Huit jours a Ephrem — La prière

Luc, 11, 13.

[Notre-Seigneur] : « Vous m’avez demandé plus d’une fois comment il faut prier, mes enfants, et je vous l’ai fait voir… La prière, c’est l’entretien avec Dieu, c’est le cri de votre cœur vers Dieu. Il faut donc que ce soit quelque chose d’absolument naturel, d’absolument vrai, l’expression du plus profond de votre cœur…, ce n’est pas vos lèvres qui doivent parler, ce n’est pas votre esprit, c’est votre volonté… Votre volonté se manifestant, se répandant dans toute sa vérité, sa nudité, sa sincérité, sa simplicité à votre Père, et présentée par vous devant Lui, voilà ce que c’est que la prière ; cela ne demande donc souvent ni un long temps, ni beaucoup de paroles, ni beaucoup de pensées ; cela varie : tantôt ce sera un peu plus long, tantôt tout à fait court…, selon les désirs de votre cœur… ; s’ils sont parfaitement simples, un mot les exprimera ; s’ils sont moins simples, il vous faudra quelques phrases pour les exposer… De toute manière, c’est l’état de votre volonté que vous exposez…, l’état de votre cœur si vous le voulez, mais non de votre cœur avec ses imperfections, ses attaches désordonnées, non, c’est l’état de votre cœur rectifié par votre volonté, l’état de votre cœur tel que vous voulez qu’il soit, en en retranchant tout ce que vous n’y admettez pas, tout ce que vous en repoussez : la prière, c’est donc la demande de ce que vous voulez, de ce que vous voulez avec l’aide de la grâce, de ce que vous voulez en vue de Dieu.

« Priez ainsi, veuillez tout ce que je veux, cela seul que je veux, comme je le veux, dans la mesure où je le veux : « Mon Père, que votre volonté se fasse ! » Cette prière sera celle que vous ferez éternellement dans le ciel…

« Tout ce que désire Dieu et par conséquent, tout ce que vous désirez, tout ce que veut Dieu et, par conséquent, tout ce que vous voulez se trouve compris dans ces mots : « Père que votre volonté soit faite… »

« La prière, c’est tout entretien de l’âme avec Dieu, c’est encore cet état de l’âme qui regarde Dieu sans parole, mais uniquement occupée à Le contempler, Lui disant qu’elle L’aime, par ses regards, tout en étant muette des lèvres, même de la pensée… La meilleure prière est celle où il y a le plus d’amour. Elle est d’autant meilleure que les regards de l’âme sont chargés de plus d’amour, que l’âme se tient plus tendrement, plus amoureusement devant son Dieu. La prière, dans cette acceptation la plus large du mot, peut être ou une contemplation muette, ou une contemplation accompagnée de paroles… paroles d’adoration, d’amour, d’offrande de soi, de don de tout son être… paroles d’actions de grâces du bonheur de Dieu, des faveurs faites à soi ou à d’autres créatures… paroles de regret de réparation des péchés propres ou de ceux d’autrui… paroles de demande…

« … Mes enfants : dans la prière, ce que je veux de vous, c’est l’amour, l’amour, l’amour.

« Outre le temps que vous devez consacrer chaque jour uniquement à la prière, vous devez, pendant tout le reste de vos journées, élever le plus souvent possible votre âme vers Moi ; selon le genre de vos occupations, vous pouvez, en vous y livrant, ou bien penser constamment à Moi, comme il arrive dans certains travaux purement manuels, ou bien vous ne pourrez que de temps en temps lever les yeux vers Moi ; que ce soit, du moins, le plus souvent possible. Il serait bien doux, bien juste de pouvoir me contempler sans cesse… ne jamais me perdre de vue ; mais ce n’est pas possible en ce monde aux hommes ordinaires, vous ne le pourrez que dans le ciel. Ce que vous pouvez et devez faire, c’est, pendant le temps que vous employez à des occupations autres que la seule prière, lever les yeux de l’âme vers Moi, aussi souvent et aussi amoureusement que vous le pouvez et, tout en travaillant, garder ma pensée aussi présente à votre esprit que cela vous est possible, selon votre genre de travail… De cette manière, vous me prierez sans cesse, continuellement, autant que cela est possible à de pauvres mortels.

Prier, vous le voyez, c’est surtout penser à Moi, en m’aimant… plus on m’aime, mieux on prie. La prière, c’est l’attention de l’âme amoureusement fixée sur Moi : plus l’attention est amoureuse, meilleure est la prière.

LA SAINTETÉ

St Luc, 12, 48.

« Et vous, mes chéris, vous mes favoris, vous mes privilégiés, mes bien-aimés entre tous, souvenez-vous, vous, mes élus, de cette grave parole que je vous ai dite : « Il sera plus demandé à celui qui a plus reçu »… C’est pour vous qu’elle a été dite, vous mes choisis, vous mes comblés, vous à qui j’ai tout dit, tout donné, vous qui avez reçu tant et tant de grâces…, plus vous aurez reçu, plus il vous sera demandé… La grandeur des faveurs que je vous ai faites est le signe, que je vous donne moi-même, de la grandeur de la sainteté que je demanderai de vous… N’ayez donc pas la folie de croire que c’est orgueil de votre part de désirer, d’espérer, de vouloir parvenir à une très grande sainteté ; c’est tellement peu orgueil que c’est, au contraire, devoir et obéissance. Les grâces dont je vous ai comblés et que, sans ingratitude, vous ne pouvez pas ne pas reconnaître, sont un ordre très précis de ma part de monter à une très grande sainteté : donner beaucoup de grâces à une âme, c’est, de ma part, comme si je lui disais : « Je veux que tu deviennes très sainte…, je te demanderai compte de ces grandes grâces que je t’ai données… »

