Méditations sur l’Évangile (extraits)

Les Méditations dont nous donnons ici quelques extraits, se rapportent toutes à deux sujets : la prière et la foi. Charles de Foucauld les écrivit pendant le temps qu’il vécut à la Trappe, plus particulièrement, croyons-nous, pendant qu’il séjourna en Asie Mineure, dans la Trappe d’Akbès. On remarquera qu’il prend, dans chaque évangéliste, d’abord dans saint Mathieu, puis dans saint Marc, puis dans saint Luc et dans saint Jean, les textes qui se rapportent à l’entretien de l’âme avec Dieu ; il fera de même en ce qui concerne la foi.

I — PRIÈRE

Évangile selon St Mathieu, Ch. 4, v. 10.

« Tu adoreras le Seigneur ton Dieu. » C’est Vous qui nous le dites, mon Seigneur et mon Dieu ; c’est la première parole sortie de Votre bouche touchant la prière, qu’on trouve dans l’Évangile ; c’est aussi le principal, le fond de nos prières : adorer, se mettre à Vos pieds, sous Vos pieds, comme un néant, comme une poussière bonne seulement à être sous Vos pieds, mais une poussière pensante, une poussière aimante, une poussière qui Vous admire, qui Vous vénère, qui Vous aime passionnément, qui baise et embrasse Vos pieds en étant foulée par eux, se fond en amour et en vénération devant Vous…

Voilà mon premier devoir envers Vous, mon Seigneur et mon Dieu, mon Maître, mon Créateur, mon Sauveur, mon Dieu Bien-Aimé !…

C’est pour me perfectionner et perfectionner mon prochain que je fais ces petites méditations. Et ce double perfectionnement, je ne le veux que parce qu’il est le plus que je puisse faire pour Votre gloire. Daignez donc bénir, mon Dieu, ce petit travail, ce doux travail, entrepris uniquement pour Votre gloire, pour la consolation de Votre Cœur. Cœur Sacré de Jésus, je dépose en Vous ce travail fait pour Vous, répandez sur lui Vos grâces et qu’il soit ce que Vous voulez. Notre-Dame du Perpétuel-Secours, accordez-moi en ceci comme en toutes mes pensées, mes paroles et mes actions, votre secours tout puissant et la grâce de vous le demander sans cesse.

Ma Mère Sainte Magdeleine, Saint Joseph, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre, Saint Paul, mon bon Ange, Saintes Femmes qui avez broyé des parfums pour embaumer Notre Seigneur, broyez ce travail et broyez-moi surtout moi-même et répandez-moi comme un parfum d’agréable odeur sur les pieds de Notre-Seigneur…

St Mathieu, ch. 5, v. 44. « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, etc… »

Prier pour nos persécuteurs et nos ennemis. Mettons soigneusement, avec le soin scrupuleux de l’amour, cet ordre à exécution. Et, pour être bien sûr de ne pas l’omettre, fixons-nous telle ou telle prière à dire chaque jour pour nos persécuteurs et nos ennemis. Quand notre Bien-Aimé laisse tomber un commandement de ses lèvres, n’est-ce pas bien le moins que nous le recueillions et que nous l’exécutions avec tout l’empressement, tout l’amour et toute la perfection possibles ?

St Mathieu, ch. 6, v. 6. « Lorsque vous prierez, entrez dans votre chambre, et, la porte en étant fermée, priez votre Père dans le secret. »

Notre-Seigneur nous donne, ici, le précepte de la prière solitaire : nous enfermer dans notre chambre et y prier dans la solitude notre Père qui nous voit dans le secret. Donc, à côté de la prière bien-aimée devant le Saint-Sacrement, à côté de la prière en commun où Notre-Seigneur est au milieu de ceux qui se réunissent pour Le prier, aimons et pratiquons chaque jour la prière solitaire et secrète, cette prière où nul ne nous voit que notre Père Céleste, où nous sommes absolument seuls avec Lui, où nul ne sait que nous Le prions ; tête à tête, secret délicieux, où nous répandons notre cœur en liberté, loin de tous les yeux, aux genoux de notre Père…

St Mathieu, ch. 7, v. 8. « Qui demande reçoit, qui cherche trouve. »

Combien nous devons demander la glorification de Dieu, notre sainteté et celle du prochain, puisque nous sommes absolument sûrs de l’obtenir !… Et, en effet, n’est-il pas naturel que Celui qui nous a aimés jusqu’à tant souffrir pour nous, nous aime assez pour nous exaucer ?… Quelle responsabilité nous avons ! Si nous ne prions pas assez, nous sommes responsables de tout le bien que nous aurions pu faire par la prière et que nous n’avons pas fait. Quelle terrible responsabilité ! Mais, quelle bonté de la part de Notre-Seigneur, de nous faire ainsi, en quelque sorte, partager Sa puissance en donnant une telle valeur à nos prières !

