Huit jours a Ephrem — La tempête apaisée
St Luc, 8, 24.
« Mes enfants, quoi qu’il vous arrive, souvenez-vous que je suis toujours avec vous… souvenez-vous que, visible ou invisible, paraissant agir ou paraissant dormir et vous oublier, je veille toujours, je suis partout, et je suis tout-puissant. N’ayez jamais nulle crainte, nulle inquiétude : je suis là, je veille, je vous aime (vous ne doutez plus, j’espère, de mon amour !), je suis tout-puissant… Que vous faut-il de plus ?… Tout ce qui vous arrive vous arrive par ma permission ou ma volonté, par la permission ou la volonté de mon amour, pour que vous en tiriez un grand bien, grand bien que je vous aide Moi-même à en tirer par ma grâce… Ne craignez donc rien, puisque rien ne peut vous arriver sans ma permission… ne vous affligez de rien, du moins d’une douleur qui dépasse ces mouvements de sensibilité instinctifs, prompts et passagers, qui sont des effets de la nature et des sens ; mais conformez votre volonté à la mienne…
« Souvenez-vous de ces tempêtes que j’ai apaisées d’un mot, leur faisant succéder un si grand calme… Souvenez-vous de la façon dont j’ai soutenu Pierre marchant sur les eaux… Je suis toujours aussi près de chaque homme que je l’étais alors de vous, et aussi disposé à l’aider, à le secourir en tout ce qui sera pour le bien de son âme. Ayez confiance, foi, courage ; soyez sans inquiétude pour votre corps et votre âme, puisque je suis là, tout-puissant, et vous aimant. Mais, n’oubliez pas que je suis là… que votre confiance ne naisse pas de l’insouciance, de l’ignorance des dangers, ni de la confiance en vous ou en d’autres créatures ; non, votre situation est très grave, vous n’avez que quelques années, quelques jours pour gagner une éternité bienheureuse ou mériter le feu éternel… les dangers que vous courez sont imminents : les démons, ennemis forts et rusés, votre nature, le monde, vous font constamment une guerre acharnée ; vous n’avez aucune confiance à avoir en vous-mêmes ; repassez dans votre esprit vos péchés et vos années, et cet examen de votre passé vous montrera le fond que vous pouvez faire sur votre vertu, votre esprit, sur tout ce qui est vous ; sur les autres, vous ne pouvez pas compter davantage ; ils ne peuvent ni agir pour vous, ni vous suivre malgré vous, et, sans Moi, ils sont aussi impuissants que vous… Oh ! en cette vie, la tempête est continuelle, et votre barque est toujours près de sombrer… Mais Moi je suis là, et avec Moi elle est insubmersible : défiez-vous de tout, et surtout de vous, mais ayez en Moi une confiance complète, qui bannisse l’inquiétude… »
8 heures, soir. — Mon Dieu, voici l’heure du silence revenu. La nuit enveloppe la terre, le ciel est noir et couvert de nuages, on n’entend d’autres bruits qu’un chant lointain… Qu’il est triste, ce chant qui sort de quelque manoir mondain et qu’apporte le vent !… Comme il est faux !… Comme c’est bien le cri que pousse la nature humaine quand elle n’est pas divinisée par Vous, mon Sauveur, ce chant qui voudrait être un chant de joie et qui, malgré lui, est si plaintif, c’est bien le son des plaisirs humains qui, plus ils font d’efforts pour être joyeux, plus ils sont gros de larmes. Oh ! que nous sommes heureux, mon Sauveur Jésus, d’être si loin de ce triste monde, dont à peine nous arrive, avec les rafales du vent, un écho lointain ! Qu’il fait bon se serrer près de Vous, dans cette chambre bien close, entre Votre Mère, sainte Magdeleine et Vos Apôtres, Vous regarder, Vous contempler, Vous écouter, et, maintenant que la nuit s’avance, rester silencieux à Vos pieds, entre ces saintes âmes, en se perdant avec elles dans Votre contemplation !… Mon Seigneur et mon Dieu, où serez-Vous, d’aujourd’hui en trois semaines ? hélas ! hélas ! à cette heure, aura lieu Votre repas pascal, Votre dernière Cène… à cette heure, Vous serez à quelques instants de Votre agonie, de Votre arrestation… O mon Dieu, faites-moi passer cette nuit qui, dans trois semaines, à pareil jour, sera si lamentable, de manière à Vous consoler le plus possible !…
MULTIPLICATION DES PAINS
St Luc, 9, 16.
