Méditations sur l’Évangile — Évangile selon St Luc, 10, 42

Évangile selon St Luc, 10, 42. « Marie a choisi la meilleure part et elle ne lui sera pas ôtée. »

La meilleure part, c’est la vie contemplative, la vie de prière, la vie qui se détache entièrement des choses matérielles pour ne s’occuper qu’à contempler Notre-Seigneur ; la vie où l’esprit, ne s’occupant jamais de choses terrestres, est tout entier plongé dans la pensée de Dieu, Le regardant, L’écoutant, Lui parlant sans cesse par le sentiment perpétuel de Sa présence et une oraison qui peut varier aux différents moments du jour, mais qui ne s’interrompt jamais… Marie vit comme les autres, mais, quoi qu’elle fasse, ses yeux, sa pensée et son cœur sont toujours tout entiers sur Jésus : Il est toute sa vie… C’est la vie contemplative, la vie de l’amour le plus passionné, de l’amour d’admiration… C’est la meilleure part, la part de la Sainte Vierge et de saint Joseph à Nazareth, la part de la Sainte Vierge pendant toute sa vie, de saint Jean-Baptiste au désert, la part de Marie-Magdeleine à Béthanie, en Galilée, en Judée, en Provence. Que ce soit la nôtre ! Imitons notre Mère bénie, sainte Magdeleine, cette adoratrice passionnée de Jésus…

St Luc, 15, 10. « La joie sera parmi les Anges du Ciel pour un pécheur faisant pénitence. »

La joie, par conséquent aussi l’action de grâce, car tout bien vient de Dieu… L’action de grâce doit tenir une très grande place dans nos prières, car la bonté de Dieu précède tous nos actes, elle environne tous les instants de notre vie, et il n’y a pas de moments de notre existence où nous ne recevions une foule immense de bienfaits tels que toute l’éternité ne nous suffirait pas pour remercier assez de chacun d’eux… Quand nous sommes devant le Saint-Sacrement surtout, que notre premier mot soit toujours : « Merci ! Merci d’être à Vos pieds ! que je suis heureux… » Et chaque fois que nous prions, en quelque lieu que ce soit, « merci, encore une fois merci de me permettre de Vous parler, de Vous prier, de Vous regarder, de m’entretenir avec Vous, mon Seigneur et mon Dieu, mon Bien-Aimé, mon Bonheur et ma Vie ! » Non seulement remercier pour nous, mais pour tous les hommes, nos frères, Vos enfants, mon Dieu, que je dois aimer, que je veux aimer si tendrement. Merci pour toutes les âmes du purgatoire, tous les anges, tous les saints, pour ceux que Vous m’avez donnés à aimer davantage. Merci pour la Très Sainte Vierge ; merci par-dessus tout pour Vous, mon Seigneur et mon Dieu, dont la gloire et la béatitude infinie sont mon bonheur, bonheur ferme et assuré, source inépuisable de joie que rien ne peut m’enlever !…

St Luc, 19, 40. « Si ceux-ci se taisent, les pierres crieront. »

Tant il est juste qu’on Vous loue, Seigneur Jésus ! tant il est indispensable que Votre louange fasse partie de notre culte, de nos prières ! Louons donc dans nos prières, adorons, ne nous contentons pas de dire merci, pardon, secourez-nous, mais faisons précéder ces trois invocations si nécessaires de celle-ci : « Je Vous adore », c’est-à-dire : je Vous aime, je Vous loue, Vous êtes infiniment beau, infiniment aimable, je le proclame de toutes mes forces, et je voudrais pouvoir le proclamer assez pour que Vous puissiez en tirer quelque gloire, quoique je sois un néant, assez pour que ma louange fût digne de Votre beauté, quoique ce soit infiniment impossible… Vous seul pouvez Vous louer, mon Dieu… Je m’unis donc à Vous, ô Jésus, mon Seigneur, pour louer Votre Père ! je m’unis à Vous, ô Saint-Esprit, « qui poussez en moi des gémissements inénarrables », pour louer Jésus ! Je m’unis à Vous, à Père, ô Fils, pour louer l’Esprit-Saint, Votre égal et mon Dieu !… Que l’adoration, l’acte d’amour, de louange, soient donc dans toutes nos prières, et qu’ils soient au commencement, en premier lieu, comme l’acte de respect et d’amour est la première chose qui se fait en nous quand nous abordons Dieu…

St Luc, 22, 43. « Étant tombé en agonie, Il priait plus longuement. »