St Mathieu, 9, 22. « Ta foi t’a guérie », dit Notre-Seigneur à l’hémorroïsse…

Nous le voyons, ce que Notre-Seigneur recommande par-dessus tout dans la prière, c’est la foi. Il la recommande presque à chaque ligne… Pourquoi ? 1o parce que c’est ce qui nous manque le plus ; 2o parce que, quand elle nous manque, notre prière non seulement ne peut pas être agréable à Dieu, mais Lui est injurieuse… Qu’elle nous manque, je ne le vois que trop, hélas ! par ma triste expérience. Elle me manque si souvent pour deux causes : parce que je me regarde trop et je ne regarde pas assez Dieu ; j’ai les yeux sur mon indignité au lieu de les avoir sur Sa bonté, sur Son amour, sur Son Cœur ouvert pour moi ; et parce que je regarde ma demande trop humainement ; j’ai devant les yeux les difficultés que présentent les grâces que je demande, leur impossibilité à être atteintes par les hommes, les obstacles qui s’opposent à leur accomplissement, au lieu d’avoir devant les yeux la toute-puissance de Dieu à qui tout est facile !… Ayons donc sans cesse sous les regards l’amour immense de Dieu pour nous, cet amour qui Lui a fait endurer de telles souffrances pour chacun de nous, et qui Lui rend si doux, si agréable, si naturel, de nous faire les plus grandes grâces (plus les grâces sont grandes, plus Il lui est doux de nous les faire, c’est la nature de l’amour), et cette facilité infinie avec laquelle Il peut faire ce qui nous semble le plus difficile, le plus impossible.

St Mathieu, ch. 14, 23. « Il monta sur la montagne, seul, pour y prier. Et le soir venu, il était tout seul… »

— Notre-Seigneur prie seul, prie la nuit. C’est une habitude chez Lui… Bien des fois l’Évangile nous répète : « Il se retira seul pendant la nuit pour prier »… Aimons, chérissons, pratiquons à son exemple, la prière nocturne et solitaire… Quand tout sommeille sur la terre, veillons et faisons monter nos prières vers notre Créateur… S’il est doux d’être en tête-à-tête avec ce qu’on aime au milieu du silence, du repos universel et de l’ombre qui couvre la terre, combien est-il doux d’aller, en ces heures, jouir du tête-à-tête avec Dieu !… Heures d’incomparable félicité, heures bénies qui faisaient trouver à saint Antoine les nuits trop courtes… heures où, pendant que tout se tait, tout dort, tout est noyé dans l’ombre, je vis aux pieds de mon Dieu, épanchant mon cœur dans Son amour, Lui disant que je L’aime, et Lui me répondant que je ne L’aimerai jamais, si grand que soit mon amour, autant qu’Il me chérit… Nuits fortunées que mon Dieu me permet de passer en tête-à-tête avec Lui… O mon Seigneur et mon Dieu, faites-moi sentir comme je le dois le prix de pareils moments ! Faites-moi « delectare in Domino »… Faites-moi, à Votre exemple, n’avoir pas de plus chers moments, pas de plus vrai repos, pas d’heures plus suaves et plus enviées que ces heures de prières nocturnes et solitaires !

Apprenez-moi, de plus, à prolonger ces heures où, pendant que tout sommeille, je veille seul à Vos pieds, où, sans que personne sache ni partage mon bonheur, je jouis, dans la solitude de la nuit, de la présence de mon Dieu ! O mon Dieu, si ces veilles solitaires et fortunées pouvaient dévorer de plus en plus toutes mes nuits, que je serais heureux !… Combien de saints ont eu ce bonheur : je sais bien que je ne le mérite pas, mais je ne mérite aucune faveur et Vous m’en avez tant fait, et je sais si bien que Vous m’aimez ! Mon Dieu, si cela est, comme je le pense, conforme à Votre volonté, faites-moi cette grâce, je Vous le demande, par toutes les grâces que Vous m’avez déjà faites et par Votre Cœur ! Amen…

Notre-Dame du Perpétuel-Secours, vous que je n’ai jamais invoquée en vain, obtenez-moi ce bienfait et ayez la main sur moi, pour m’empêcher de dormir, comme je le fais si souvent, hélas ! lorsque je suis aux pieds de Notre-Seigneur et qu’Il m’invite à Le prier, à prier avec Lui, à passer une heure en tête-à-tête avec Lui !…

St Mathieu, ch. 17, v. 19. « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, rien ne vous serait impossible. »

Nous pouvons tout par la prière. Si nous ne recevons pas, c’est, ou que nous avons manqué de foi, ou que nous avons trop peu prié, ou qu’il serait mauvais, pour nous, que notre demande nous soit accordée, ou que Dieu nous donne quelque chose de meilleur que ce que nous demandons… Mais jamais nous ne recevrons pas ce que nous demandons, parce que la chose est trop difficile à obtenir : rien ne nous est impossible à obtenir… N’hésitons pas à demander à Dieu même les choses les plus difficiles, telles que les conversions des grands pécheurs, de peuples entiers : demandons-les même d’autant plus qu’elles sont plus difficiles, avec la foi que Dieu nous aime passionnément… ; mais demandons avec foi, avec insistance, constance, avec amour, avec bonne volonté… Et soyons sûrs que si nous demandons ainsi et avec assez de constance, nous serons exaucés en recevant la grâce demandée ou une meilleure.

… Demandons donc hardiment à Notre-Seigneur les choses les plus impossibles à obtenir, quand elles sont pour Sa gloire, et soyons sûrs que Son Cœur nous les accordera d’autant plus qu’elles semblent humainement plus impossibles, car donner l’impossible à ce qu’Il aime est doux à Son Cœur, et combien ne nous aime-t-Il pas ?