Méditations sur l’Évangile — St Jean, 15, 7
St Jean, 15, 7. « Demandez ce que vous voudrez et cela vous sera fait. »
Cela vous sera fait, ou bien, ajoutent les Pères, je vous donnerai quelque chose de meilleur encore… Notre-Seigneur promet d’exaucer toutes nos demandes (pures et exemptes du péché, bien entendu, les autres Lui seraient un outrage). Il se réserve une seule chose : de changer l’objet de notre demande en un meilleur, de nous donner plus encore que nous demandons. O réserve bénie et bien digne de Vous, ô Cœur Sacré de Jésus ! Réserve divine par laquelle Vous trouvez moyen de faire plus encore que de tout accorder, que Vous êtes bon ! que nous sommes heureux !… Et que Votre prévoyance est sage ! car nous sommes si ignorants qu’avec les meilleures intentions, nous demandons souvent des choses médiocres ou dangereuses, des choses qui feraient du mal… Mais Vous, mon Dieu, mon Père, Vous arrangez tout cela et Vous nous donnez ce qui nous vaut le mieux…
St Jean, 17, 1. « Père, voici l’heure, glorifie ton fils, pour que ton fils te glorifie. »
Voici de beaucoup la plus longue prière de N.-S. que nous ait conservée le Saint-Évangile [la prière après la Cène]… Étudions-en donc toutes les parcelles et gravons-la dans notre esprit, pour faire de cette oraison le modèle des nôtres. Considérons surtout deux choses : le caractère général de cette prière et sa substance dans ce verset. Le caractère, c’est la confiance, l’abandon ; extrême simplicité des termes, familiarité tendre : « Père », c’est un Fils qui parle avec un familier et tendre abandon à Son Père… La substance, c’est la glorification de Dieu « pour que Ton fils Te glorifie ». Remarquons que ce caractère et cette substance sont aussi ceux des premiers mots du Pater : « Notre Père, que Votre nom soit sanctifié… » Combien cette confiance, cette tendre familiarité, cette demande en premier lieu, avant tout et plus que tout, de la glorification de Dieu, doivent donc se trouver dans toutes nos prières et en former le fond, la partie principale !
St Jean, 17, 2, 3, 4, 5. « Tu lui as donné le pouvoir sur toute chair, pour que tous ceux que tu lui as donnés, il leur donne la vie éternelle. La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t’ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Maintenant glorifie-moi, Père, auprès de toi, de la gloire que j’ai eue auprès de toi avant que le monde fût. »
Le caractère de la prière continue à être le plus parfait abandon, la simplicité, la familiarité : Notre-Seigneur « pense tout haut » aux pieds de Son Père. La matière, la substance, c’est qu’Il demande la mort, Il demande le ciel : imitons-Le ; que nos oraisons aient ce caractère d’abandon filial, pensons tout haut aux pieds de Dieu et demandons-Lui souvent la fin de notre exil, cette mort qui nous approchera enfin de Lui ; demandons-la, désirons-la très ardemment, pour Le voir, jouir de Lui, Le posséder, pour L’aimer parfaitement, pour ne plus L’offenser : demandons très souvent à Dieu de nous retirer bientôt de cette terre où nous L’offensons, et L’aimons si peu et où nous sommes séparés de Lui, et de nous conduire au Ciel où nous L’aimerons, ne L’offenserons pas et serons à Ses pieds pendant l’éternité…
St Jean, 19, 30. « Consummatum est. »
C’est la dernière parole de Notre-Seigneur à son Père que cite saint Jean.
« J’ai accompli tout ce que Vous m’avez donné à faire. » Mon Dieu, puisse cette parole être la nôtre, à notre dernière heure ! non pas dans le même sens, avec la même perfection : nous sommes de pauvres hommes, mais, enfin, dans la mesure où c’est possible à notre misère !… Et, pour cela, que faut-il, mon Dieu ? Il faut que je Vous demande ce que Vous me donnez à faire, et que je Vous demande de le faire, Vous de qui seul vient toute force ! Mon Seigneur et mon Dieu, je Vous supplie, faites-moi connaître clairement Votre volonté ! Et puis, donnez-moi la force de l’accomplir, de l’accomplir fidèlement, jusqu’au bout, dans la reconnaissance et dans l’amour !… Il me semble que Vous me répondez, mon Dieu : « L’attrait que je t’ai donné, sa force, sa constance, sa beauté, te prouvent ce que je veux de toi… mais j’ai mis à cette vocation exceptionnelle une condition, c’est que tu commences à te convertir et que tu fasses les premiers pas dans le chemin de la perfection… J’attends toujours, et tu ne fais pas les premiers pas ; tu recules plutôt, jette-toi donc enfin en avant, convertis-toi, j’attends depuis longtemps, ma patience ne durera pas toujours… » Mon Dieu pardon, pardon de ma tiédeur, pardon de ma lâcheté, pardon de ma dissipation, pardon de mon orgueil, pardon de mon attachement à ma volonté propre, pardon de ma faiblesse et de mon inconstance, pardon du désordre de mes pensées, pardon de me souvenir si peu parfois que je suis en Votre présence, pardon, pardon, pardon de toutes mes fautes, de toutes les fautes de ma vie, et surtout de celles que j’ai commises depuis le commencement de ma conversion !