Retraite faite a Nazareth — Espérance
Mon Dieu, parlez-moi de l’espérance !… Comment de cette pauvre terre pourraient sortir des pensées d’espérance ? Ne faut-il pas qu’elles viennent du ciel ?… Tout ce que nous voyons, tout ce que nous sentons, tout ce que nous sommes, nous prouve notre néant ; comment pouvons-nous savoir que nous sommes créés pour être frères et co-héritiers de Jésus, Vos enfants, si Vous ne nous le dites ?… Mère du Bel Amour, de la Sainte Espérance, priez pour moi votre Fils Jésus, et inspirez-moi ce que je dois penser…
L’espérance d’être un jour au ciel, à Vos pieds, mon Seigneur, en compagnie de la Sainte Vierge et des saints, Vous voyant, Vous aimant, Vous possédant pour l’éternité, sans que jamais rien ne puisse me séparer un seul instant de Vous, mon Bien et mon Tout, quelle vision ! oh ! oui, c’est bien la vision de paix, la vision de paix céleste ! Cette espérance qui nous transporte tellement au-dessus de nous-mêmes, qui est tellement au-dessus de tous nos rêves, non seulement Vous nous permettez de l’avoir, mais Vous nous en faites une obligation ! Pouviez-Vous nous faire un commandement plus doux ! Mon Dieu que Vous êtes bon ! On représente l’espérance par une ancre : oui, quelle ancre solide ! Si mauvais que je sois, si grand pécheur que je sois, je dois espérer que j’irai au ciel, Vous me défendez de désespérer… Si ingrat, si tiède, si lâche que je sois, quelque abus que je fasse de Vos grâces, mon Dieu, Vous me faites un devoir d’espérer vivre éternellement à Vos pieds, dans l’amour et la sainteté !… Vous me défendez de me décourager jamais à la vue de mes misères, de me dire : « Je ne puis plus avancer, le chemin du ciel est trop raide, il faut que je recule et que je roule jusqu’en bas. » Vous me défendez de me dire, à la vue de mes fautes toujours renouvelées, dont je Vous demande chaque jour pardon et dans lesquelles je retombe sans cesse : « Je ne pourrai jamais me corriger ; la sainteté n’est pas faite pour moi ; qu’y a-t-il de commun entre le ciel et moi ?… je suis trop indigne pour y entrer »… Vous me défendez de me dire, à la vue des grâces infinies dont Vous m’avez comblé et de l’indignité de ma vie présente : « J’ai abusé de trop de grâces ; je devrais être un saint et je suis un pécheur ; je ne puis pas me corriger, c’est trop difficile ; je ne suis que misère et orgueil ; après tout ce que Dieu fait, il n’y a rien de bon en moi : jamais je n’irai au Ciel. » Vous voulez que j’espère, malgré tout, que j’espère toujours avoir assez de grâces pour me convertir et parvenir à la gloire… Le ciel et moi, cette perfection et ma misère, qu’y a-t-il de commun entre eux ? Il y a Votre Cœur, mon Seigneur Jésus, Votre Cœur qui fait la liaison de ces deux choses si dissemblables… l’amour du Père qui a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique… Je dois toujours espérer parce que Vous me l’ordonnez et parce que je dois toujours croire en Votre amour que Vous m’avez tant promis et en Votre puissance… Oui, en considérant ce que Vous avez fait pour moi, je dois avoir une telle confiance en Votre amour, que quelque ingrat et indigne que je me sente, j’espère toujours en lui, je compte toujours sur lui, je suis toujours convaincu que Vous êtes prêt à me recevoir comme le père de l’enfant prodigue, et plus même ; que Vous ne cessez de m’appeler, de m’inviter et de me donner les moyens de venir à Vos pieds…
COURAGE
