S’ils se cachent, ce n’est pas dû à la souffrance d’être entachés par la faute ou d’apparaître tels aux yeux de Dieu, mais parce qu’ils sont nus, autrement dit en raison du mal qui est désormais entré en eux, fait tout considérer sous un jour nouveau, et les rend ignorants au point de ne plus savoir considérer que Dieu, qui les avait créés et leur avait fait don de toute la création, savait parfaitement qu’ils étaient nus; il n’avait pas non plus pris soin de les habiller et ne s’était pas indigné de les voir nus, parce qu’il n’y avait pas lieu de recouvrir l’innocence ni de s’indigner à la vue d’un corps innocent.

Écoutez les réponses des deux fautifs, c’est exactement le signe d’une tentation non repoussée et de ses coupables conséquences: “J’ai entendu ton pas dans le jardin… j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché”; “C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé”; “C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé Genèse 3,9-13 ”.

Il manque au nombre de toutes ces paroles la seule qui devait s’y trouver: “Pardon, parce que j’ai péché!″ Il y manque donc l’amour pour Dieu, et la charité à l’égard du prochain. Adam accuse Ève, Ève accuse le serpent. Il y manque enfin la sincérité de la confession. Ève confesse ce qui est indéniable. Mais elle croit pouvoir cacher à Dieu les préliminaires du péché, c’est-à-dire sa légèreté, son imprudence, sa faible volonté, contaminée aussitôt après qu’elle eut fait le premier pas vers la désobéissance au saint commandement de ne pas s’exposer à la tentation de cueillir le fruit interdit. Ce commandement devait lui servir de mise en garde — or elle était très intelligente — pour lui faire comprendre qu’ils n’étaient pas forts au point de se mettre impunément dans les conditions de pécher sans en venir à pécher. Ils y seraient parvenus s’ils avaient perfectionné par leur propre volonté la liberté que Dieu leur avait accordée, en s’en servant uniquement pour le bien. Ève ment donc à Dieu lorsqu’elle passe sous silence la raison pour laquelle elle a mangé du fruit: pour devenir comme Dieu. La triple concupiscence est donc en l’homme. Tous les signes de l’amitié avec le serpent sont évidents dans l’orgueil, la rébellion, le mensonge, la luxure, l’égoïsme qui se substituent aux vertus qui existaient précédemment.

Maintenant, comparons cette rencontre de Lucifer avec vos premiers ancêtres à la rencontre de Lucifer avec moi, le nouvel Adam venu restaurer l’ordre violé par le premier homme.

Je me rends moi aussi à un endroit solitaire. Mais pourquoi? Quand? Pour quoi faire? Pour me préparer par la pénitence — cette préparation indispensable aux œuvres de Dieu — à ma mission sur le point de commencer. La paix qui me protégeait avait pris fin, celle de la maison, de ma famille, de ma ville, cette paix qu’effleuraient à peine les inévitables oppositions de pensée entre ma parenté et moi, entre eux qui étaient tout humanité et rêvaient pour moi à des joies humaines, et moi qui étais tout esprit. Le temps de l’évangélisation allait commencer, accompagné des dangers de l’exaltation et de la haine, des contacts avec les pécheurs et de tout ce qui forme ce qu’on appelle communément le monde.

Je me prépare par la pénitence et l’oraison. Je parachève ma préparation par la victoire sur Satan. Ah, il a bien senti que le Vainqueur était apparu lorsqu’il m’a vu être inébranlable devant la séduction impure et forte contre la faim, l’orgueil et la cupidité. Mais je veux que vous me contempliez à ce moment que vous jugez inconvenant, et que vous compariez le pur Jésus et le couple pur de vos premiers ancêtres, en qui le venin du Serpent put agir parce qu’ils ont voulu l’accueillir, sans vouloir faire l’effort de le repousser, étant donné qu’ils s’en étaient imprudemment approchés. Je n’ai pas cherché Satan. C’est lui qui m’a cherché. Une fois qu’il m’eut trouvé, j’ai souffert de sa proximité. C’était une expérience nécessaire pour pouvoir être votre grand prêtre miséricordieux, éprouvé tout comme vous, non pas dédaigneux envers vous, mais exemple pour vous.

