Récit comparatif des principales voyantes
“La Cité mystique de Dieu” – Livre 3, Chapitre 11Traduction P. Thomas Croset, 1715
*L’Annonciation. Récit synoptique des principales voyantes.
Marie d’Agréda Anne-Catherine Emmerich Consuelo Commentaires.
*María Jesús de Ágreda (1602-1665)
d’après la numérisation de l’Abbaye Saint-Benoît
§ 123 Je veux confesser, en présence du ciel, de la terre, de leurs habitants et du Créateur universel, notre Dieu éternel, qu’au moment où je prends la plume pour décrire le profond mystère de l’Incarnation, je sens mon peu de force défaillir, ma langue se paralyser, mes discours se glacer, mes facultés s’évanouir. Je me trouve tout interdite et je ne sais plus que tourner mon intelligence éperdue du côté de la divine lumière qui me dirige et qui m’éclaire. À ses rayons on connait toutes choses sans illusion, on les découvre sans détours, et je vois mon insuffisance, je reconnais l’impossibilité d’exprimer par de faibles paroles et par des phrases creuses ce que je puis concevoir d’un mystère qui renferme en abrégé Dieu même et la plus grande merveille de sa toute-puissance. Je vois dans ce mystère l’harmonie admirable de la Providence et de la sagesse infinie avec laquelle le Seigneur l’a conduit de toute éternité et dès la création du monde, afin que toutes ses œuvres et ses créatures fussent comme un moyen adapté à la très-haute fin qu’il avait de descendre dans le monde pour s’y faire homme.
§ 124 Je vois comment le Verbe éternel attendit pour descendre du sein de son Père, et choisit comme le temps et l’heure la plus propre, le silence de la pleine nuit Sap., XVIII, 14. , qui figurait l’ignorance des mortels, lorsque la postérité d’Adam était ensevelie dans le profond sommeil de l’oubli et dans la funeste méconnaissance de son Dieu, sans qu’il y eût personne qui ouvrit la bouche pour le confesser et le bénir Rom., I, 18, . À l’exception de quelques rares fidèles de son peuple, tout le reste du monde se taisait au fond de ses ténèbres, qu’avait accumulées une longue nuit de près de cinq mille deux cents ans sur les siècles et les peuples se succédant les uns aux autres, chacun à l’époque fixée d’avance et déterminée par la sagesse éternelle, afin que tous puissent rencontrer et reconnaître ce Créateur qui se manifestait sans cesse, en leur donnant la vie, l’être et le mouvement Act., XVII, 27 et 28. . Mais comme le jour de la lumière inaccessible n’était point encore arrivé, ils marchaient comme des aveugles, touchant les créatures sans y apercevoir la Divinité et sans la connaître; et dans cet aveuglement ils l’attribuaient à des choses sensibles et même à ce que la terre a de plus vil Rom., I, 23. .
§ 125. Or, le jour fortuné luisit où le Très-Haut, méprisant les longs siècles d’une si lourde ignorance, détermina de se manifester aux hommes Act., XVII, 30 et de commencer leur Rédemption, en prenant leur nature dans le sein de la très-pure Marie, préparée, comme nous l’avons dit, à l’accomplissement de ce mystère. Et pour mieux expliquer ce qui m’en est découvert, il faut que je parle auparavant de quelques mystères qui arrivèrent au moment où le Verbe allait descendre du sein du Père éternel. Je présuppose que, bien qu’il y ait une distinction personnelle entre les trois personnes divines, comme la foi nous l’enseigne, il n’y a pourtant aucune inégalité dans la sagesse, dans la toute-puissance, ni dans les autres attributs, pas plus qu’il ne saurait y en avoir dans la substance de la nature divine; et comme elles sont égales en dignité et en perfection infinie, elles le sont aussi dans les opérations qu’on appelle du dehors, parce qu’elles aboutissent, hors de Dieu, à la production extérieure d’une créature ou d’une chose temporelle quelconque.
Ces opérations sont indivisibles entre les personnes divines; parce que ce n’est pas une seule qui les fait, mais toutes trois, en tant qu’elles sont un même Dieu et qu’elles ont une même sagesse, un même entendement et une même volonté; et comme le Fils fait, veut et opère ce que le Père fait et veut, tout de même le Saint-Esprit fait, veut et opère les mêmes choses que le Père et le Fils.