Mon Seigneur Jésus, il faut que Vous me parliez du courage et que Vous me le donniez surtout, car, Vous le savez, c’est peut-être ce qui me manque le plus, bien qu’il me manque tant de choses… Ce matin encore, j’en ai manqué trois fois : deux fois je me suis éveillé sans me lever, pardon, pardon ! et à la sonnerie de la cloche de l’Angelus, je ne suis pas sorti tout de suite de peur de la pluie… pardon !… Comme si ce n’était pas une grâce mille fois bénie de m’éveiller plus tôt pour être plus tôt en tête-à-tête avec Vous, pour me mettre plus tôt à Vos pieds, à Vos genoux, la tête dans Vos mains à Vous dire que je Vous aime… comme si le réveil, n’était pas Votre appel…, comme si, au réveil, ne brillaient pas devant mon âme, en lettres étincelantes, ces mots : « Il est l’heure d’aimer Dieu ! »…
… « Il te faut du courage contre les hommes, contre leurs menaces et leurs séductions, contre les persécutions, contre les douceurs, contre les méchants, et avec les bons et avec les saints, pour supporter les mauvais traitements et ne pas te laisser amollir par les bons, pour être en tout, avec tous, ce que je veux que tu sois, pour recevoir les railleries, les contradictions, les coups, les blessures et la mort comme mon soldat fidèle, pour résister à l’affection, à la tendresse, à l’amour, aux bonnes paroles, aux bonnes grâces, aux louanges, aux dons les plus délicats, pour ne pas craindre ta peine ni celle des autres, mais uniquement la mienne… Il te faut du courage contre le démon : contre les terreurs, les troubles, les tentations, les séductions, les ténèbres, les fausses lumières, les épouvantes, les tristesses, les dissipations, les chimères, les fausses prudences, les peurs surtout (car c’est son arme habituelle, surtout avec toi qui es timide, inconstant), par lesquelles il cherchera à t’arracher à Moi…
HUMILITÉ
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », avez-Vous dit, mon Dieu…, et comme Vous nous en avez donné l’exemple !… Vous Dieu, Vous Vous faites homme ! Homme, Vous Vous faites le dernier de tous, un petit ouvrier de ce petit Nazareth où j’ai le bonheur d’être, et, lorsque Vous passâtes de la vie cachée à la vie publique, quelle humilité dans Vos paroles et dans Vos actes, dans Vos enseignements et dans Vos exemples… Quand Vous faites des miracles, Vous recommandez de n’en rien dire… Quand Vous laissez voir à Vos apôtres Votre gloire, Vous leur recommandez le silence jusqu’à Votre résurrection… On Vous appelle chez un malade, Vous y allez aussitôt ; on Vous demande une chose, Vous la faites ; on Vous persécute, Vous fuyez ; en rien Vous ne Vous montrez Dieu, Roi, Tout-Puissant ; on Vous interpelle grossièrement, Vous répondez doucement ; on Vous chasse, Vous partez sans répliquer ; on Vous refuse l’hospitalité, Vous passez outre… ; partout, Vous vous faites petit… Et dans Vos enseignements : « Malheur aux riches, il leur est plus difficile d’entrer au ciel qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille !… Le Fils de l’homme est doux et humble de cœur… Si vous ne vous faites petits enfants, vous n’entrerez pas au royaume des cieux… Ceux qui s’élèvent seront humiliés, ceux qui s’humilient seront élevés… Toute élévation est en abomination devant Dieu… Ne vous faites pas appeler Maîtres… Prenez les dernières places… Celui-là sera le plus grand parmi vous qui se fera le plus petit et qui sera le serviteur de tous les autres… Je me tiens parmi vous comme celui qui sert… Je vous lave les pieds pour que vous vous fassiez de même les uns aux autres… Si on vous donne un soufflet sur une joue, tendez l’autre… Si on veut vous prendre injustement votre manteau, donnez encore la tunique… Ne résistez pas au mal… Je ne cherche pas la gloire des hommes… » Mon Dieu, qui avez toujours tellement enseigné l’humilité par Vos paroles et par Vos exemples, que Vous en avez fait un de Vos caractères les plus propres…, Vous qui, pourtant, étiez si grand, apprenez-moi à être humble, à moi qui suis si petit !… Pour Vous, l’humilité, c’était un exemple donné aux hommes, et Vous voyiez si bien la différence qu’il y a de Créateur à créatures, que Vous vouliez que Votre nature humaine rendît, quoiqu’elle ne fît qu’une seule Personne avec Votre nature divine, l’hommage d’une humilité infinie à la divinité dont Vous voyiez si clairement, dont Vous compreniez parfaitement, sans ombre, la grandeur sans limite… Mais, si Vous avez voulu être humble, combien dois-je l’être, moi pour qui, comme l’a dit si bien saint Augustin : « l’humilité, c’est la vérité. » Oui, me voir comme un néant, comme un ver de terre, comme pire qu’un démon par certains côtés, — pas de toutes manières, mais d’une certaine manière, par la multiplicité d’abus de Votre grâce, par le nombre de fois que je Vous ai offensé après que Vous m’avez pardonné. — Comme, pour moi, cette humilité est la vérité !… me défier de moi, moi qui tombe chaque jour, à toute heure… avoir de bas sentiments de moi qui suis si misérable, que je regarde mon passé ou mon présent, moi qui suis pauvre ;… de bas sentiments de mon esprit, moi qui me suis trompé si souvent !… de bas sentiments de ma vertu, que je vois faillir tous les jours et succomber si facilement devant de si petites tentations !
Humble en pensées, en me connaissant moi-même et regardant mes misères passées et présentes, les défauts que j’ai, les vertus que je n’ai pas ; les infirmités que j’ai, les dons naturels que je n’ai pas ;… en étant humble de désirs, en n’ayant aucune ambition, aucun désir de l’estime des hommes, mais, au contraire, le désir qu’ils soient dans la vérité, qu’ils m’estiment à ma valeur c’est-à-dire comme un ver de terre et un néant, une sorte de fou orgueilleux, lâche, bête et ingrat ;… ne me laissant aller à aucune rêverie (c’est du temps perdu), mais surtout à aucune de ces rêveries mauvaises, pleines de vanité, d’esprit mondain, d’orgueil et d’un mauvais levain d’ambition et d’élévation ;… étant défiant de moi, de mon jugement, de ma vertu, de mon courage ;… en attribuant à Dieu seul tout le bien qui peut être en moi, et à moi seul tout le mal que je fais…
Humble en paroles, en parlant peu, en ne disant point de bien de moi, en ne révélant pas, à moins de grande nécessité, le bien que Dieu fait en moi ; en ne disant rien qui puisse donner bonne opinion de moi aux autres, à moins de grande nécessité ; en cachant tout ce qui peut donner bonne opinion de moi aux autres, les dons naturels et surnaturels (encore que tous ne viennent nullement de moi, mais de Dieu seul) ; cacher le bien que je fais, si Dieu en fait par moi. « Que ta main gauche ignore ce qu’a donné la droite. » « Quand tu jeûnes, parfume tes cheveux. » « Quand tu pries, ferme les portes, et que Dieu seul te voie. »… Parler humblement, doucement, ne pas répondre hautainement à des paroles hautaines, être humble et doux avec les petits et avec les grands, devant les reproches et les louanges, devant les bienfaits et les injures, les propositions flatteuses et les menaces, humble dans toutes les paroles de la vie et humble devant la mort.
Humble en actions, ne croyant aucune action au-dessous de nous, puisque Jésus a été trente ans, Joseph toute sa vie, charpentier : devant cet exemple, regarder au contraire toute occupation comme encore trop haute pour nous ;… embrassons avec amour, avec empressement, toute occasion de nous humilier, tout abaissement en imitation de l’abaissement de Jésus, et parce que si nos péchés étaient connus des hommes, rien ne leur paraîtrait assez vil pour nous ;… fuyons toute occupation, toute position élevée, parce que Jésus fut petit et méprisé, et n’acceptons une élévation, quelle qu’elle soit, que si l’obéissance nous y contraint, si nous voyons que c’est un devoir, la volonté certaine de Dieu…