“Mais, serons-nous seuls, tes apôtres?”

“Jaloux, Pierre? Non, ne le sois pas. D’autres viendront et dans mon cœur, il y aura de l’amour pour tous. Ne sois pas avare, Pierre. Tu ne sais pas encore ce qu’est Celui qui t’aime. As-tu jamais compté les étoiles? Et les pierres qui tapissent le fond du lac? Non, tu ne pourrais pas, mais encore moins pourrais-tu compter les palpitations d’amour dont est capable mon cœur… As-tu jamais pu faire le compte du nombre de fois que la mer baise le rivage avec le baiser de son flot au cours de douze lunes? Non, tu ne pourrais pas, mais encore moins pourrais-tu compter les vagues d’amour qui se déversent de ce cœur pour donner ses baisers aux hommes. Sois sûr, Pierre, de mon amour.”

Pierre prend la main de Jésus et l’embrasse. Il est fortement ému. André regarde et n’ose pas, mais Jésus lui met la main dans les cheveux et dit: “Toi aussi, je t’aime beaucoup. A l’heure de ton aurore, tu verras se réfléchir sur la voûte du ciel, tu le verras sans devoir lever les yeux, ton Jésus qui te sourira pour te dire: “Je t’aime, viens”, et ton entrée dans l’aurore te sera plus douce que l’entrée dans la chambre nuptiale…”

58.6 – “Simon! Simon! André! j’arrive…

Jean accourt, essoufflé.

Oh! Maître, je t’ai fait attendre?”

Jean porte sur Jésus un regard brûlant d’amour.

Pierre répond:

“Vraiment, je commençais à penser que tu ne viendrais plus… Prépare vite ta barque. Et Jacques?…”

“Voilà, nous sommes en retard à cause d’un aveugle. Il croyait que Jésus était dans notre maison, et il est venu. Mais nous lui avons dit: “Il est ailleurs. Demain peut-être, il te guérira. Attends”. Mais il ne voulait pas attendre. Jacques disait: “Tu as tant attendu la lumière, qu’est-ce que c’est que d’attendre une nuit?”. Mais il n’entend pas de raison…”

“Jean, si tu étais aveugle, aurais-tu hâte de revoir ta mère?”

“Eh! bien sûr!”

“Et alors? Où est l’aveugle?”

“Il arrive avec Jacques. Il s’est attaché à son manteau et ne le lâche pas, mais il marche lentement, car la rive est couverte de pierres et lui trébuche… Maître, me pardonnes-tu d’avoir été dur?”

“Oui, mais, pour réparer, va aider l’aveugle et amène-le à Moi.” Jean s’éloigne en courant.

Pierre hoche légèrement la tête mais se tait. Il regarde le ciel qui devient azuré après s’être assombri. Il regarde le lac, regarde les autres barques déjà sorties pour la pêche et soupire.

“Simon!”

“Maître!”

“N’aie pas peur, tu auras une pêche abondante, même si tu sors le dernier.”

“Même cette fois?”

“Toutes les fois que tu seras charitable, Dieu te favorisera d’une pêche abondante.”

58.7 – “Voici l’aveugle.”

Le pauvret avance entre Jacques et Jean. Il a entre les mains un bâton, mais ne s’en sert pas pour l’heure. Cela lui va mieux de se fier aux deux qui le guident.

“Homme, voici le Maître. Il est devant toi.”

L’aveugle s’agenouille: “Mon Seigneur, pitié!”