§ 126 Toutes les trois personnes exécutèrent et opérèrent avec cette indivisibilité d’une même action l’œuvre de l’Incarnation, quoique la seule personne du Verbe reçût en soi la nature de l’homme, l’unissant hypostatiquement Hypostatique : terme théologique désignant l'union du Verbe avec la nature humaine à elle-même; et c’est pour cela que nous disons que le Fils fut envoyé par le Père éternel, de l’entendement duquel il procède, et que le Père l’a envoyé par l’opération du Saint-Esprit, qui intervint dans cette mission. Or, comme la personne du Fils était celle qui venait s’humaniser, avant que de descendre des cieux, sans sortir du sein du Père, il fit dans le divin consistoire, au nom de la même humanité dont il devait revêtir sa personne, une proposition et une demande par lesquelles il représenta ses mérites futurs, afin qu’en considération desdits mérites toute la race humaine obtint sa rédemption et le pardon des péchés pour lesquels il avait à satisfaire la justice divine. Il demanda le fiat de la volonté du Père qui l’envoyait, pour accepter ce rachat en considération de ses œuvres, de sa très-sainte passion, et des mystères qu’il voulait opérer dans la nouvelle Église et dans la loi de grâce.
§ 127 Le Père éternel accepta cette demande et les mérites prévus du Verbe, et lui accorda tout ce qui il proposa et tout ce qu’il demanda pour les mortels. Il lui recommanda aussi ses élus et ses prédestinés comme son héritage, et c’est pour ce sujet que notre Seigneur Jésus-Christ dit par la voix de saint Jean, qu’il ne perdit aucun de ceux que son Père lui donna Joan., XVIII, 9. , parce qu’il les conserva tous, excepté le fils de perdition, qui fut Judas Ibid., XXVII, 12. . Et une autre fois il dit que personne ne ravirait de sa main, ni de celles de son Père, aucune de ses brebis Ibid., X, 28. . Il en serait de même pour tous les hommes, si la rédemption, qui fut suffisante pour tous, se trouvait par leur correspondance efficace pour tous et en tous; puisque sa divine miséricorde n’en a exclu aucun, pourvu que tous la reçussent par le moi en de leur Restaurateur.
§ 128 Tout cela eut lieu, selon notre manière de concevoir, dans le ciel, au trône de la très-sainte Trinité, avant le fiat de la très-pure Marie, dont je vais bientôt parler. Au moment de la descente du Fils unique du Père dans son sein virginal, les cieux et toutes les créatures s’émurent; et les trois personnes divines, par suite de leur union inséparable, descendirent toutes avec le Verbe, qui seul devait s’incarner. Tous les membres de la milice céleste sortirent avec le Seigneur Dieu des armées, remplis d’une force invincible et d’une splendeur admirable. Et bien qu’il ne soit pas nécessaire de débarrasser le chemin, parce que la Divinité pénètre toutes choses, qu’elle occupe tous les espaces et que rien ne la saurait arrêter, néanmoins les lieux matériels, pour témoigner à leur Créateur leur profond respect, s’ouvrirent tous aussi bien que les éléments qui leur sont inférieurs; les étoiles augmentèrent et renouvelèrent leur lumière, la lune, le soleil et les autres planètes avancèrent leur cours pour rendre hommage à leur Seigneur, et pour assister à la plus grande de ses merveilles.
§ 129 Les mortels ne connurent point cette émotion ni ce renouvellement de toutes les créatures, tant parce que la chose arriva de nuit, que parce que le même Seigneur voulut qu’elle fût seulement manifestée aux anges, qui, initiés à des mystères aussi sublimes que vénérables, le louèrent avec un surcroît d’admiration: car ces mystères cachés aux hommes, encore éloignés de ces merveilles et de ces bienfaits, ravissaient les esprits célestes, auxquels alors il était seulement enjoint d’en bénir et glorifier l’auteur. Le Très-Haut fit naître pourtant au même moment dans le cœur de quelques justes une impression de joie extraordinaire et inaccoutumée, et ils en furent si doucement frappés, qu’ils y donnèrent tous une attention toute particulière. Ils conçurent du Seigneur des pensées plus grandes que jamais; plusieurs furent instinctivement portés à attribuer ce qu’ils ressentaient d’insolite à la venue du Messie, qui devait racheter le monde; mais ils tinrent tous la chose secrète, parce que, par une disposition expresse de la puissance divine, chacun croyait en être le seul favorisé.
