Méditations sur l’Évangile — St Mathieu, ch. 26, v. 39

St Mathieu, ch. 26, v. 39. « Il se prosterna, priant et disant… »

Notre-Seigneur se prosterne pour prier. Imitons-Le : aimons à prier prosternés, à genoux, dans les postures les plus pénitentes, les plus humbles, les plus suppliantes : ce sont, de toutes manières, celles qui nous conviennent le mieux, et ce sont aussi les plus douces pour nous, car ce sont les plus amoureuses. Quelle est la posture la plus amoureuse, sinon de se tenir à genoux aux pieds de ce qu’on aime ?… Tenons-nous donc ainsi aux pieds de notre Bien-Aimé… Ne craignons pas d’être assis en sa présence, comme Sainte Magdeleine, ou debout, mais préférons être à genoux et, chaque fois que nous le pouvons, que ce soit à genoux ou prosternés comme Il nous en donne ici l’exemple, comme le dictent l’humilité, la pénitence et surtout l’amour, que se fassent nos prières.

St Mathieu, ch. 26, v. 39. « Mon Père, si c’est possible, que ce Calice s’éloigne de moi, cependant, non ma volonté, mais la vôtre… »

Notre-Seigneur nous apprend à prier : il faut, d’abord, demander à Dieu ce que nous désirons, avec la simplicité de l’enfant qui parle à son père, et, après cela, ajouter : « Cependant, non ma volonté, mais la Vôtre. »

Faisons ainsi : point de recherche dans nos prières ; la simplicité absolue ; demandons ce que désire notre cœur, sans passer notre temps à chercher si nous ferions mieux de demander autre chose, sans recherche, en toute simplicité, demandons ce que nous désirons, puis ajoutons : « Cependant non ma volonté, mais la Vôtre. »

St Mathieu, ch. 26, v. 40. « Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi… »

Ce n’est pas à Vos seuls Apôtres que Vous parlez, mon Dieu ! C’est à tous ceux qui, pouvant veiller avec Vous, pouvant tenir compagnie la nuit à Votre Cœur affligé, Vous consoler en priant et veillant avec Vous avec fidélité et amour, ne le font pas, se laissent aller au sommeil, manquent de courage, et, par conséquent, d’amour ; ne sentent pas tout le prix qu’a une veille avec Vous ; ne comprennent pas que veiller à Vos pieds est un incomparable bonheur, une félicité dont les Saints et les Anges même ne sont pas dignes ; ne jouissent pas de Votre présence comme on jouit de la présence d’un être passionnément aimé, et ne désirent pas avec passion Vous consoler, Vous soulager… S’ils désiraient, avec la passion qu’ils devraient avoir, Vous consoler, jamais ils ne céderaient à la tentation si basse et si brutale du sommeil : s’ils sentaient comme ils le devraient la félicité infinie qu’il y a à prier à Vos pieds, devant Vous, ne resteraient-ils pas indéfiniment à prier avec Vous, sans s’apercevoir que le temps passe, et n’ayant qu’une crainte dans une pareille jouissance, celle de la voir finir… Hélas, mon Dieu ! comme je suis de ces êtres bas, vils, grossiers qui, bien souvent, s’endorment à Vos pieds et se laissent aller au sommeil quand ils pourraient prier avec Vous !… Pardon, pardon !… Secourez-moi, mon Dieu, afin que je ne retombe plus jamais dans une aussi détestable froideur, dans une aussi indigne infidélité !… J’y suis tombé bien des fois ; je déteste ma faute, je l’ai en horreur… Pardon, mon Dieu, de toute mon âme !…

Évangile selon St Marc, ch. 1, v. 35. « En sortant de grand matin, il alla dans un lieu désert où il pria. »

Faisons comme Notre-Seigneur : levons-nous de grand matin, quand tout repose autour de nous, quand le silence, les ténèbres, le sommeil enveloppent encore la terre et les hommes et, au milieu de ce recueillement universel, de cette torpeur où tout est enseveli, levons-nous, veillons pour Dieu, élevons vers Lui nos cœurs et nos mains, répandons nos âmes à Ses pieds et, à cette heure où le tête-à-tête est si secret et si doux, jetons-nous à Ses genoux, et jouissons du tête-à-tête avec notre Créateur… Qu’Il est bon de nous permettre de venir à Ses pieds pendant que tout sommeille ; qu’Il est bon d’accorder à cette pauvre créature ce tête-à-tête avec Sa souveraine Majesté, avec son ineffable Beauté !… Jouissance de toute notre âme de moments si fortunés, d’une faveur au-dessus de toute parole, d’une faveur dont ni homme, ni saint, ni ange n’est digne !… Pendant toute notre vie, faisons chaque jour ce dont Notre-Seigneur nous donne ici l’exemple et qui est le bonheur des bonheurs, une félicité divine ; levons-nous bien avant le jour, et, de grand matin, quand tout sommeille dans l’ombre et le silence, commençons en même temps notre journée et nos prières, et passons, avant le jour et le commencement des travaux, de longues heures à prier aux pieds de Dieu… Devançons même nos saints compagnons et cherchons non seulement à prier une partie de la nuit avant le jour, mais à prier seul, ignoré de tous, dans la complète solitude, comme Notre-Seigneur… Si la prière commune nous est recommandée par Lui, Il nous recommande aussi la prière solitaire et secrète, et nous en donne l’exemple. Suivons les deux préceptes et les deux exemples…

