“J’ai apporté du poisson séché que m’ont donné Jacques et Pierre. Et en passant à Nazareth, ta Mère m’a donné du pain et du miel pour Toi. J’ai marché sans arrêt, mais maintenant il sera dur.”

“N’importe Jean, il aura toujours la saveur des mains de la Maman.”

Jean tire ses trésors de la besace où ils étaient dans un coin. Je vois préparer le poisson sec d’une manière insolite. On le plonge quelques instants dans l’eau chaude, puis on le beurre avec de l’huile et on le fait griller sur la flamme.

Jésus bénit la nourriture et s’assied à table avec le disciple. A la même table le propriétaire, que j’entends appeler Jonas et son fils. La mère va et vient, apportant le poisson, les olives noires, des légumes cuits à l’eau et assaisonnés avec de l’huile. Jésus offre aussi du miel. Il l’offre à la mère en l’étendant sur le pain. “C’est de mon rucher, dit-il. Ma Mère prend soin des abeilles. Mange-le, il est bon. Tu es tellement bonne avec Moi, toi, Marie, qui mérites ça et plus encore” il ajoute parce que la femme ne voudrait pas le priver de ce doux miel.

Le repas se termine rapidement au milieu des conversations. Il est à peine fini et on a rendu grâces de la nourriture que l’on a prise, Jésus dit à Jean: “Viens, sortons un peu dans l’oliveraie. La nuit est tiède et claire. Il fera bon de rester un peu dehors.”

Le maître de maison dit:

“Maître, je te salue. Je suis fatigué et mon fils aussi. Nous allons nous reposer. Je pousse la porte et je laisse la lumière sur la table. Tu sais comment faire.”

“Oui, vas-y Jonas et éteins aussi la lampe. Il fait un si beau clair de lune que nous y verrons sans lumière.”

“Mais ton disciple où dormira-t-il?”

“Avec Moi. Sur ma natte, il y a encore de la place pour lui, n’est-ce pas Jean?”

Jean est ravi à l’idée de dormir à côté de Jésus.

70.3 – Ils sortent dans l’oliveraie, mais auparavant, Jean a pris quelque chose dans le sac posé dans le coin. Ils font quelques pas et arrivent sur un talus d’où on voit toute la ville de Jérusalem.

“Asseyons-nous ici et parlons entre nous” dit Jésus. Mais Jean préfère s’asseoir à ses pieds sur l’herbe courte et il reste, le bras appuyé sur les genoux de Jésus, la tête appuyée sur son bras, jetant de temps à autre un regard sur son Jésus. On dirait un enfant, près de la personne qui lui est la plus chère. “C’est beau, ici aussi, Maître. Regarde comme la cité semble grande, la nuit. Plus que le jour.”

“C’est parce que la lumière de la lune en estompe les contours. Vois, on dirait qu’une lumière argentée en recule les limites. Regarde le sommet du Temple, là-haut. Ne semble-t-il pas suspendu dans le vide?”

“Il semble que ce sont les anges qui le portent sur leurs ailes d’argent.”

Jésus soupire. “Pourquoi soupires-tu, Maître?”

“Parce que les anges ont abandonné le Temple. Son aspect de pureté et de sainteté se limite aux murs. Ceux qui devraient lui donner une âme - parce que chaque lieu a son âme, c’est à dire l’esprit pour lequel il fut édifié; le Temple devrait avoir l’âme de prière, de sainteté - mais ceux-là dis-je sont les premiers à la leur enlever. On ne peut donner ce qu’on ne possède plus, Jean. Et s’il y a beaucoup de prêtres et de lévites qui vivent là, il n’y en a même pas un sur dix qui soit en état de donner la vie au Lieu Saint. C’est la mort qu’ils donnent. Ils lui communiquent la mort qui est en leur esprit, mort à ce qui est saint. Ils ont les formules mais ils n’ont pas la vie qui devrait les animer. Ce sont des cadavres qui n’ont de chaleur que celle qui leur vient de la putréfaction qui les gonfle.”

“Est-ce qu’ils t’ont fait du mal, Maître?”

Jean est tout désolé.

“Non, ils m’ont même laissé parler quand je leur ai demandé de le faire.”

“Tu l’as demandé? Pourquoi?”

“Parce que je ne veux pas être Moi, celui qui déclare la guerre. La guerre viendra quand même, car certains auront de Moi une sotte peur humaine, et je serai un reproche pour d’autres. Mais cela doit être sur leur livre pas sur le mien.”

70.4 – Après un moment de silence, Jean reprend:

“Maître… Moi, je connais Hanne et Caïphe. Ma famille a avec eux des rapports d’affaires Zébédée commercialise les poissons du lac. Cette relation d'affaires explique qu'au moment de la Passion, Jean peut entrer librement dans le Temple car il "est connu du grand-prêtre" (Jean 18, 15). et quand je me suis trouvé en Judée, à cause de Jean le Baptiste, je venais aussi au Temple et eux étaient gentils avec le fils de Zébédée. Mon père leur réserve toujours le meilleur poisson; c’est la coutume, sais-tu? Quand on veut les avoir pour amis, garder leur amitié, il faut agir ainsi…”

“Je le sais.”