§ 130 Les autres créatures eurent aussi part à ce renouvellement. Les oiseaux redoublèrent leur chant, les plantes augmentèrent leur odeur, et les arbres leurs fruits; enfin toutes les créatures ressentirent en elles quelque changement favorable. Mais ceux qui éprouvèrent la joie la plus vive furent les saints pères et les justes, habitant les limbes, où l’archange saint Michel fut envoyé pour leur donner des nouvelles si agréables, qui furent pour eux un grand sujet de consolation. Il n’y eut que l’Enfer qui en fut affligé et qui en ressentit de nouvelles douleurs; parce qu’à la descente du Verbe éternel, les démons sentirent une force impétueuse du pouvoir divin qui les surprit, comme les flots d’une mer irritée, et qui les renversa tous dans, le plus profond des ténébreux abîmes sans qu’ils y pussent résister. Il est vrai que par la permission divine, ils revinrent sur la terre, où ils firent toutes leurs diligences pour trouver la cause de ce qui venait de leur arriver; mais ils ne purent pas la découvrir, malgré les conférences qu’ils tinrent pour résoudre le cas, parce que le pouvoir divin leur cacha le mystère de l’Incarnation, comme il arriva encore lorsque la très sainte Vierge conçut le Verbe humanisé, ainsi que nous le verrons dans la suite; car ils ne surent que Jésus-Christ était véritablement Dieu et homme, qu’au moment de sa mort, comme je le dirai en son lieu.
§ 131 Le Très-Haut voulant réaliser ce mystère, l’archange Gabriel, accompagné d’une multitude innombrable d’anges ayant tous une forme humaine d’un éclat et d’une beauté incomparables à proportion de leur élévation entra sous les traits que j’ai dépeints au chapitre précédent, dans la petite chambre où la très-pure Marie était en prière; c’était un jeudi, à sept heures du soir et à l’entrée de la nuit. La Princesse du ciel l’apercevant le regarda avec une modestie et avec une retenue admirable, et ce ne fut qu’autant qu’il fallait pour reconnaître en lui l’ange du Seigneur. Elle ne l’eut pas plutôt reconnu, qu’elle voulut avec son humilité ordinaire se prosterner à ses pieds, mais le saint ambassadeur ne le voulut pas permettre, au contraire il lui fit lui-même une profonde révérence comme à sa Reine et Maîtresse, en laquelle il adorait les divins mystères de son Créateur; il savait d’ailleurs que dès ce jour-là les anciennes coutumes que les hommes avaient d’adorer les anges comme Abraham le fit Gen., XXVIII, 2. , étaient changées; parce que la nature humaine étant élevée à la dignité de Dieu en la personne du Verbe, les hommes étaient en même temps adoptés pour ses enfants et pour compagnons, ou frères des mêmes anges, comme celui qui ne voulut pas recevoir l’adoration de l’évangéliste saint Jean, le lui dit Apoc., XIX, 10. .
§ 132 Le saint archange salua notre Reine et la sienne; et il lui dit: Ave, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus Luc., I, 28 et 29 . La plus humble des créatures, entendant cette nouvelle salutation de l’ange, fut troublée, sans perdre la tranquillité de son âme.
Ce trouble eut deux principes en notre auguste Princesse: l’un fut sa très-profonde humilité par laquelle elle se croyait la dernière de toutes les créatures; et s’étant ouïe saluer et appeler bénie entre toutes les femmes, tandis qu’elle nourrissait de si bas sentiments d’elle-même, cela lui parut tout à fait étrange. Le second principe fut, que pendant qu’elle recevait la salutation et qu’elle la considérait dans son cœur, le Seigneur lui fit connaître qu’il la choisissait pour être sa Mère, et cela la troubla beaucoup plus, parce qu’elle était fort éloignée de cette pensée. Alors l’ange la voyant dans ce trouble, poursuivit son discours, et lui déclara l’ordre du Seigneur en ces termes: “Marie, ne craignez point, parce que vous avez trouvé grâce devant Dieu. Je vous déclare que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un fils que vous nommerez Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut” Luc., I, 30, 31 et 32. ; et le reste que le saint archange acheva.
