La Sainte Vierge était dans un profond ravissement; la lumière emplissait la chambre, je ne voyais plus l’éclat de la lampe qui brûlait, ni le plafond de la pièce. Le ciel semblait s’être ouvert, une traînée lumineuse était apparue au-dessus de l’ange, et je vis à l’extrémité de ce fleuve de lumière une figure de la très sainte Trinité, tel un triangle de lumière dont les rayons s’entre-pénétraient; et j’y reconnus ce que l’on ne peut qu’adorer, que l’on ne peut jamais exprimer, Dieu tout-puissant, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, et cependant un seul Dieu tout-puissant.
Quand la Sainte Vierge dit: «Qu’il me soit fait selon ta parole», je vis une apparition ailée du Saint-Esprit, qui ne ressemblait pas exactement à la figuration habituelle sous forme de colombe: sa tête était comme un visage d’homme, de la lumière partait de son corps en s’élargissant comme des ailes, s’écoulant de sa poitrine et de ses mains en trois courants lumineux qui se répandaient sur la Sainte Vierge, pénétrant dans son côté droit où ils se réunissaient. [Touchée au cœur par cette lumière qui prenait possession d’elle,] la Sainte Vierge en fut tout illuminée et devint comme transparente: ce fut comme si les ténèbres s’écartaient d’elle, comme la nuit reflue devant le jour. Elle fut alors si irradiée de cette lumière qu’il n’y avait en elle plus rien d’obscur ni d’opaque: elle était resplendissante et comme illuminée en son être entier. Après cette effusion lumineuse, je vis l’ange disparaître, la voie lumineuse d’où il était sorti se retira, c’était comme si le ciel ramenait en soi ce fleuve de lumière. [Et une pluie de roses blanches encore fermées, au feuillage verdoyant, se répandit sur Marie.]
Pendant que je contemplais ces choses qui se déroulaient dans la chambre de la Sainte Vierge, j’eus une expérience personnelle tout à fait singulière: en proie à une profonde angoisse, comme si l’on m’avait tendu des pièges, je vis un horrible serpent qui, rampant à travers la maison, montait sur les marches jusqu’à la porte près de laquelle je me tenais. Le monstre avait atteint la troisième marche quand la lumière investit Marie. Ce serpent, de la taille d’un enfant, dardait une tête large et plate, il avait à la hauteur de la poitrine deux courtes pattes membraneuses armées de griffes, un peu comme les ailes des chauves-souris, dont il s’aidait pour ramper. Tacheté de toutes sortes de couleurs hideuses, il rappelait le serpent du Paradis, avec quelque chose de plus repoussant. Quand l’ange quitta la chambre de la Sainte Vierge, il piétina la tête du monstre, qui poussa un cri si affreux que j’en frémis. Et je vis apparaître trois esprits angéliques qui, frappant le répugnant reptile à coups de pied, le chassèrent de la maison.
Après le départ de l’ange, la Sainte Vierge absorbée en une profonde extase contempla en elle-même l’incarnation du Rédempteur promis, qu’elle adorait sous la forme d’un petit corps humain resplendissant, parfaitement formé et pourvu de tous ses membres, jusqu’aux doigts minuscules. Oh, ici à Nazareth, c’est tout autre chose qu’à Jérusalem: là-bas, les femmes doivent se tenir dans le parvis, elles n’ont pas le droit de pénétrer dans le Temple, seuls les prêtres entrent dans le sanctuaire. Mais ici, à Nazareth, ici dans cette église, c’est une vierge qui est elle-même le sanctuaire, et le Saint des saints est en elle, et le grand prêtre est en elle, et elle est seule à se tenir près de lui! Comme tout cela est touchant et merveilleux, et pourtant si simple et naturel! Les paroles de David, dans le psaume 46, se trouvaient accomplies: “Le Très-Haut a sanctifié sa demeure, Dieu est en elle, elle ne peut chanceler.”
Consuelo (contemporaine)
“Marie, Porte du Ciel” - Editions du Parvis – 1992 – Pages 47 à 50Chapitre 4. L’Incarnation du Fils de Dieu
Je me trouvais abîmée en présence de Dieu quand m’apparut un ange qui, sans perdre son apparence d’homme, resplendissait comme un soleil: j’avais l’habitude de voir les esprits célestes et ils avaient en général l’aspect humain. Ils se distinguaient des hommes par leurs paroles, leurs œuvres et un maintien singulier. C’est seulement quand ils venaient de la part de Dieu qu’ils étaient très lumineux. Au ciel, les messages se transmettent par illumination: Dieu illumine les anges qui lui sont les plus proches, et ces anges qui sont au service du Saint des Saints illuminent à leur tour ceux qui se trouvent sur un plan inférieur: ils irradient la lumière divine les uns vers les autres. Au ciel tout est lumière; c’est pour quoi les messages se transmettent et se reçoivent par illumination. Un rayon de cette divine lumière m’atteignit et m’encercla.
L’ange du Seigneur me dit: “Dieu te salue, Marie”, et avec une voix très douce, comme pour ne pas m’effrayer ni éveiller en moi de méfiance, il continua à me parler: “Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, bénie sois-tu entre les femmes.”
Une fois écoutées ces paroles, je ne sus que faire et mon cœur se troubla. L’ange me dit:
“Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras dans ton sein et tu mettras au monde un fils à qui tu donneras le nom de jésus. Il sera grand et il sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; il règnera sur la maison de Jacob à jamais et son règne n’aura point de fin.”
Mais Marie dit à l’ange: “Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme?” L’ange lui répondit: “L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Elisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils en sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile; car rien n’est impossible à Dieu.” Marie dit alors: “Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole!” Et l’ange la quitta.” (Luc 1,28.30-38)
§ 4.1 La liberté des enfants de Dieu