67 – Le miracle des lames brisées à la Porte des poissons
31 décembre 1944
Le dimanche 31 décembre 1944.
67.1 – Je vois Jésus qui va tout seul sur un chemin ombragé, on dirait dans une fraîche petite vallée bien arrosée. Je dis une petite vallée car elle est encaissée entre deux élévations du sol et au centre passe un petit cours d’eau.
Le lieu est désert, à l’heure matinale. Le jour doit à peine pointer, une belle journée tranquille du commencement de l’été, et à part les chants des oiseaux dans les arbres - ce sont surtout des oliviers principalement sur la colline de gauche, alors que l’autre plus dépouillée, a des arbustes bas: lentisques, acacias épineux, agaves, etc…– à part ces chants et le triste roucoulement des tourterelles sauvages qui font leurs nids dans les creux d’une colline, plus aride, on n’entend rien.
Le petit torrent lui-même, dont les eaux peu abondantes coulent au centre de son lit, semble ne faire aucun bruit et s’en va, réfléchissant dans ses eaux la verdure qui l’entoure et lui donne une couleur d’émeraude foncée.
Jésus franchit un petit pont primitif: un tronc à moitié équarri, jeté sur le torrent, sans garde fou, sans rien pour se protéger, et il continue son chemin sur l’autre rive.
Maintenant, on voit des murs et des portes et des marchands de légumes et de victuailles qui se pressent aux portes encore fermées pour entrer dans la ville. Les ânes braient et se bagarrent, Les propriétaires eux-mêmes ne plaisantent pas. Insultes et même coups pleuvent non seulement sur les échines des ânes, mais aussi sur les têtes des hommes.
67.2 – Deux hommes en viennent sérieusement aux mains à cause de l’âne de l’un d’eux, qui s’est servi dans le panier de laitues de l’autre, et en a mangé beaucoup! Ce n’est peut-être qu’un prétexte pour rallumer une ancienne querelle. De fait on sort de dessous les vêtements deux coutelas, courts et larges comme la main: c’est semble-t-il des dagues courtes mais bien affilées. Elles brillent au soleil. Cris des femmes, brouhaha des hommes. Mais personne n’intervient pour séparer les deux qui se préparent à un duel rustique.
Jésus, qui s’avançait, méditatif, lève la tête, voit la scène et à pas très rapides accourt entre les deux. “Arrêtez, au Nom de Dieu!” ordonne-t-il.
“Non! Je veux en finir avec ce chien maudit!”
“Moi aussi! Tu nous tiens par la frange? Je te ferai une frange avec tes entrailles.”
Les deux tournent autour de Jésus, le bousculant, l’insultant pour qu’il ne les sépare plus, cherchant à s’atteindre sans y réussir parce que Jésus, avec des mouvements de son manteau dévie les coups et leur bouche la vue. Il en a même le manteau lacéré. La foule crie: “Dégage-toi, Nazaréen et tire-toi de là.” Mais Lui ne bouge pas et tâche de les calmer, recommandant l’esprit à Dieu. Inutile! La colère rend fous les deux combattants.
Jésus va faire un miracle. Il ordonne une dernière fois: “Je vous commande d’arrêter.”
“Non! Éloigne-toi! Va ton chemin, chien de Nazaréen!” Alors Jésus étend les mains, avec son aspect de puissance fulgurante. Il ne dit pas une seule parole, mais les lames tombent en morceaux par terre comme des lames de verre qu’on aurait heurtées contre un rocher.
Les deux regardent les poignées courtes qui leur restent entre les mains. La stupeur fait tomber la colère. La foule aussi cri stupéfaite.
Dessin de Lorenzo Ferri réalisé sous les indications de Maria Valtorta. © FMVC
67.3 – “Et maintenant? demande Jésus avec sévérité. Où est votre force?”
Jusqu’aux soldats, de garde à la porte, accourus aux derniers cris regardent avec stupeur et l’un d’eux se penche pour ramasser des morceaux des lames et les essaie sur l’ongle, ne pouvant croire que c’est de l’acier.
“Et maintenant? répète Jésus. Où est votre force? Sur quoi basez-vous votre droit? Sur ces morceaux de métal, qui maintenant ne sont plus que des débris dans la poussière? Sur ces morceaux de métal qui n’avaient d’autre force que celle du péché de colère contre un frère, vous dépouillant par ce péché de toute bénédiction de Dieu et par conséquent de toute force? Oh! malheureux ceux qui se basent sur des moyens humains pour vaincre, et ignorent que ce n’est pas la violence mais la sainteté qui rend victorieux sur terre et au-delà! Car Dieu est avec les justes.
Écoutez tous, vous d’Israël, et vous aussi soldats de Rome. La Parole de Dieu parle pour tous les fils d’hommes; et ce ne sera pas le Fils de l’homme qui la refusera aux Gentils.
Le second des commandements du Seigneur est celui de l’amour du prochain. Dieu est bon et veut la bienveillance parmi ses fils. Celui qui manque de bienveillance pour son prochain ne peut se dire fils de Dieu et ne peut avoir Dieu avec lui. L’homme n’est pas un animal sans raison qui attaque et comme ayant droit à une proie. L’homme a une raison et une âme. Par la raison, il doit savoir se conduire en homme. Par l’âme il doit savoir se conduire en saint. Celui qui n’agit pas ainsi se met au-dessous des animaux. Il s’abaisse jusqu’à embrasser les démons, car il leur livre son âme par le péché de colère. Aimez. Je ne vous dis pas autre chose. Aimez votre prochain comme le Seigneur Dieu d’Israël le veut. Ne soyez pas du sang de Caïn. Et pourquoi l’êtes-vous? Pour un peu d’argent, vous qui pouviez être homicides. D’autres pour un lopin de terre.
Pour une meilleure place. Pour une femme. Que sont toutes ces choses? Éternelles? Non, elles durent moins que la vie qui n’est qu’un instant de l’éternité. Et que perdez-vous en les recherchant? La paix éternelle qui est promise aux justes et où le Messie vous conduira ensemble à son Royaume. Venez sur le chemin de la Vérité. Suivez la Voix de Dieu. Aimez-vous. Soyez honnêtes. Soyez continents. Soyez humbles et justes. Allez et méditez.”
67.4 – “Qui es-tu, Toi qui dis de semblables paroles et dont la volonté brise les épées? Un seul fait ces choses: le Messie. Même Jean le Baptiste n’est pas plus que Lui. Es-tu peut-être le Messie?” se demandent trois ou quatre qui sont là.