Méditations sur l’Évangile — St Mathieu, ch. 17, v. 20
St Mathieu, ch. 17, v. 20. « Ce genre de démons ne se chasse que par la prière et le jeûne. »
Non pas par des prières ou des jeûnes spéciaux, mais par une vie de prière et de jeûne… Si donc nous voulons résister aux tentations du démon, il nous faut, pour cela, mener une vie de prière et de jeûne : ce sont les deux armes que Notre-Seigneur nous indique… Pour que notre vie soit une vie de prière, il faut deux choses : d’abord qu’elle renferme un temps suffisamment long consacré uniquement chaque jour à la prière ; ensuite, que pendant les heures consacrées à d’autres occupations, nous restions unis à Dieu, conservant la pensée de Sa présence, et tournant, par de fréquentes élévations, nos cœurs et nos regards vers Lui…
St Mathieu, ch. 18, v. 14. « Ainsi votre Père, qui est dans les cieux, ne veut pas qu’aucun de ces petits périsse. »
Notre-Seigneur est venu pour chercher ce qui est perdu… Il laisse quelques brebis qui sont au bercail pour courir après celle qui s’est égarée… Faisons comme Lui, et puisque nos prières sont une force, qu’elles sont certaines d’obtenir ce qu’elles demandent, courons, par nos prières, à la recherche des pécheurs, faisons, par elles, l’œuvre pour laquelle notre Divin Époux est venu sur la terre… Si nous ne sommes pas voués à la vie apostolique, combien nous devons prier pour la conversion des pécheurs, puisque la prière est presque le seul moyen puissant, étendu, que nous ayons de leur faire du bien, d’aider notre Époux dans son travail, de sauver Ses enfants, de tirer d’un péril mortel ceux qu’Il aime passionnément, et qu’Il nous a, par son testament, ordonné d’aimer comme Lui-même les aime !… Et si nous sommes voués à l’apostolat, notre apostolat ne sera fructueux que si nous prions pour ceux que nous voulons convertir, car Notre-Seigneur ne donne qu’à celui qui demande, n’ouvre qu’à celui qui frappe… Pour que Dieu mette de bonnes paroles sur nos lèvres, de bonnes inspirations dans nos cœurs, la bonne volonté dans les âmes de ceux à qui nous nous adressons, il faut la grâce de Dieu, et, pour la recevoir, il faut la demander… Ainsi, quel que soit notre genre de vie, prions beaucoup, beaucoup pour la conversion des pécheurs, puisque c’est pour eux surtout que Notre-Seigneur travaille, souffre et prie…
Prions chaque jour de toute notre âme pour le salut et la sanctification de ces enfants égarés mais bien-aimés de Notre-Seigneur, afin qu’ils ne périssent pas, mais soient heureux ; prions chaque jour pour eux, longuement et de toute notre âme, pour que le Cœur de Notre-Seigneur soit consolé par leur conversion et réjoui par leur salut…
St Mathieu, ch. 21, v. 13. « Ma maison est une maison de prière ; vous en avez fait une caverne de voleurs. »
Ceci nous indique le respect infini que nous devons avoir pour toute église, chapelle ; avec quel recueillement, quel respect, il faut nous y tenir ; et si ce recueillement était obligatoire jadis, combien plus il l’est maintenant que Notre-Seigneur réside dans nos Tabernacles…
La parole de Notre-Seigneur nous dit encore autre chose, elle s’applique à notre âme : notre âme, aussi, est une maison de prière ; la prière doit, sans interruption, s’élever d’elle vers le ciel, comme une fumée d’encens, et combien de fois, hélas ! les distractions, les pensées terrestres, les pensées qui ne sont pas pour la plus grande gloire de Dieu, les pensées mauvaises même, l’occupent, la remplissent de bruit, de trouble et de souillures, et en font une caverne de voleurs !… Efforçons-nous de toute notre puissance de faire que notre esprit soit toujours occupé de Dieu ou de ce qu’Il nous charge de faire pour Son service ; et même, qu’en faisant ce dont Il nous charge, nous jetions sans cesse un regard vers Lui, sans jamais détacher le cœur en aucune façon, et les yeux le moins possible, n’attachant nos yeux à nos occupations qu’autant que c’est nécessaire, et notre cœur pas du tout : que Dieu soit le Roi de nos pensées, le Seigneur de nos pensées, que Sa pensée ne nous quitte pas et que tout ce que nous disons, faisons, pensons, soit pour Lui, soit dirigé par Son amour. Rappelons-nous l’expression « dame des pensées » et qu’ainsi notre âme soit toujours une maison de prière, jamais une caverne de voleurs. Que rien d’étranger n’y ait accès ; qu’aucune chose profane n’y entre, même en passant. Qu’elle s’occupe sans cesse de son Bien-Aimé… Quand on aime, on ne perd pas de vue ce qu’on aime…
St Mathieu, 21, 16 « … et les enfants… criaient dans le temple : Hosanna au Fils de David. »
Notre-Seigneur approuve les enfants qui chantent : « Hosanna au Fils de David ». Il approuve donc, Il veut qu’on Le loue… Il ne Lui suffit pas qu’on Le remercie, qu’on Lui demande pardon, qu’on Le prie d’accorder des grâces ; ces trois mots : « merci, pardon, secourez-nous », si indispensables, et qui doivent être à tout instant dans nos cœurs et sur nos lèvres, ne suffisent pas pour Le prier comme nous le devons : il faut encore Le louer. Louer, c’est exprimer son admiration et, en même temps, son amour, car l’amour est inséparablement uni à une admiration sans réserve. Donc, louer Dieu, c’est se fondre à Ses pieds en paroles d’admiration et d’amour, c’est Lui répéter sous toutes les formes qu’Il est infiniment parfait, infiniment aimable, infiniment aimé, que Sa beauté, notre admiration et notre amour sont sans mesure ; c’est Lui dire sans fin, Lui dire sans pouvoir mettre de terme à une si douce déclaration, qu’Il est beau et que nous L’aimons.
