“Mais pourrons-nous, nous pauvres hommes, lever les yeux jusqu’à ces hauteurs?”

“Il suffit de le vouloir, et si vous le voulez, voici que je vous aiderai.”

“Comment devons-nous t’appeler, si tu n’es pas roi?”

“Maître, Jésus, comme vous voulez. Je suis le Maître et je suis Jésus, le Sauveur.”

78.8 – Un vieillard dit:

“Écoute, Seigneur. Il y a longtemps, très longtemps, au temps de l’édit, arriva jusqu’ici la nouvelle qu’était né le Sauveur à Bethléem… et moi, j’y allais avec d’autres… Je vis un petit Bébé, tout comme les autres. Mais je l’adorais avec un sentiment de foi. Puis j’appris qu’il y en avait un autre, un saint du nom de Jean. Quel est le vrai Messie?”

“Celui que tu as adoré. L’autre est son Précurseur. Grand saint aux yeux du Très-Haut. Mais pas Messie.”

“Alors c’était Toi?”

“C’était Moi. Et qu’as-tu vu autour du nouveau-né que j’étais alors?”

“Pauvreté et propreté, honnêteté et pureté… Un artisan aimable et sérieux qui s’appelait Joseph, artisan, mais de la race de David, une jeune Mère, blonde et gentille qui s’appelait Marie. Auprès de sa grâce pâlissent les plus belles roses d’Engaddi et paraissent laids les lis des parterres royaux. Et un Bébé aux grands yeux célestes, aux cheveux d’or pâle… Je n’ai rien vu d’autre… Et j’entends encore la voix de la Mère qui me dit: “Au nom de ma Créature, je te dis que le Seigneur soit avec toi, jusqu’à l’éternelle rencontre et que sa Grâce vienne au-devant de toi sur ton chemin”. J’ai quatre-vingt-quatre ans… je suis au bout de ma route. Je n’espérais plus rencontrer la Grâce de Dieu. Mais, au contraire, je t’ai trouvé… et maintenant je ne désire plus voir une autre lumière qui ne soit pas la tienne… Oui, je Te vois sous ce vêtement de pitié qu’est la chair que tu as prise. Je te vois. Écoutez la voix de celui qui en mourant voit la Lumière de Dieu!”

Les gens s’attroupent autour du vieillard inspiré qui est dans le groupe de Jésus, et qui, sans plus s’appuyer sur sa canne, lève ses bras tremblants, avec sa tête toute blanche, sa longue barbe qui se partage en deux, une vraie tête de patriarche ou de prophète.

“Je le vois Celui-ci: l’Élu, le Suprême, le Parfait, descendu vers nous par la force de son amour, remonter à la droite du Père, devenir Un avec Lui. Mais voilà! Ce n’est pas une Voix et une Essence Immatérielle comme Moïse vit le Très-Haut, et comme la Genèse dit que le premier couple le connut lorsqu’il leur parlait dans la brise du soir. C’est comme une Chair réelle que je Le vois monter vers l’Éternel. Chair étincelante! Chair glorieuse! Oh! Éclat de la chair divine! Oh! Beauté de l’Homme-Dieu! C’est le Roi! Oui.

C’est le Roi. Non pas d’Israël: du monde. Et devant Lui s’inclinent toutes les royautés de la terre et tous les sceptres et toutes les couronnes s’anéantissent, dans l’éclat de son sceptre et de ses joyaux. Une couronne, il porte sur son front une couronne. Un sceptre, il a en sa main un sceptre. Sur la poitrine, il a le rational RATIONAL : Ornement porté sur la poitrine par le grand-prêtre. Il était orné de douze pierres précieuses qui symbolisaient les douze tribus d'Israël. Voir les habits du Grand-prêtre. , perles et rubis y éclatent avec une splendeur jamais vue. Des flammes en sortent comme d’une fournaise sublime. Aux poignets deux rubis et une boucle de rubis à ses pieds saints. Lumière, lumière des rubis! Regardez, ô peuples, le Roi éternel! Je te vois! Je te vois! Je monte avec Toi… Ah! Seigneur! Notre Rédempteur!… La lumière croît aux yeux de mon âme… Le Roi est orné de son Sang! La couronne, ce sont des épines ensanglantées, le sceptre est une croix… Voici l’Homme! Le voilà! C’est Toi!… Seigneur, par ton immolation aie pitié de ton serviteur. Jésus, à ta pitié, je remets mon esprit.”

Le vieillard, tout droit jusqu’alors, redevenu jeune dans le feu de la prophétie, s’affaisse tout à coup et tomberait si Jésus ne le tenait tout de suite contre sa poitrine.

“Saul!”

“Saul meurt!”

“Au secours!”

“Accourez!”

“Paix autour du juste qui meurt.” dit Jésus, qui lentement s’est agenouillé pour pouvoir soutenir plus aisément le vieillard toujours plus pesant.

On fait silence.

Puis Jésus l’allonge complètement sur le sol. Il se redresse.

“Paix à son esprit. Il est mort en voyant la Lumière. Dans l’attente qui sera brève, il verra déjà le visage de Dieu et sera heureux. Ce n’est pas la mort, c’est à dire la séparation d’avec la vie, pour ceux qui mourront dans le Seigneur.”

78.9 – Les gens, après quelque temps, s’éloignent en commentant la scène. Restent les notables, Jésus, les siens et le chef de la synagogue.

“Il a prophétisé, Seigneur?”

“Ses yeux ont vu la Vérité. Partons.” Ils sortent.

“Maître, Saul est mort investi par l’Esprit de Dieu. Nous qui l’avons touché, sommes-nous purs, ou impurs?”

“Impurs.”

“Et Toi?”

“Moi comme les autres. Je ne change pas la Loi, La Loi, c’est la loi et un Israélite l’observe. Nous sommes impurs. Entre le troisième jour et le septième, nous nous purifierons. Jusque-là, nous sommes impurs Nous sommes impurs pour avoir touché un mort, comme cela est énoncé en Nombres 19, 11-22, qui définit les règles de purification. Toujours à propos des contacts avec un mort, on trouvera des cas particuliers en Lévitique 21, 1-4 | Lévitique 22, 4-7 | Nombres 6, 6-12 | Nombres 9, 6-12 | Nombres 31, 19-20 |Ézéchiel 44, 25-27 et Agée 2, 13. Cette note vaut pour toutes les fois où se présentera un cas semblable "d'impureté légale". . Judas, je ne reviens pas chez ta mère. Je n’apporte pas l’impureté à sa maison. Fais-la prévenir par qui tu pourras. Paix à cette cité. Partons.”

Je ne vois plus rien.