§ 133 Il ne se trouva parmi les pures créatures que notre très-prudente et très-humble Reine qui pût dûment estimer et pénétrer un mystère si nouveau et si surprenant, et c’est parce qu’elle en apprécia toutes les grandeurs qu’elle en fut ravie et troublée. Mais dans ce trouble elle tourna son humble cœur vers le Seigneur qui ne pouvait pas lui refuser ses demandes, et elle lui demanda du plus profond de son âme une nouvelle lumière et un secours particulier pour se conduire selon son bon plaisir dans une affaire d’une si grande importance; parce que, comme j’ai dit dans le chapitre précédent, le Très-Haut la laissa pour opérer ce mystère dans l’état commun de la foi, de l’espérance et de la charité, lui suspendant les autres sortes de faveurs intérieures auxquelles d’ordinaire elle était élevée. Dans cette disposition elle repartit à saint Gabriel ce que saint Luc rapporte: “Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point mon mari?” Luc., I, 34 En même temps, elle représentait en elle-même au Seigneur le vœu de chasteté qu’elle avait fait, et les épousailles que sa divine Majesté avait contractées avec elle.
§ 134 L’ambassadeur céleste lui répondit: “Noble Dame, il est facile au pouvoir divin de vous rendre mère sans que vous connaissiez aucun homme; le Saint-Esprit surviendra en vous par sa présence, il s’y trouvera d’une manière nouvelle, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre Ibid., 35. , afin que le Saint des saints, qui sera appelé le Fils de Dieu, puisse naître de vous. Je vous déclare aussi que votre cousine Élisabeth a conçu un fils dans sa vieillesse, et que celle qu’on appelle stérile est présentement dans le sixième mois de sa grossesse Ibid., 36. , car rien n’est impossible à Dieu; et Celui qui peut faire concevoir et enfanter une stérile, peut bien, illustre Dame, faire que vous deveniez sa Mère, tout en ne cessant point d’être vierge, et en marquant au contraire votre pureté d’un sceau plus inviolable. Dieu donnera au Fils que vous enfanterez le trône de David, son père, et il régnera à jamais dans la maison de Jacob Luc., I, 32. . Vous n’ignorez pas la prophétie d’Isaïe, qui dit qu’une vierge concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous Isa., VII, 14. . Cette prophétie est infaillible, et elle doit être accomplie en votre personne. Vous savez aussi le grand mystère du buisson ardent que Moïse vit brûler sans qu’il fût consumé ni endommagé par le feu Exod., III, 2. , pour signifier le rapprochement des deux natures divine et humaine, sans que la seconde soit consumée par la première; et pour montrer que la Mère du Messie le concevra et l’enfantera sans le moindre préjudice de son intégrité virginale. Souvenez-vous aussi, grande Dame, de la promesse que notre Dieu éternel fit au patriarche Abraham, qu’après la servitude de sa postérité en Égypte, ses descendants retourneraient en ce pays à la quatrième génération Gen., XV, 16. . Le mystère de cette promesse était que Dieu humanisé rachèterait alors par votre moyen tous les enfants d’Adam de l’oppression du démon. Et cette échelle que Jacob vit en songe Gen., XXVIII, 12. fut une figure expresse du chemin royal que le Verbe incarné ouvrirait, afin que les mortels montassent au ciel et que les anges descendissent sur la terre, où le Fils unique du Père descendrait pour y converser avec les hommes, et leur communiquer les trésors de sa divinité par la participation des vertus et des perfections qui se trouvent en son être immuable, et éternel”.
§ 135 Le saint archange informa la très-pure Marie par ces raisons et par plusieurs autres, dissipant par l’autorité des anciennes promesses et des prophéties de l’Écriture le trouble que son ambassade lui avait causé, aussi bien que par la foi et par la connaissance qu’elle avait, de toutes ces choses et du pouvoir infini du Très-Haut. Mais comme notre auguste Reine surpassait les anges même en sagesse, en prudence et en sainteté, elle différait sa réponse pour la donner avec autant de solidité qu’elle la donna, parce qu’elle fut telle que l’exigeait le plus grand des prodiges de la puissance divine. Cette dame considéra avec beaucoup de réflexion, que de sa réponse dépendaient le dégagement de la parole de la très-sainte Trinité, l’accomplissement de ses promesses et de ses prophéties, l’oblation du plus agréable sacrifice qui lui eût été encore offert, l’ouverture des portes du paradis, la victoire et le triomphe sur l’enfer, la rédemption de tout le genre humain, la satisfaction de la justice divine, l’établissement de la nouvelle loi de grâce, la gloire des hommes, la joie des anges; et tout ce qui est renfermé dans l’incarnation du Fils unique du Père, et qui se trouve caché sous cette adorable forme de serviteur qu’il devait prendre dans le sein virginal de Marie Phil., II, 7. .
