Le visage de Jésus s’assombrit.

“Eh! bien si tu es d’accord, je parlerai de Toi au Grand-Prêtre. Et puis… si tu veux, je connais quelqu’un qui a des rapports d’affaires avec mon père. C’est un riche marchand de poisson. Il a une belle et grande maison près de l’Hippique, car ce sont des gens riches, mais aussi très bons. Tu y serais plus à ton aise et tu te fatiguerais moins. Pour arriver jusqu’ici on doit passer aussi par ce faubourg d’Ophel, si turbulent et toujours encombré d’ânes et de garçons querelleurs.”

“Non, Jean. Je te remercie. Mais je suis bien ici. Vois-tu quelle paix? Je l’ai dit aussi à l’autre disciple qui me faisait la même proposition. Lui disait: “Pour être mieux considéré”

“Moi, je disais pour que tu te fatigues moins.”

“Je ne me fatigue pas. Je marcherai tant et ne me fatiguerai jamais. Sais-tu ce qui me fatigue? L’indifférence. Oh! ça quel poids; c’est comme si j’avais un poids sur le cœur.”

“Moi, je t’aime, Jésus.”

“Oui, et tu me soulages. Je t’aime tant, Jean, et t’aimerai toujours, car toi, tu ne me trahiras jamais.”

“Te trahir! Oh!” “Et pourtant ils seront nombreux à me trahir.

70.5 – Jean, écoute. Je t’ai dit que je me suis attardé pour instruire un nouveau disciple. C’est un jeune juif, instruit et connu.”

“Alors, tu auras beaucoup moins de mal qu’avec nous, Maître. Je suis content que tu aies quelqu’un de plus capable que nous.”

“Tu crois que j’aurai moins de mal?”

“Et s’il est moins ignorant que nous, il te comprendra mieux et te servira mieux, surtout s’il t’aime mieux.”

“Voilà: tu as bien dit. Mais l’amour ne se proportionne pas à l’instruction, ni non plus à l’éducation. Un cœur vierge aime avec toute la force de son premier amour. Cela vaut aussi pour la virginité de la pensée. Et l’amour s’imprime davantage dans un cœur et une pensée vierges que là où ont existé déjà d’autres amours. Mais si Dieu le veut… Écoute, Jean. Je te prie d’être pour lui un ami. Mon cœur tremble de te mettre, toi agneau jamais encore tondu, près de celui qui connaît la vie. Mais aussi pourtant, il sera réservé parce qu’il sait que tu seras agneau, mais aussi un aigle, et si, blasé, il veut te faire toucher le sol, le sol fangeux, le sol du bon sens humain, toi, d’un coup d’aile, tu sauras te libérer et ne vouloir que l’azur et le soleil. Dans ce but, je te prie - en te gardant toi, tel que tu es - d’être l’ami du nouveau disciple que n’aimera pas Simon Pierre ni non plus les autres, pour faire passer en lui ton cœur…”

“Oh! Maître, mais n’y suffis-tu pas?”

“Moi, je suis le Maître auquel il ne dira pas tout. Tu es le condisciple, beaucoup plus jeune, avec qui il est plus facile de s’ouvrir. Je ne te dis pas de me répéter ce que lui te diras. Je hais les espions et les délateurs, mais je te demande de l’évangéliser par ta foi et ta charité, par ta pureté, Jean. C’est une terre que souillent des eaux stagnantes. Il faut que le soleil de l’amour l’assainisse; que la purifie l’honnêteté des pensées, des désirs, des œuvres; que la foi la cultive. Tu peux le faire.”

“Si tu crois que je le puisse… Oh! oui. Si Tu me dis que je peux le faire, je le ferai. Par amour pour Toi.”

“Merci, Jean.”

70.6 – “Maître, tu as parlé de Simon Pierre, et il me revient à l’esprit ce que je devais te dire d’abord. Mais la joie de t’entendre me l’a fait oublier la pensée. De retour à Capharnaüm depuis la Pentecôte, nous avons tout de suite trouvé la somme habituelle de cet inconnu Il s'agit d'un don anonyme de Lévi (Matthieu). . L’enfant l’avait portée à ma Mère. Je l’ai donnée à Pierre et lui me l’a rendue en me disant d’y puiser un peu pour le retour et le séjour à Docco. Il m’avait dit de t’apporter le reste pour tes possibles besoins… parce que Pierre pensait qu’ici tout ne serait pas confortable… mais Toi, tu dis le contraire… Je n’ai pris que deux deniers pour deux pauvres rencontrés près d’Éphraïm Pour le reste j’ai vécu avec ce que m’avait donné ma mère et ce que m’ont donné de braves gens auxquels j’avais annoncé ton Nom. Voici la bourse.”

“Je la distribuerai demain aux pauvres. Ainsi Judas apprendra nos habitudes.”

“Ton cousin Jude est venu Jude et Judas se prononcent pareillement : Iéhouda. L'italien, comme le latin, conservent cet amalgame, ce qui nécessite de recourir au surnom pour les distinguer. ? Comment a-t-il fait pour être si rapide? Il était à Nazareth et ne m’a pas parlé de partir…”

“Non. Judas, c’est le nouveau disciple. Il est de Kérioth, mais tu l’as vu à Pâques, ici, le soir de la guérison de Simon. Il était avec Thomas.”

“Ah! c’est lui?” Jean est un peu interdit “C’est lui. Et Thomas que fait-il?”

“Il a obéi à ton ordre en se séparant de Simon le Cananéen et en allant le long de la mer à la rencontre de Philippe et Barthélemy.”

“Oui, je veux que vous vous aimiez sans préférences, en vous aidant réciproquement, en vous faisant l’un à l’autre bon visage. Personne n’est parfait, Jean. Ni les jeunes, ni les vieux. Mais avec de la bonne volonté, vous atteindrez la perfection et ce qui vous manquera, je le mettrai en vous. Vous êtes comme les fils d’une famille sainte. Il y a en elle bien des caractères différents. L’un est rude, l’autre doux, l’un est courageux, l’autre timide, l’un impulsif, l’autre réservé. Si vous étiez tous pareils, il y en aurait un qui s’imposerait par la force, et tous les autres en seraient amoindris. Ainsi, au contraire, vous formez une union parfaite, parce que vous vous complétez les uns les autres. L’amour vous unit, doit vous unir, pour la cause de Dieu.”

“Et pour Toi, Jésus.”