St Marc, 7, 29… « Et elle le priait de chasser le démon du corps de sa fille. Jésus lui dit : « Laissez d’abord rassasier les enfants ; car il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » Elle répondit : « C’est vrai, Seigneur ; mais les petits chiens mangent sous la table les miettes de pain des enfants. — A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. »

Notre-Seigneur approuve hautement la prière de la Syro-phénicienne, et, par conséquent, nous la propose comme modèle des nôtres. Que voyons-nous surtout, dans cette prière ? Foi, humilité, constance, brièveté, simplicité. La foi et l’humilité sont admirables. La constance est telle qu’aucun rebut ne peut l’altérer. Faisons de même : soyons simples, brefs, d’une humilité qui trouve tout naturel de nous comparer et de nous entendre comparer à des chiens, d’une foi et d’une constance qu’aucune sécheresse, aucune difficulté, aucun refus, si répété qu’il soit, aucune lenteur à voir l’accomplissement de notre demande, n’altère ni ne décourage…

St Marc, 14, 38. « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. »

Pour résister à la tentation, il nous faut deux choses : 1o de longues heures consacrées à la prière, chaque jour, avec une régularité inviolable ; 2o la prière continuelle pendant le reste du temps, c’est-à-dire que pendant les diverses occupations qui remplissent le reste de la journée, il faut avoir l’esprit sans cesse attaché à Dieu, les yeux sans cesse tournés vers Lui, soit par la simple pensée de la présence, soit par la méditation, soit par des prières vocales, peu importe le moyen, pourvu que l’âme regarde son Bien-Aimé. Quand nous travaillons à un ouvrage en présence d’un être aimé, oublions-nous un seul instant sa présence qui nous rend si heureux, nous fait trouver le temps si rapide et les moments si fortunés, ne levons-nous pas à tout instant les yeux sur lui ? Faisons de même pour Notre-Seigneur Jésus, le divin Époux de nos âmes. La prière continuelle pendant tout le jour écartera de nous les tentations, la présence de Notre-Seigneur les chassant, les empêchant de nuire… ; les heures uniquement consacrées à la prière chaque jour nous donneront la force, avec la grâce de Dieu, de conserver Sa présence pendant tout le reste de la journée, et de nous livrer, pendant le reste du jour, à ce que nous appelons « la prière continuelle ».

St Marc, 15, 34. « Eloï, Eloï, lamma sabachtani !… »

Cette parole nous apprend deux choses : 1o qu’il faut adresser à Dieu, avec une simplicité absolue, toutes nos pensées, nos plaintes comme le reste ; dans la joie, nos cris de joie ; dans la reconnaissance, nos remerciements ; dans le repentir, nos « pardons » ; dans le désir, nos demandes ; dans la douleur, nos plaintes. Comme notre douleur est permise par Lui, nous devons non seulement nous plaindre à Lui, mais aussi nous plaindre de Lui, comme le fait ici Notre-Seigneur, mais cela avec le respect, l’amour, la soumission, la conformité amoureuse et illimitée à Sa volonté qu’avait pour Lui son Fils Unique et que nous Lui devons, nous, ses enfants, enfants si comblés par ce Père bien-aimé et infiniment bon. 2o Notre-Seigneur emploie, pour parler à son Père, deux mots de l’Écriture. Servons-nous de ces paroles infiniment saintes, paroles de l’Esprit-Saint, et employons-les pour nos prières d’une certaine longueur, comme faisaient les anciens Juifs, comme fait l’épouse du Christ, la sainte Église ; servons-nous-en aussi, dans nos oraisons jaculatoires comme le fait ici N.-S. ; en plusieurs endroits. Il nous donne le même exemple pour mieux nous l’inculquer et nous apprendre que c’était une habitude chez Lui et que, par conséquent, cela doit être une habitude chez nous… Non seulement Il se sert des mots de l’Écriture pour exprimer les cris de Son âme, mais Il s’en sert dans les moments les plus solennels, dans la tentation au désert et sur la Croix : deux mots d’un psaume sont Ses dernières paroles avant Sa mort… Combien nous devons suivre un exemple qu’Il nous donne si fortement… Et, d’ailleurs, n’est-il pas évident que les paroles de l’Écriture inspirée de Dieu valent mieux que nos paroles ? Nous ne pouvons rien offrir à Dieu de plus agréable, après le Corps de son Fils, que les paroles que son Cœur a versées du Ciel sur la terre, les paroles sacrées tombées de Ses propres lèvres.