§ 136 C’est à la vérité une merveille bien grande et bien digne de notre admiration que le Très-Haut laissât entre les mains d’une jeune femme tous ces mystères et tant d’autres qui s’y trouvent renfermés, et que le tout dépendit de son flat. Mais aussi ce fut avec beaucoup de sûreté qu’il s’en rapporta à la sagesse et à la discrétion de cette femme forte et sublime, qui, après avoir médité ce que Dieu lui proposait, ne trompa point la confiance qu’il avait mise en elle Prov., XXXI, 11. . Aux opérations qui ont lieu au dedans de Dieu, la coopération des créatures est inutile, et Dieu ne l’attend pas pour opérer au dedans de lui-même; mais il en est autrement des œuvres contingentes du dehors, et comme son Incarnation fut la plus grande et la plus excellente de toutes, il ne voulut pas l’exécuter sans la coopération et sans le consentement de la très-pure Marie, afin de donner par son moyen cette perfection à toutes les autres, et afin que nous fussions obligés de ce bienfait à la Mère de la sagesse et à notre Restauratrice.
§ 137 Cette auguste Dame considéra et parcourut attentivement le champ immense de la dignité de Mère de Dieu, qu’il s’agissait d’acheter par un fiat; elle fut revêtue d’une force plus qu’humaine, elle goûta et elle vit que le commerce de la Divinité était bon. Elle connut les voies de ses bienfaits cachés, elle s’orna de force et de beauté Ibid., 16, 17 et 18. . Et lorsqu’elle eut conféré avec elle-même et avec l’ambassadeur céleste sur la grandeur de mystères si hauts et si divins, lorsqu’elle fut bien pénétrée de l’objet de l’ambassade qu’elle recevait, son très-pur esprit fut ravi et absorbé dans l’admiration, dans le respect et dans un très-ardent amour de Dieu. À la suite de ces mouvements si vifs et de ces affections si véhémentes, et comme par leur effet naturel, son très-chaste cœur fut comme étreint et pressé par une force qui lui fit distiller trois gouttes de son très-pur sang dans son sein virginal, où le corps de notre Seigneur Jésus-Christ fut conçu et formé d’elles par l’opération et par la vertu du Saint-Esprit, de sorte que le cœur de la très-pure Marie a réellement et véritablement fourni, à force d’amour, la matière dont la très-sainte humanité du Verbe fut formée pour notre rédemption. Et tout cela arriva su moment où elle prononçait avec une humilité ineffable (ayant la tête un peu inclinée et les mains jointes) ces paroles qui furent le commencement de notre réparation: “Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum” Luc., I, 38 .
§ 138 Ce fiat, si doux aux oreilles de Dieu et si favorable pour nous, ayant été prononcé, quatre choses furent opérées dans un instant. La première fut le très-saint corps de notre Seigneur Jésus-Christ, qui fut formé de ces trois gouttes de sang que le cœur de la sacrée Vierge fournit. La seconde fut la création de la très-sainte âme du même Seigneur, car elle fut aussi créée. La troisième fut l’union de l’âme et du corps du Sauveur, union qui donna a son humanité toute la perfection dont elle était capable. Enfin la quatrième fut l’union hypostatique de la Divinité en la personne du Verbe avec l’humanité, qui par cette union devint le suppôt de l’incarnation; de sorte que Jésus-Christ fut formé Dieu et homme véritable, pour être notre Seigneur et notre Rédempteur. Cette merveille arriva un vendredi, vingt-cinquième de mars, à la pointe du jour, dans l’année dé la création du monde 5199, selon que l’Église romaine, inspirée par le Saint-Esprit, le raconte dans le Martyrologe, et à la même heure que notre père Adam fut formé. Cette supputation est la véritable, et c’est ce qui m’a été déclaré, l’ayant demandé par ordre de l’obéissance. Conformément à cela, le monde fut créé dans le mois de mars, qui répond au commencement de la création; et parce que les œuvres du Très-Haut sont toutes parfaites et achevées Deut., XXXII, 4 , les plantes et les arbres sortirent de la main de sa divine Majesté avec leurs fruits, et ils ne les eussent jamais perdus si le péché n’eût altéré et corrompu toute la nature, comme je le dirai, s’il plait à Dieu, dans un autre traité; et je ne le dis pas présentement parce qu’il n’est pas nécessaire à celui-ci.