Me voici, ô hommes, voici que le Christ est tenté puisqu’il est homme, mais invaincu parce qu’il avait volontairement mené son humanité à une perfection “de peu inférieure à celle des anges”. Comme les anges n’ont pas de corps, ils n’ont pas de sensualité, de sorte que l’impureté ne peut s’en prendre à eux, ni les troubler davantage ou autrement que je ne l’ai été: par l’horreur de ce péché bestial.

Le Christ ne fuit pas lâchement parce qu’il est poursuivi, pas plus qu’il ne marchande, troque ou discute, avec le Tentateur sur des choses si basses qu’elles ne méritent aucune discussion.

L’homme, la plus noble créature de la terre, douée de raison, d’esprit et consciente de sa fin, ne doit pas se corrompre par quelque contact réel ou métaphorique avec la luxure. Qu’il ne la regarde pas, ne discute pas, mais lève les yeux et contemple Dieu. Il lui faut aimer Dieu et son prochain, en enfant de Dieu, et l’invoquer. Qu’il garde le silence envers Satan et envers lui-même, envers la partie de son être qui voudrait discuter de choses charnelles. Silence des lèvres et silence de la pensée sur des sujets qui exhalent des fumées homicides. Il n’y a pas toujours de silence là où les lèvres sont closes. Il arrive que le cœur, les pensées ou la volonté parlent et délirent avec impureté même si les lèvres savent se taire et les yeux rester baissés, sinon même prendre des poses inspirées pour tromper les hommes: car les hommes voient l’extérieur de l’homme, mais non pas Dieu qui voit à l’intérieur et a en horreur toute forme de mensonge mental pour faire croire à une sainteté apparente, comme toute espèce de luxure mentale et de mensonge calculé et calculateur.

Pourquoi Satan a-t-il commencé sa tentation par l’impureté? Parce que c’est le péché le plus répandu. On le retrouve partout dans le monde, dans tous les milieux et malheureusement dans toutes les conditions. Elle prend différents noms. Parfois, elle se revêt même de légitimité, mais souille les chambres nuptiales légitimes comme le lit des prostituées, et je passe sur d’autres considérations. Ensuite, parce que cela lui a si bien servi, la première fois, à faire entrer le mal dans le cœur de l’homme. Parce qu’il pensait pouvoir par ce seul moyen écraser pour toujours toute idée de rédemption en corrompant l’irremplaçable Rédempteur. Enfin parce qu’il avait besoin de s’assurer que j’étais bien le Rédempteur.

Il avait deviné que j’étais désormais dans le monde. Il me recherchait. Il était partout où il trouvait quelque forme de sainteté. Mais il voyait qu’elles étaient toutes relatives, ce qui le rendait incertain. Des années durant, il n’avait pas réussi à déchirer le voile qui entourait le mystère de ma Mère et le mien. La manifestation du Jourdain l’avait ébranlé. Mais sa terreur devant moi le faisait hésiter encore pour rester en paix. Il voulait et ne voulait pas savoir qui j’étais. Savoir pour avoir l’illusion de me vaincre. Ne pas savoir pour ne pas avoir l’illusion d’être vaincu par l’Homme.

Il m’a tenté de cette manière. La fermeté de mon attitude, si différente de celle de tout un chacun — qui fuit, s’épouvante, cède ou se moque en se prétendant fort pour tomber ensuite plus bas que celui qui fuit — lui apprit qui j’étais. Convaincu de cela, il insiste. Sa première tentation dissimule déjà les trois autres, et en particulier la dernière. Mes yeux le glacent. Mon silence l’exaspère. Ma tranquillité l’effraie. Il sent qu’une force s’oppose à lui qu’il est vain d’espérer faire plier. Il sent que le Pur ne peut que ressentir du dégoût devant le fruit malhonnête qu’il lui tend.

Il tente alors une séduction apparemment licite: “Ordonne à ces pierres de devenir du pain.” Avoir faim de pain est humain, ce n’est plus bestial comme l’est la luxure, cette faim de chair. C’est alors que je réponds, en homme, en enfant de Dieu, non parce que je suis le Verbe mais parce que je suis de la descendance d’Adam tout comme vous. Je réponds pour honorer le Seigneur à trois reprises. Et Satan, convaincu qu’il était inutile de me tenter encore, ne m’a plus présenté la luxure. Ce n’est pas le cas des hommes. Eux, ils sont plus sots que Satan et m’ont tenté pour pouvoir dire aux foules: “C’est un pécheur.” Les pages de l’Œuvre vous montrent comment les hommes n’eurent jamais plus de chance que Satan, dans aucun domaine.