… Merci de toutes Vos grâces, mon Dieu ! Mon Dieu, secourez-moi, secourez celui que Vous avez comblé de tant de dons afin qu’il se convertisse et puisse profiter des dons merveilleux que Vous lui offrez encore, afin qu’il fasse pleinement ce que Vous voulez de lui, ce à quoi, dans Votre bonté ineffable, Vous l’appelez, lui qui en est si indigne ! Mon Dieu, convertissez-moi, au nom de mon Seigneur Jésus-Christ ! Vous qui pouvez, « des pierres, tirer des fils à Abraham », Vous qui êtes tout-puissant sur toutes Vos créatures, Vous qui pouvez tout en moi, donnez-moi le bon esprit, la Sagesse que Vous avez promis de donner à ceux qui la demanderaient ! Convertissez-moi et faites que je Vous glorifie le plus possible jusqu’à mon dernier soupir et pendant l’éternité. Je Vous le demande, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen, amen, amen…
II — FOI
St Mathieu, 8, 26. « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi. »
C’est une des choses que nous devons absolument à Notre-Seigneur de n’avoir jamais peur… Avoir peur, c’est Lui faire une double injure ; c’est, 1o L’oublier, oublier qu’Il est avec nous, qu’Il nous aime, et qu’Il est tout-puissant ; 2o c’est ne pas nous conformer à Sa volonté : si nous conformons notre volonté à la Sienne, tout ce qui arrive étant voulu ou permis par Lui, nous serons joyeux de tout ce qui arrivera et nous n’aurons jamais ni inquiétude, ni peur… Ayons donc cette foi qui bannit toute peur ; nous avons à côté de nous, contre nous, dans nous, Notre-Seigneur Jésus, notre Dieu qui nous aime infiniment, qui est tout-puissant, qui sait ce qui nous est bon, qui nous a dit de chercher le royaume du Ciel et que le reste nous serait donné par surcroît. Marchons droit, en cette bénie et toute-puissante compagnie, dans le chemin du plus parfait et soyons sûrs qu’il ne nous arrivera rien dont nous ne devions tirer le plus grand bien pour Sa gloire, notre sanctification et celle des autres, que tout ce qui arrive est voulu ou permis de Lui et que, par conséquent, loin d’avoir l’ombre de crainte, nous n’avons qu’à dire « Dieu soit béni, quoi qu’il arrive », et à Le prier d’arranger toutes choses non selon nos idées, mais pour Sa plus grande gloire… N’oublions jamais ces deux principes : « Jésus est ici avec moi… Tout ce qui arrive, arrive par la volonté de Dieu. »
St Mathieu, 9, 22. « Aie confiance, ma fille, ta foi t’a guérie. »
La vertu que Notre-Seigneur récompense, la vertu qu’Il loue, c’est presque toujours la foi. Quelquefois, Il loue l’amour, comme dans Magdeleine : quelquefois l’humilité, mais ces exemples sont rares, c’est presque toujours la foi qui reçoit de Lui récompense et louanges… Pourquoi ?… Sans doute parce que la foi est la vertu, sinon la plus haute (la charité passe avant), du moins la plus importante, car elle est le fondement de toutes les autres, y compris la charité, et aussi parce qu’elle est la plus rare… Avoir vraiment la foi, la foi qui inspire toutes les actions, cette foi au surnaturel qui dépouille le monde de son masque et montre Dieu en toutes choses ; qui fait disparaître toute impossibilité ; qui fait que ces mots d’inquiétude, de péril, de crainte, n’ont plus de sens ; qui fait marcher dans la vie avec un calme, une paix, une joie profonde, comme un enfant à la main de sa mère ; qui établit l’âme dans un détachement si absolu de toutes les choses sensibles dont elle voit clairement le néant et la puérilité ; qui donne une telle confiance dans la prière, la confiance de l’enfant demandant une chose juste à son père ; cette foi qui nous montre que, « hors faire ce qui est agréable à Dieu, tout est mensonge » ; cette foi qui fait voir tout sous un autre jour ; — les hommes comme des images de Dieu, qu’il faut aimer et vénérer comme les portraits de notre Bien-Aimé et à qui il faut faire tout le bien possible ; les autres créatures comme des choses qui doivent, sans exception, nous aider à gagner le Ciel, en louant Dieu à leur sujet, en nous en servant ou en nous en privant — ; cette foi qui, faisant entrevoir la grandeur de Dieu, nous fait voir notre petitesse ; qui fait entreprendre sans hésiter, sans rougir, sans craindre, sans reculer jamais, tout ce qui est agréable à Dieu : oh ! que cette foi est rare !… Mon Dieu, donnez-la-moi ! Mon Dieu, je crois, mais augmentez ma foi ! Mon Dieu, faites que je croie et que j’aime, je Vous le demande au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen.