Retraite faite a Nazareth — Mon avenir sur la terre, ma mort le jugement, le ciel ou l’enfer

Pardon et « misericordias Domini in æternum cantabo » ! Voilà mon passé et mon présent… Quel sera mon avenir ? Sera-t-il long ou court sur la terre ? Consolé ou douloureux ? Saint, comme je le désire tant, plein de péchés comme je Vous supplie de m’en préserver ? Nul ne le sait… Il sera ce que Vous voudrez, mon Dieu… Je Vous supplie seulement qu’il ne soit pas employé à Vous offenser : Vous ne le voulez pas, Vous nous avez ordonné, à tous, d’être parfaits, et moi, Vous m’avez comblé de grâces incomparables en me disant : « A celui à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé »… Donc, quel que soit mon avenir, long ou d’un jour, consolé ou douloureux, Votre volonté est qu’il soit saint… Que ferai-je pour cela ?…

« Suis-Moi, Moi seul… Ne viens pas à Béthanie pour Me voir et aussi pour voir Lazare, viens-y pour Me voir, Moi, Moi seul… Demande-Moi ce que je faisais, scrute les Écritures, regarde aussi les saints, non pour les suivre, eux, mais pour voir comment ils m’ont suivi, et prendre de chacun d’eux ce que tu penseras venir de Moi, être de Moi, à mon imitation… et suis-Moi, Moi, Moi seul… Regarde-toi comme dans la maison de Nazareth… Tu t’es donné à Moi. Je te conduirai comme il le faudra pour ma plus grande gloire, pour la plus grande consolation de mon Cœur, puisque tu ne veux et que tu ne demandes que cela.

— Oh ! oui, oh ! oui ! Mon Seigneur et mon Dieu, je ne veux et ne demande que cela ! Faites-le, en Vous, par Vous et pour Vous ! Amen, amen…

— Cette vie sera suivie de la mort : tu voudrais celle du martyre… tu sais que tu es lâche… mais tu sais que tu peux tout en Celui qui te fortifie, que je suis tout-puissant en mes créatures… Demande-le matin et soir, tout en mettant cette condition que ce soit ma volonté, mon plus grand bien, ma plus grande consolation, laquelle tu veux et tu demandes avant tout… et aie confiance : je ferai ce que tu demandes, ce qui me glorifie le plus… Mais, demander cela, c’est bien, car « c’est la marque du plus grand amour de donner sa vie pour ce qu’on aime », et il est parfaitement juste que tu désires me donner la marque « du plus grand amour ».

Ton éternité, ton jugement, que seront-ils ? Ils seront ce qu’aura été ta vie… Si tu t’es renoncé, si tu as porté ta croix et que tu m’as suivi, si, comprenant les grâces, les miséricordes merveilleuses dont je t’ai comblé, tu as fait fructifier tous ces talents que je t’ai confiés ; si tu es fidèle à ta belle vocation, si tu obéis à ton directeur, si tu es reconnaissant, fidèle, aimant, humble et doux, ton jugement sera consolant, ton éternité bienheureuse… Si tu te laisses aller à ta lâcheté, à ta sensualité, à ta paresse, à ta timidité, à ton égoïsme, à ton mensonge, à toutes les mauvaises passions que le diable saurait bien vite rallumer en toi ; si tu cessais un instant de veiller et si ma main ne te soutenait pas si paternellement, ton jugement et ton éternité seraient d’autant plus terribles que tu aurais abusé de plus de grâces… Si l’enfant prodigue se révoltait contre son père et l’offensait odieusement, après avoir été reçu de lui comme il l’a été, ne serait-ce pas odieux ? Ta conduite le serait mille et mille fois plus, toi qui, depuis onze ans, reçois presque chaque jour mon corps et mon âme, mon humanité et ma divinité en nourriture, sur ta langue, dans ton corps… Donc « Veillez et priez… car l’esprit est prompt et la chair est faible. »

MOI, MA VIE PRÉSENTE. EXAMEN DES VERTUS

FOI

En tout, avoir en vue Dieu seul. Dieu est notre Créateur, nous sommes Sa chose, nous devons fructifier pour Lui, comme l’arbre pour son maître… Dieu est l’Être infiniment aimable, nous devons L’aimer de toute l’étendue de notre âme, et, par conséquent, Le regarder sans cesse, L’avoir sans cesse en vue et faire tout ce que nous faisons pour Lui, comme quand on aime, on fait tout en vue de l’être aimé… Nous tenons tout de Dieu : l’être, la conservation, le corps, l’esprit ; ayant tout reçu de Lui, il est juste que nous Lui rendions tout. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ce qui est à Dieu, c’est tout notre être et tous nos instants, tous les battements de notre cœur, car tout vient de Lui et n’est que par Lui.

Vous n’avez pas pu avoir la foi, mon Seigneur Jésus, puisque Vous aviez la claire vision de tout… Mais Vous nous l’avez ordonnée et ordonnée sans cesse par Vos paroles…

La foi, c’est ce qui fait que nous croyons, du fond de l’âme, tous les dogmes de la religion, toutes les vérités que la religion nous enseigne, le contenu de la Sainte Écriture par conséquent et tous les enseignements de l’Évangile, tout ce qui nous est proposé par l’Église enfin… Le juste vit vraiment de cette foi, car elle remplace, pour lui, la plupart des sens de la nature : elle transforme tellement toutes choses qu’à peine les anciens sens peuvent-ils servir à l’âme qui ne perçoit par eux que de trompeuses apparences ; la foi lui montre les réalités. L’œil lui montre un pauvre, la foi lui montre Jésus. L’oreille lui fait entendre des injures et des persécutions, la foi lui chante : « Réjouissez-vous et jubilez de joie. » Le toucher nous fait sentir des coups de pierre reçus, la foi nous dit : « Soyez dans une grande joie d’avoir été jugés dignes de souffrir quelque chose pour le nom du Christ ! » Le goût nous fait sentir un peu de pain sans levain, la foi nous montre le Sauveur Jésus, homme et Dieu, corps et âme. L’odorat nous fait sentir l’encens, la foi nous dit que le véritable encens « est les jeûnes des Saints »… Les sens nous séduisent par les beautés créées, la foi pense à la Beauté incréée, et prend en pitié toutes les créatures qui sont un néant et une poussière à côté de cette beauté-là… Les sens ont horreur de la douleur, la foi la bénit comme la couronne de mariage qui l’unit à son Bien-Aimé… Les sens se révoltent contre l’injure, la foi la bénit : « Bénissez ceux qui vous maudissent » ; elle la trouve méritée, car elle pense à ses péchés, elle la trouve douce, car c’est partager le sort de Jésus. Les sens sont curieux, la foi ne veut rien connaître, elle a soif de s’ensevelir et voudrait passer toute sa vie immobile au pied du Tabernacle… Les sens aiment la richesse et l’honneur, la foi les a en horreur : « Toute élévation est en abomination devant Dieu »… « Bienheureux les pauvres », et elle adore la pauvreté et l’abjection dont Jésus se couvrit toute Sa vie comme d’un vêtement qui fut inséparable de Lui… Les sens ont horreur de la souffrance, la foi les bénit comme un don de la main de Jésus, une part de Sa croix qu’Il daigne nous donner à porter… Les sens s’effraient de ce qu’ils appellent des dangers, de ce qui peut amener la douleur, ou la mort ; la foi ne s’effraie de rien, elle sait qu’il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra : « Tous les cheveux de votre tête sont comptés », et que ce que Dieu voudra sera toujours pour son bien : « Tout ce qui arrive est pour le bien des élus »… Ainsi, quoi qu’il puisse arriver, peine ou joie, santé ou maladie, vie ou mort, elle est contente d’avance et n’a peur de rien… Les sens sont inquiets du lendemain, se demandent comment on vivra demain, la foi est sans nulle inquiétude. « Ne soyez pas inquiets, dit Jésus, voyez les fleurs des champs, voyez les oiseaux, je les nourris et les habille… vous valez beaucoup mieux qu’eux… cherchez Dieu et sa justice et tout vous sera donné par surcroît »…

Les sens s’attachent à garder la présence de la famille, la possession des biens ; la foi se hâte de quitter l’un et l’autre : « Celui qui aura quitté pour Moi un père, une mère, une maison, un champ, recevra le centuple en ce monde, et en l’autre la vie éternelle. »

Ainsi, la foi éclaire tout d’une lumière nouvelle, autre que la lumière des sens, ou plus brillante, ou différente… Ainsi, celui qui vit de foi a l’âme pleine de pensées nouvelles, de goûts nouveaux, de jugements nouveaux ; ce sont des horizons nouveaux qui s’ouvrent devant lui, horizons merveilleux qui sont éclairés d’une lumière céleste et beaux de la beauté divine… Enveloppé de ces vérités toutes nouvelles, dont le monde ne se doute pas, il commence nécessairement une vie toute nouvelle, opposée au monde à qui ses actes semblent une folie… Le monde est dans les ténèbres, dans une nuit profonde, l’homme de foi est en pleine lumière…