Tenté dans tous les domaines et par tous, je suis resté sans péché. Grand prêtre éternel, je suis resté par ma propre volonté innocent, immaculé, séparé des pécheurs, devenu ange en ayant aboli ma sensualité pour servir uniquement l’esprit.

Pouvez-vous encore soutenir que cet épisode est inconvenant? Qu’il est hérétique? Paul est-il donc hérétique quand, dans son épître, il me dit tenté en tout, “éprouvé en tout”, “devenu semblable aux hommes” en tous points — chair, sang, intelligence, volonté —, comme vous Hébreux 4,15 (voir plus haut) ? Est-il hérétique quand il écrit aux Philippiens: “Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus: lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui même, prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes” Philippiens 2,5-8 ? Ne pensez-vous pas que cet “anéantissement” du Fils de Dieu est non seulement sa mort honteuse sur la croix, mais aussi la misère d’être traité comme un homme par Satan et par le monde, qui n’ont cessé de m’assaillir et m’entourèrent de tentations qui me faisaient souffrir?

Je n’ai pas considéré comme un butin mon égalité avec Dieu, mais j’ai voulu être l’Homme, l’Homme, qui répare, expie et rachète, considéré comme un homme mais se montrant Dieu par son héroïcité quotidienne: n’en voyez-vous pas toute la beauté, toute la justice? Qu’y a-t-il en moi que vous n’ayez pas? Qu’ai-je fait que vous ne puissiez faire? Je parle de la sanctification qui permet de devenir parfait comme notre Père des cieux est parfait.

Après cette leçon, relisez d’un cœur pur et sans préjugé les épisodes que vous attaquez comme inconvenants, et dites-moi si vous pouvez encore les considérer comme tels.

Espèces d’obstinés, pour ne pas prononcer le mot “pardonne moi”, — le second en beauté après “je t’aime” — vous objectez: “Mais tu as dit à Judas que le bien et le mal étaient en toi”. C’est inconvenant! Et plus loin tu dis: “La tentation est mordante. L’acte satisfait ou parfois dégoûte, alors que la tentation ne s’éloigne pas mais, comme un arbre élagué, elle produit une frondaison plus robuste.” Cela nous permet de supposer que tu as été troublé, et toujours plus fortement, pour n’avoir pas satisfait la tentation impure.”

Ressemblez-vous donc à Judas, qui ne comprenait jamais, n’arrivait pas à comprendre, ne pouvait comprendre parce qu’il était trop envahi par son humanité malade, qui projetait son reflet sur toute chose? Si vous êtes comme lui, je vous exhorte à changer votre manière de penser. Et je vous dis de vous rappeler à qui je parlais: à un homme qui, en tant que pécheur — en particulier dans le domaine de la luxure — avec préméditation et ténacité, ne pouvait accepter les confidences de Jésus avec le respect qui leur était dû, et croire en leur vérité.

À Jean, je pouvais ouvrir mon cœur. Le plus pur des disciples du Christ savait croire et comprendre les secrets du Christ pur. L’autre… était un incorrigible impur; c’était un démon. Je me suis tu avec lui comme avec Satan, avec le père comme avec le fils puisque, en vérité, Judas avait voulu prendre pour père Satan au lieu de Dieu. Puis j’ai parlé à ce disciple, malade de sensualité, comme je pouvais parler pour être encore écouté, en terminant par cette affirmation: “Je n’ai jamais cédé”, avec l’intention de lui montrer que, pour vivre en ange, il faut le vouloir. Si cette affirmation ne pouvait certes pas rendre bons les satans, elle était l’unique chose capable de les réduire au silence, de les empêcher de se moquer.