[Le Christ] : « Mes petits enfants, souvenez-vous que parmi tous les miracles que j’ai faits devant vous, certains ont été d’un genre tout particulier… Ils ont été la figure d’un grand mystère… Je vous ai expliqué, ainsi qu’à la foule, quelque chose de ce mystère à Capharnaüm, et ces vérités ont tant surpris les hommes que la plupart ne m’ont pas cru, et que beaucoup de mes disciples se sont retirés de Moi et ont, dès lors, cessé de me suivre. Je veux parler des multiplications des pains qui présagent le sacrement de mon Corps et de mon Sang que j’instituerai la veille de ma mort, à la dernière heure et au dernier repas que je prendrai et que je passerai avec vous… Je ne puis me décider, mes enfants, à vous quitter complètement… je ne veux pas vous laisser orphelins…, je vous quitterai à cette heure même, d’aujourd’hui en trois semaines, mais je reviendrai bientôt à vous, ressuscité, d’abord jusqu’à mon Ascension, et ensuite dans le T. S. Sacrement de l’Autel jusqu’à la fin des temps… Ainsi, tout en montant au Ciel, je resterai sur la terre, et je serai parmi vous jusqu’à la consommation des siècles… Je le ferai parce que vous êtes froids, pour vous rendre chauds, fervents, aimants, tendres, par ma présence, ma vue, la vue de mon amour…, parce que vous êtes faibles pour vous rendre forts, courageux, par le sentiment de ma présence, par la claire vue que je suis toujours avec vous… ; parce que vous êtes sans espérance et sans confiance, pour vous donner espoir et confiance à la vue de mon amour pour vous, de ma familiarité avec vous… ; parce que vous êtes tristes et découragés, pour vous rendre heureux, joyeux, pleins d’allégresse, par le bonheur d’être aux pieds, aux genoux de votre Bien-Aimé, d’être sans cesse en sa présence… ; parce que vous êtes portés à vous occuper de choses matérielles, extérieures, mondaines, passagères, de ce qui concerne votre corps, pour vous porter à les laisser de côté et à ne vous occuper, au contraire, que de choses spirituelles, intérieures, célestes, éternelles concernant votre âme ; en vous attirant dans une église par ma présence ; en vous faisant passer les journées au pied de mes autels, par dévotion pour ma présence ; en vous portant à me prier, Moi que vous sentirez si près de vous dans le Tabernacle ; en vous portant à passer vos journées entières en contemplation devant la Sainte Hostie, que vous savez être vraiment Moi, vraiment Jésus que vous aimez… — Ce n’est pas tout ; en vous donnant ce Pain céleste, je ne me place pas seulement devant vous pour être adoré, quoique cette seule présence soit déjà un bien infini, un don divin, parfait, le Tout : en vous donnant ainsi ma présence dans vos Tabernacles jusqu’à la fin des siècles, je vous fais un premier don infini… mais je vous en fais deux autres, infinis aussi… je me donne à vous, en deuxième lieu, pour être votre nourriture, et en troisième lieu, pour être offert par vous en sacrifice à mon Père en mon nom…
LA DOUCEUR
Luc, 9, 56.
« Une autre vertu que je vous ai bien souvent recommandée par mes paroles et plus souvent encore par mes exemples, c’est la douceur : c’est pour vous, pour votre bien à tous que je vous l’ai tant de fois prêchée… Pratiquez cette douceur dans vos pensées, éloignant, chassant comme des inspirations du diable toute pensée d’amertume, de dureté, de raideur, de violence, de colère, de rancune, d’antipathie, de jugements sévères sur ceux dont vous n’êtes pas chargés ; accueillez, nourrissez les pensées douces, tendres, charitables, les pensées de sympathie, de bonté, de reconnaissance… Attendrissez-vous en regardant l’amour que vous devez à tous les hommes, mes enfants bien-aimés, vos frères ; la reconnaissance que vous devez, à tous, qui vous font tous quelque bien par la communion des saints, par la gloire que tous me donnent, bon gré, mal gré, à Moi votre Bien-Aimé. En tous les hommes, vous avez des amis tendres et très puissants, puisque vous avez, avec eux, continuellement, leurs bons anges. Soyez tout miel, toute tendresse, toute paix dans vos pensées… Et soyez de même dans vos paroles…, si parfois, par devoir, vous êtes obligés d’avoir des paroles sévères, que votre sévérité même laisse voir, comme au travers d’un voile transparent qui couvre un fond d’éternelle douceur, qu’elle n’est que passagère, qu’elle cessera aussitôt que le bien même des âmes à qui elle s’adresse ne la demandera plus, qu’elle ne demande qu’à s’évanouir et à faire place à la douceur.
LE PLUS GRAND COMMANDEMENT
Luc, 10, 28.