Combien la louange fait partie essentielle de l’amour ; combien, par conséquent, elle fait indispensablement partie de nos devoirs envers Dieu : c’est facile à voir… Mais il est une deuxième cause pour laquelle nous devons à Dieu la louange : c’est que, nous permettre de la Lui adresser, c’est de Sa part une incomparable faveur : permettre à quelqu’un de nous dire, de nous répéter sous toutes les formes qu’il nous aime, n’est-ce pas la plus grande faveur que nous puissions lui faire ? N’est-ce pas lui dire que son amour nous plaît, nous est agréable, n’est-ce pas lui dire presque que nous l’aimons aussi ?… Dieu nous permet de nous tenir à Ses pieds, murmurant sans fin des paroles d’admiration et d’amour : quelle grâce ! quelle bonté, quel bonheur !… Mais, quelle ingratitude si nous méprisions une telle faveur ! Ce serait la mépriser que de n’en pas profiter, et non seulement Dieu nous permet ce bonheur des bonheurs, mais Il nous l’ordonne : Il nous ordonne de Lui dire que nous L’admirons et que nous L’aimons, et nous ne répondons pas à une invitation si précieuse et si douce ? quelle ingratitude ! quelle indignité ! quelle grossièreté, quelle monstruosité ! Mon Seigneur et mon Dieu, apprenez-moi à trouver toute ma joie à Vous louer, c’est-à-dire à Vous répéter sans fin que Vous êtes infiniment parfait et que je Vous aime infiniment : « Delectare in Domino et dabit tibi petitiones tuas » avez-Vous dit. Apprenez-moi à me délecter en Vous, dans la vue de Vos infinies beautés et le murmure amoureux et incessant, à Vos pieds, de Vos louanges !… Sainte Magdeleine, obtenez-moi la grâce de louer Notre-Seigneur, notre Maître commun, comme Il veut que je le fasse !…
St Mathieu, ch. 26, v. 36. « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas prier. »
Que fait Notre-Seigneur pendant la dernière heure qui précède Son arrestation et le commencement de Sa Passion ? Il se retire seul, pour prier… Ainsi, quand nous avons une grave épreuve à supporter, un danger, une souffrance à affronter, passons dans la prière, la prière solitaire, les derniers moments, la dernière heure qui nous en séparent Charles de Foucauld passa dans ce silence qu’il recommande ici, les dernières heures qui précédèrent sa mort violente. . Dans tout événement grave de notre vie, faisons ainsi : préparons-nous y, cherchons force, lumière, grâce pour nous y bien conduire en employant à prier, et à prier seul, la dernière heure, le dernier moment qui nous en séparent…
St Mathieu, ch. 26, v. 38. « Attendez ici, et veillez avec moi. »
Est-ce seulement à ses trois Apôtres que Notre-Seigneur dit cela ?… Non, c’est à nous tous qu’Il aime et qu’il voit pendant son agonie, à nous tous, dont la compagnie fidèle et tendre, en ces moments douloureux, Lui est une consolation… Soyons donc fidèles à cette pratique « de veiller avec Lui », tous les jeudis soirs, pour Lui tenir compagnie, L’assister, Le consoler, être avec Lui de toute notre âme pendant Son agonie… Que cette veille du jeudi soir avec Notre-Seigneur agonisant soit une de nos pratiques fidèles toute notre vie : n’y manquons jamais pour l’amour du Cœur de Notre-Seigneur, Il nous le demande formellement par ces mots dits à Ses Apôtres. Le Lui refuserons-nous ?… O Sainte Vierge, ô mon Ange Gardien, aidez-moi, je vous en supplie, pour que je ne sois plus jamais assez indigne, assez détestable pour le Lui refuser. Amen.