75.4 – Et les autres? Vous étiez douze: Élie, Lévi, Samuel, Jonas, Isaac, Tobie, Jonathas, Daniel, Siméon, Jean, Joseph, Benjamin. Ma Mère me disait toujours vos noms, les noms de mes premiers amis.”

“Oh!” Les bergers sont toujours plus remués.

“Où sont les autres?”

“Le vieux Samuel est mort, de vieillesse, depuis vingt ans. Joseph, tué en combattant, sur la porte de son enclos, en donnant le temps à son épouse, mère depuis quelques heures, de s’enfuir avec celui-ci que j’ai recueilli par amour pour mon ami, et pour… et pour avoir encore des enfants autour de moi. J’ai pris aussi Lévi avec moi… Il était persécuté. Benjamin est berger sur le Liban, avec Daniel. Siméon, Jean et Tobie qui maintenant a pris le nom de Mathias, en souvenir de son père, tué lui aussi, sont disciples de Jean. Jonas est sur la plaine d’Esdrelon, au service d’un pharisien. Isaac a les reins malades, dans une misère absolue, et il est seul, à Jutta. Nous l’aidons comme nous pouvons… mais nous sommes tous battus et ce sont des gouttes d’eau dans un incendie. Jonathas est maintenant domestique chez un grand de la cour d’Hérode.”

“Comment avez-vous pu, spécialement Jonathas, Jonas, Daniel et Benjamin, trouver ces emplois?”

“Je me souvenais de Zacharie, ton parent… La Mère m’avait envoyé vers lui. Et quand nous nous trouvâmes aux prises avec la furie des Juifs, fugitifs et maudits, je les lui adressai. Il fut bon. Il nous protégea, nous nourrit, nous chercha des patrons, comme il put. J’avais déjà pris tout le troupeau d’Anne passé à l’Hérodien… et je suis resté avec lui J'avais déjà pris tout le troupeau d'Anne passé à l'hérodien… et je suis resté avec lui… Cela signifie : le troupeau que je gardais pour le compte d'Anne avait été pris par l'hérodien, si bien que je suis passé au service de ce dernier. … Devenu homme, le Baptiste a commencé à prêcher, Siméon, Jean et Tobie allèrent avec lui.”

“Mais, maintenant, le Baptiste est prisonnier. ”

“Oui. Et eux circulent aux environs de Machéronte, avec un petit troupeau. Il leur a été donné par un riche, disciple de Jean ton parent, pour écarter les soupçons.”

“Je voudrais les voir tous.”

“Oui, Seigneur. Nous irons leur dire: “Venez, il est vivant. il se souvient de nous et nous aime”

“Et il les veut au rang de ses amis.”

“Oui, Seigneur.”

“Mais, pour commencer, nous irons voir Isaac. Pour Samuel et Joseph, où sont-ils enterrés?”

“Samuel, à Hébron - Il resta au service de Zacharie. Joseph… n’a pas de tombeau, Seigneur. Il fut brûlé avec sa maison.”

“Pas dans les flammes des hommes cruels, mais dans les flammes du Seigneur, il sera bientôt dans la gloire. Je vous le dis; à toi, Joseph, fils de Joseph, je le dis. Viens, que je t’embrasse pour dire merci à ton père.”

“Et mes enfants?”

“Des anges, Élie, des anges qui rediront le “Gloria” quand le Sauveur sera couronné.”

“Roi?”

“Non, Rédempteur. Oh! cortège des justes et des saints! d’abord, les phalanges, blanches et pourpres des petits martyrs! Et, après que sera ouverte la porte des Limbes, voici que nous monterons ensemble au Royaume où l’on ne meurt plus. Et puis, vous verrez et retrouverez, pères, mères et fils, dans le Seigneur! Ayez foi.”

“Oui, Seigneur. ” “Appelez-moi: Maître.

75.5 – La nuit tombe. La première étoile se montre. Dis ta prière avant le repas.”

“Non, pas moi, Toi.”

“Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, qui ont mérité de voir la Lumière et de la servir. Le Sauveur est parmi eux. Le Berger de race royale est au milieu de son troupeau. L’étoile du matin s’est levée. Réjouissez-vous, ô justes! Réjouissez-vous dans le Seigneur!

Lui qui a fait la voûte des cieux et y a semé les étoiles, Lui qui a fixé les limites des terres et de la mer, Lui qui a créé les vents et les pluies et réglé le cours des saisons pour donner pain et.vin à ses enfants, voici que maintenant il vous envoie une plus excellente nourriture: le Pain Vivant qui descend du Ciel, le Vin de la Vigne Éternelle. Venez, vous, prémices de mes adorateurs.

Venez connaître le Père, en vérité; pour le suivre en sa sainteté et en avoir une récompense éternelle.”

Jésus a prié, debout, les bras ouverts, pendant que ses disciples et les bergers se tenaient à genoux.

Ensuite on présente du pain et une jatte de lait frais tiré. Comme il y a trois écuelles, ou trois courges évidées, je ne sais, c’est d’abord Jésus, avec Simon et Judas qui mangent, puis Jean à qui Jésus passe son bol, en même temps que Lévi et Joseph, et en dernier Élie.

Les troupeaux ne broutent plus. Ils ont formé une grande bande, serrés les uns contre les autres, en attendant qu’on les conduise peut-être à leur enclos. Mais, je vois au contraire que les trois bergers les conduisent dans le bois, sous un hangar rustique de branchages, entouré de cordages. Ils se mettent à préparer un lit de foin pour Jésus et ses disciples. On allume des feux, peut-être à cause des bêtes sauvages.

Judas et Jean s’étendent, et peu après s’endorment. Simon voudrait bien tenir compagnie à Jésus, mais peu après il s’endort lui aussi, assis sur le foin et le dos appuyé à un pieu.

75.6 – Jésus reste éveillé avec les bergers. Et ils parlent: de Joseph, de Marie, de la fuite en Égypte, du retour…Et puis après les informations affectueuses, voici des questions plus relevées: que faire pour servir Jésus? Comment le pourront-ils, eux, grossiers bergers?

Jésus les instruit et explique:

“Maintenant je vais à travers la Judée. Vous serez toujours tenus informés par les disciples. Puis, je vous ferai venir. Rassemblez-vous, en attendant. Faites en sorte de vous informer mutuellement de ma présence en ce monde comme Maître et Sauveur. Faites-le savoir, comme vous pourrez. Je ne vous promets pas qu’on vous croira. J’ai essuyé dérision et poursuites. Vous aussi, vous les rencontrerez. Mais, comme-vous avez su être courageux et justes, dans cette attente, soyez-le plus encore, maintenant que vous êtes miens. Demain, nous irons à Yutta, puis à Hébron. Pouvez-vous venir?”

“Oh! oui! Les routes sont à tout le monde, et les pâturages à Dieu. Seule Bethléem nous est interdite à cause de l’injuste haine. Les autres pays sont au courant… mais nous méprisent seulement en nous traitant “d’ivrognes”; Aussi nous ne pourrons faire que peu de chose ici.”

“Je vous appellerai ailleurs. Je ne vous abandonnerai pas.”

“Pendant toute la vie?”

“Pendant toute ma vie.”

“Non, c’est moi qui mourrai d’abord, Maître. Je suis âgé.”

“Tu le crois, pas Moi. Un des premiers visages que je vis, ce fut le tien, Élie. Ce sera un des derniers. J’emporterai dans ma pupille ton visage bouleversé par la douleur de ma mort. mais après, c’est à toi de porter en ton cœur la radieuse vision d’un matin triomphal et c’est avec elle que tu attendras la mort… La mort: la rencontre éternelle avec Jésus que tu as adoré tout petit. Alors aussi, les anges chanteront le Gloria pour “l’homme de bonne volonté”

Je ne vois plus rien. La douce vision se voile. C’est la fin.