Mon Dieu, faites-nous, je Vous en supplie, suivre Votre exemple ! Plus nous souffrons, plus nous sommes tentés, plus il nous faut prier : dans la prière est notre seul secours, notre seule force, notre seule consolation ; que la douleur, que la force de la tentation ne la paralysent donc pas ; le démon fait tous ses efforts pour l’arrêter en nous à ces moments ; mais, loin de céder à cette tentation, loin de céder à la faiblesse de la nature qui voudrait que l’âme s’absorbât dans sa peine et ne regardât pas autre chose, regardons notre Sauveur qui est là, près de nous, et parlons-Lui… Il est devant nous, Il nous regarde avec amour, Il tend l’oreille pour nous entendre, Il nous dit de Lui parler, Il nous dit qu’Il est là, qu’Il nous aime et nous n’aurions pas un mot pour Lui, pas un regard pour Lui ! Quelle indignité !… Regardons-Le, parlons-Lui sans relâche, comme on fait quand on aime, comme fait ici N.-S. avec son Père : plus nous tombons en agonie, plus il faut nous précipiter dans le sein de notre Bien-Aimé et nous presser contre Lui par une prière non interrompue… Mon Dieu, faites-moi cette grâce, la grâce de suivre Votre exemple, en accomplissant un devoir si impérieux et si doux !…

St Luc, 23, 46. « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. »

C’est là la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-Aimé… Puisse-t-elle être la nôtre… Et qu’elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants : « Mon Père, je me remets entre Vos mains ; mon Père, je m’abandonne à Vous, je me confie à Vous ; mon Père, faites de moi tout ce qu’il Vous plaira ; quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie ; merci de tout, je suis prêt à tout ; j’accepte tout ; je Vous remercie de tout ; pourvu que Votre volonté se fasse en moi, mon Dieu pourvu que Votre volonté se fasse en toutes Vos Créatures, en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre Cœur aime, je ne désire rien d’autre, mon Dieu ; je remets mon âme entre Vos mains ; je vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je Vous aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre en Vos mains sans mesure ; je me remets entre Vos mains avec une infinie confiance, car Vous êtes mon Père… »

Évangile selon St Jean, 3, 29. « L’ami de l’Époux, qui est là et l’écoute, jubile de joie en entendant la voix de l’Époux. »

Ne dois-je pas dire ces paroles, mon Dieu, mon Seigneur Jésus, chaque fois que j’entends quelque texte inspiré : Psaume, Évangile surtout, Pater, Ave, enfin tout texte des livres inspirés ? C’est bien la voix de l’Esprit Saint qui parle, chaque fois que je les lis, que je les entends. Je dois donc dire ces paroles de saint Jean, et ajouter avec lui : « Donc, en ce moment, mon bonheur est parfait… » C’est dans cette jubilation que je dois être, chaque fois que j’entends, que je lis, que je récite quelque texte, si court qu’il soit, de la parole de Dieu, de la parole du Bien-Aimé, de la parole de l’Époux si passionnément chéri !… C’est dans cette jubilation, dans ce transport d’amour où doit me jeter la voix de l’Époux, que je dois donc réciter l’office divin, dire le Saint Rosaire, lire la Sainte Écriture… Aime-t-on, respecte-t-on, vénère-t-on, admire-t-on, adore-t-on la parole écrite ou parlée de ce qu’on aime ?… Adorons donc, baisons, chérissons, adulons toute parole du Bien-Aimé de nos cœurs !…

St Jean, 12, 38. « Père, sauvez-moi de cette heure. Mais c’est pour cette heure que je suis venu. Père, glorifiez votre Nom. »

C’est, sous une autre forme à peine différente, la prière de Gethsémani, l’appel pur et simple à Dieu, la demande en toute simplicité de ce que désire la nature, la nature qui souffre et qui a besoin, et, tout de suite après, on se reprend et on dit : mais non, mon Dieu, ceci ou autre chose, peu m’importe, la seule chose qui m’importe, c’est Votre gloire. Glorifiez Votre Nom ! Donnez-moi ce qui Vous glorifiera le plus. C’est cela que je Vous demande et pas autre chose ! Ne faites pas attention à ma première demande ; je l’ai faite et j’ai dû la faire parce que Vous êtes mon Père et que c’est mon devoir de Vous exposer mes besoins… Mais, après Vous avoir dit mes besoins avec simplicité, je Vous rappelle, je Vous répète, je Vous dis et je Vous redis que j’ai un autre besoin mille fois plus grand, mille fois plus ardent, c’est celui de Vous voir glorifié ; c’est là mon vrai, mon seul besoin ! C’est celui que je Vous supplie de toute mon âme de satisfaire. Mon Père, glorifiez-Vous en moi ! Mon Père, glorifiez Votre Nom !… Mon Seigneur Jésus, permettez que Votre indigne et misérable petite créature se joigne à Vous et fasse avec Vous cette prière : Mon Dieu, je Vous dis avec mon Seigneur Jésus, en joignant ma voix à Sa voix adorable : « Non ce que je veux, mais ce que Vous voulez » : mon seul désir est que Vous soyez le plus glorifié possible, c’est ma soif. Mon Père, faites de moi ce qui Vous plaira le plus, quoi que ce soit, mon Père, glorifiez Votre Nom !