Mais pourquoi, ô Israël, es-tu devenu aveugle et sourd au point de ne savoir plus lire et voir écouter et comprendre le sens réel des faits? Mon Royaume n’est pas de ce monde, Judas. Renonce à tes idées. À Israël, je viens apporter la Lumière et la Gloire, mais pas la lumière et la gloire de la terre.
Je viens appeler au Royaume les justes d’Israël, car c’est par Israël et avec Israël que doit se former et grandir l’arbre de la vie éternelle, dont la sève sera le sang du Seigneur, l’arbre qui étendra ses rameaux sur toute la terre jusqu’à la fin des siècles. Mes disciples, les premiers, seront d’Israël. Mes confesseurs, les premiers, d’Israël. Mais aussi mes persécuteurs, d’Israël. Et aussi mes bourreaux, d’Israël. Mais aussi mon traître, d’Israël.”
“Non, Maître. Cela, jamais. Si tous te trahissaient, je te resterais et te défendrais.”
“Toi, Judas? et sur quoi te bases-tu pour l’assurer?”
“Sur mon honneur d’homme.”
“C’est chose plus fragile qu’une toile d’araignée, Judas. C’est à Dieu que nous devons demander la force d’être honnêtes et fidèles! L’homme!… L’homme fait œuvre d’homme. Pour accomplir œuvre d’esprit - car suivre le Messie dans sa vérité et sa justice c’est faire œuvre d’esprit - il faut tuer l’homme et le faire renaître. Es-tu capable d’en faire autant?”
“Oui, Maître. Et puis… Ce n’est pas tout Israël qui t’aimera. Mais des bourreaux et des traîtres à son Messie, il n’en viendra pas d’Israël. Il t’attend depuis des siècles!”
“Il en viendra. Rappelle-toi les Prophètes, leurs paroles et leurs fins. Je suis destiné à décevoir beaucoup de gens. Et tu es un de ceux-là. Judas, tu as en face de toi, un doux, un pacifique, un pauvre qui veut rester pauvre. Je ne suis pas venu pour m’imposer et faire la guerre. Je ne dispute aux forts et aux puissants, aucun royaume, aucun pouvoir. Ce n’est qu’à Satan que je viens disputer les âmes et je viens briser les chaînes de Satan avec le feu de mon amour. Je viens pour enseigner la miséricorde, la justice, l’humilité, la continence. Je te dis, et je le dis à tous: “N’ayez pas soif des richesses humaines, mais travaillez pour les éternelles”. Désillusionne-toi Judas, si tu crois que je viens triompher de Rome et des castes dominantes. Les Hérodes aussi bien que les Césars peuvent dormir tranquilles pendant que je parle aux foules. Je ne suis pas venu arracher le sceptre à qui que ce soit… et mon sceptre, éternel, est déjà tout prêt. Mais il n’est personne, à moins qu’être amour comme je le suis, qui voudrait le défendre.
66.3 – Va, Judas et médite…”
“Tu me repousses, Maître?”
“Je ne repousse personne, car celui qui repousse n’aime pas. Mais dis-moi, Judas: comment qualifierais-tu l’acte de quelqu’un qui se sentant malade et contagieux dirait à un autre qui ignore son mal et viendrait boire à sa coupe: “Pense à ce que tu fais” Dirais-tu de lui qu’il est haine ou amour?”
“Je dirais qu’il est amour parce qu’il ne veut pas que celui qui ignore se ruine la santé.”
“Interprète ainsi mon acte.”
“Puis-je me ruiner la santé en venant avec Toi? Non; jamais.”
“C’est plus que la santé que tu peux te ruiner, parce que, penses-y bien, Judas, il sera comptable de peu celui qui assassinera croyant faire justice, le croyant, parce qu’il ne connaît pas la Vérité; mais il sera terriblement justiciable, celui qui l’ayant connue, non seulement ne la suivra pas, mais s’en fera l’ennemi.”
“Moi, je ne le serai pas. Prends-moi, Maître. Tu ne peux me refuser. Si tu es le Sauveur et si tu vois que je suis pécheur, brebis égarée, un aveugle qui s’est éloigné du chemin de la justice, pourquoi refuses-tu de me sauver. Prends-moi. Je te suivrai jusqu’à la mort…”
“Jusqu’à la mort! C’est vrai, cela est vrai. Puis…”
“Et puis, Maître?”
“L’avenir est dans le sein de Dieu. Va. Demain nous nous reverrons près de la Porte des poissons.”
“Merci, Maître. Le Seigneur soit avec Toi.”
“Et que sa miséricorde te sauve.”
Et tout se termine.