Je n’ai pas cédé. Je vous le dis comme je l’ai dit à Judas. Personne ne m’empêchait de le faire. Le Père m’avait donné le libre arbitre comme à tout être né d’une femme. J’aurais donc pu accueillir le mal comme le bien et suivre ce que je voulais. Mais non. Le Fils de l’Homme a refusé de pécher. Satan soufflait pour maintenir ses feux allumés autour de moi, dans le cœur de ceux qui m’entouraient avec haine ou avec un amour malsain, pour susciter en moi des réactions humaines. J’ai subi toutes sortes de tentations. Ma volonté les a toujours dominées, ma pureté a éteint les feux de la luxure allumés pour me tenter.

La pureté — mais pas la mienne seulement — accomplit cela autour d’elle et voile même ces détails qui sont crus et excitants uniquement pour ceux qui se repaissent mentalement ou matériellement de choses impures. Pas pour les autres. J’ai dit: “Tout est pur pour les purs Tite 1,15 : "Tout est pur pour ceux qui sont purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n'est pur; au contraire, leur intelligence et leur conscience sont souillées" ” C’est une parole de sagesse divine. Les pensées, le cœur, l’œil, la chair sont purs chez les gens purs, car ils ont les yeux fixés sur la vision de Dieu.

Plus l’homme croît en perfection, plus il est assailli par ces forces extérieures du mal que sont Satan, le monde et les hommes. En revanche ces assauts, loin d’être mort, sont vie pour l’homme rempli de Dieu, tout de pureté, devenu de peu inférieur aux anges grâce à sa volonté de perfection, et ils ne sont pas mort mais vie, pas avilissement mais gloire. Il n’y a pas un saint qui n’ait subi des tentations, pas une personne couronnée au ciel dont la couronne ne soit formée des perles et des rubis de ses larmes et de sa souffrance, dont le martyre va parfois jusqu’au sang, à cause des tortures de Satan et de ses alliés.

Les martyrs ne sont pas seulement ceux qui sont tombés dans les arènes ou devant les tribunaux de leurs persécuteurs. “La grande tribulation” dont parle Jean est aussi celle-ci, et l’étole des bienheureux a été purifiée par le sang de l’Agneau, mais aussi par le bûcher et par la torture de la volonté aimante et de la tentation haineuse Apocalypse 7,14 :"Ce sont ceux qui ont passé par la grande persécution. Ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau". .

Je n’ai pas voulu être différent de vous, ni que vous puissiez venir là où je suis. Moi comme vous, vous avec moi. Tentés et vainqueurs pour être des “dieux” dans le Royaume de Dieu. Vrai Dieu et vrai homme, j’ai manifesté la puissance de Dieu et la capacité de l’homme à devenir “dieu” selon la parole du psaume Psaume 82(81),6. Voir plus haut. et de Paul Paul pourrait avoir été écrit par erreur à la place de Jean : Jean 10,34, déjà cité. .

Je vous ai répondu par les mots de mes apôtres unis aux miens. Il vous est en effet difficile d’accepter comme étant saintes les paroles que le petit Jean [surnom affectueux de Maria Valtorta] vous transmet. Celles de mes apôtres, vous ne pouvez avoir de difficulté à les accepter, vous ne pouvez mettre en doute leur autorité surnaturelle. Vous les lisez à l’autel, vous les commentez dans vos homélies, vous les enseignez en chaire. Vous les tenez donc pour des paroles de vérité.

Or ces paroles soutiennent ma thèse, pas la vôtre: en tant qu’homme, il était naturel que je sois tenté; la tentation du Christ n’est pas inconvenante; le Christ n’en ressort pas avili mais encore plus glorifié, car le grand prêtre, qui devait éprouver de la compassion pour les faibles et les dévoyés, ayant, comme eux, été éprouvé et entouré de faiblesses, a su rester saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs pour ce qui est de les imiter dans le mal, mais frère miséricordieux à leur égard pour dire à tous: “Venez à moi, vous qui souffrez et êtes fatigués, et je vous consolerai Matthieu 11,28. ”.

Je termine par ces mots dits au petit Jean voici trois ans: “Ne pensez plus à la plus basse des actions de Satan envers le Christ, quand vous avez mille actes élevés du Christ à méditer et à imiter dans l’Œuvre Sans doute la leçon du 19 février 1944, page 76. Maria Valtorta en cite l'esprit, mais non la lettre. ”.