« Pour peu que vous ayez l’ombre de raison, mes grâces, mes faveurs, en s’accumulant sur vous, ne feront que faire croître en vous l’humilité et la crainte. Bien loin de vous enorgueillir, plus vous recevrez, plus vous serez rempli de crainte et vous humilierez dans les sentiments de votre profonde bassesse. Ce qu’il y aurait à craindre plutôt que l’orgueil, si vous êtes dans votre bon sens, c’est le découragement, et il arriverait, en effet, si je ne vous faisais un devoir d’espérer toujours, malgré tout, de croire à ma miséricorde infinie et de vous jeter à corps perdu sur mon Cœur, quelque misérable que vous vous sentiez, comme l’enfant prodigue se jeta sur le cœur de son père. »

4e Dimanche de Carême

6 heures 30 soir. — Le jour s’avance, mon Dieu ; hélas, ce séjour à Ephrem est presque terminé… Que le temps passe vite ! dans trois semaines, à pareille heure, Vous serez ressuscité ! Quel mot ! Quel éblouissement : heureux, bienheureux, infiniment glorieux pour la Sainte Trinité, toutes Vos souffrances, tous Vos travaux seront finis… Pour l’Éternité, Vous serez le Roi de gloire… Avec quelle impatience et quelle joie je verrais arriver ce jour, mon Bien-Aimé Jésus, si Vous ne deviez, pour y parvenir, traverser de telles souffrances ! Mais, hélas ! c’est par de telles douleurs que Vous devez entrer dans Votre gloire, que mon cœur se glace, et que je ne puis y penser sans que le froid de la mort m’enveloppe… Oh ! mon Seigneur Jésus, ce sera un vendredi, votre dernier jour : vendredi prochain en quinze… Que cela s’approche !… Que tous Vos enfants Vous consolent pendant ces quelques jours, ô mon Dieu !… Que je Vous console durant tous les jours de ma vie !… Que tous Vos enfants Vous consolent le plus possible !… Que Votre volonté se fasse en tout !… Amen.

LA VOIE ÉTROITE

« Entrez par la voie étroite, car la voie large mène à la perdition… » c’est-à-dire, entrez par la voie de la mortification, de l’obéissance surtout et de la pénitence, car la voie contraire, la voie du relâchement, de la vie molle, à l’aise, indépendante, mène en enfer… Vous avez, entre bien d’autres écueils à éviter, dans la vie, ceux que je vous ai tant de fois signalés en vous disant : « Évitez le levain des pharisiens et des sadducéens »… L’écueil des pharisiens, c’est celui qui consiste à chercher la perfection, mais à la mettre dans des observances purement extérieures, des minuties, des formalités, au lieu de la mettre dans la pratique des vertus et l’imitation de mes exemples : cet écueil fait tomber dans l’hypocrisie, les jugements téméraires, la dureté du cœur, gouffres où l’âme sombre… L’écueil des Sadducéens est le relâchement qui sous prétexte de mettre la vertu dans la sainteté intérieure de l’âme, repousse toute pratique extérieure, rejette tout ce qui gêne le corps, déclare toute mortification inutile : on devient alors esclave de ses sens, incapable de soumettre son corps ni son âme à aucune obéissance, et on rejette tout ce qui est une croix et une humiliation.

« Je vous trace la voie entre les deux écueils, en vous disant : « Prenez la voie étroite » et ce qu’est cette voie, je vous l’ai expliqué ailleurs : la voie étroite, c’est la voie dont j’ai donné l’exemple, la voie que j’ai signalée en disant : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renonce tous les jours et me suive. » Faites ainsi, mes petits enfants et vous vivrez ! Et marchez à ma suite dans cette voie, en vous gardant des deux écueils du plaisir et des séductions… »

8 heures soir. — Mon Seigneur Jésus, voici la nuit venue ; tout se tait, l’ombre et le silence enveloppent la terre… tout dort dans le village… on n’entend aucun bruit… Vous veillez, Votre Mère, sainte Magdeleine, veillent près de Vous et Vous regardent, tristes, en priant pour Vous : elles comptent les jours : dix-huit jours jusqu’à Votre Passion, dix-neuf jours jusqu’à Votre mort… Vous mort, mon Jésus, ô Vous si plein de vie ! Vous la vie ! Et mort dans quels tourments ! Et volontairement ! Et de tout Votre Cœur ! Oh ! mon Dieu, et Votre Cœur a soif d’être baptisé de ce baptême… le nôtre défaille en y pensant… Mon Dieu, la voilà donc qui approche, qui arrive, qui arrive, qui est arrivée, la fin de cette vie de 33 ans passés sur la terre… Qu’elle s’est vite écoulée ! De quelles ineffables douceurs Vous avez su la remplir pour moi ! Quelles grâces précieuses Vous avez, chaque jour, dans cette vie bénie, répandues sur moi, sur nous qui Vous entourons, et sur toute la terre !… que dirai-je ? Dirai-je, comme on Vous l’a dit une fois : « A Dieu ne plaise, Seigneur, que Vous souffriez ainsi ! » Non ! je ne pourrai pas avoir d’autre volonté que la Vôtre, mon Seigneur ! je Vous ai donné une fois ma volonté, je ne la reprendrai jamais, elle est pour jamais perdue et noyée dans la Vôtre : que tout ce que Vous voulez se fasse, que tout ce que Vous voulez arrive, quoi que ce puisse être… Que Votre volonté se fasse, mon Dieu… je sais que Votre volonté est Votre gloire, est Votre bien… Qu’elle se fasse… Oh ! mon Dieu, faites seulement que moi, que ceux dont Vous m’avez chargé plus particulièrement, que tous les fidèles de Votre Église, que tous les hommes fassent en tout Votre volonté. Amen ! Amen !