« Souvent, mes petits enfants, on m’a demandé devant vous quel était le plus grand commandement ; j’ai toujours répondu : le premier commandement est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, de toutes ses forces… ; le deuxième est d’aimer son prochain comme soi-même. — Qu’est-ce que c’est que m’aimer ainsi, mes enfants ? C’est m’aimer souverainement, par dessus tout, autant que vous le pourrez, autant que vous le permet la grâce que je vous donne !… Et qu’est-ce que c’est que d’aimer ?… Aimer, cela contient bien des choses, qui diffèrent selon les caractères et selon les dons de Dieu. Dieu donne tantôt tel sentiment, tantôt tel autre, fait sentir à telle âme telle chose, à telle autre, telle autre chose. Il fait sentir à la même âme en un temps tel sentiment, en tel autre temps un autre, et le tout avec des intensités très différentes ; ces sentiments font tous partie de l’amour, en sont les effets réels, mais nous les sentons plus ou moins selon la volonté de Dieu, Sa grâce et notre fidélité à recevoir cette grâce. Parmi ces sentiments, qu’on peut dire innombrables et qui font tous partie de l’amour, on peut compter surtout le désir de voir, de connaître, le désir de posséder le Bien-aimé, le désir d’être aimé de Lui, le désir de Lui plaire, le désir de Lui faire du bien, le désir de Le louer, l’admiration, le désir de L’imiter, le désir d’être approuvé par Lui, le désir de Lui obéir en tout, le désir de Le voir heureux, le désir de Le voir en possession de tout ce qui est bon, avantageux pour Lui, le désir, en un mot, de tout ce qui est son bien ; le désir de souffrir pour Lui, le désir de souffrir avec Lui, le désir de partager ses travaux, sa vie, ses états, le désir de conformer entièrement son âme à la Sienne, le désir de se donner à Lui, de ne vivre que pour Lui, de ne respirer que pour Lui, le désir de travailler pour Son service, la douleur de Ses souffrances, la joie de Son bonheur, la douleur des choses qui Lui causent de la peine, en conformité avec Lui, la joie des choses qui Le réjouissent…, etc., etc. Tous ces sentiments sont des effets de l’amour, appartiennent à l’amour, sont dans l’amour, mais tous ne sont pas l’amour ; un seul d’entre eux est vraiment l’essence de l’amour, c’est celui qui consiste à désirer passionnément et par dessus tout, à tel point qu’on compte tout le reste pour rien…, qu’on ne vive que pour l’accomplissement de ce seul désir… : le bien de l’Être aimé…
« Et je vous ai dit que le deuxième commandement, c’est d’aimer le prochain comme soi-même… En effet, pour m’aimer parfaitement, vous avez fait le vide total de votre âme, vous n’y avez rien laissé, ni choses matérielles, ni le prochain, ni vous-même, vous vous êtes vidé de tout, vous m’avez donné toute la place, et j’y règne seul, la remplissant entièrement… Mais, une fois que je règne pleinement et seul en vous, je m’établis dans votre âme, et j’y place tout ce que je veux y voir, comme un propriétaire place dans sa maison le mobilier qu’il y veut. J’y place mes vertus, ma bonté, et la première des choses que j’y mets, que j’y veux avoir et que je vous ordonne de conserver pour Moi, en vue de Moi, pour mon usage, pour m’obéir, dans cette maison de votre âme que vous avez faite mienne, c’est l’amour de tous les hommes, de vous-même et de tous les autres. — Amour de tous au même titre, parce que vous êtes miens, et amour de tous (de vous compris parmi les autres) très grand, parce que vous m’êtes tous très chers comme je vous l’ai assez prouvé, mes petits enfants, et par toutes les grâces dont les hommes sont comblés depuis l’origine du monde, et par cette grâce incompréhensible de l’Incarnation, par ma vie entière, et par dessus tout, par ce qu’il me reste à vous donner et à souffrir pour vous, mes enfants bien-aimés… enfants de mon cœur !… »
Samedi, 9 heures soir. — Mon Dieu, voici la nuit venue. Le vent souffle en ouragan, de temps en temps la pluie l’accompagne…, tous les bruits se sont tus…, on n’entend que le vent qui souffle et la pluie qui tombe… Vous priez immobile et silencieux, une petite lampe éclaire Votre visage si beau, si pâle, si calme, si pensif… Tout près de Vous, la Sainte Vierge, sainte Magdeleine sont à genoux et prient… Vos apôtres sont là aussi, silencieux, recueillis, priant : tous Vous regardent, les yeux ne se lassent pas de Vous voir. Mettez-moi avec eux, à Vos pieds, mon Dieu !