CHAPITRE LXVIII

Instructions secrètes et consécrations.

Le Seigneur fit encore une instruction sur les divins mystères et les consécrations. Il leur enseigna tout ce qu’il y a d’essentiel dans l’usage et la dispensation de l’Eucharistie ; de quelle manière ils devaient, par degrés, enseigner et publier ce mystère ; il leur apprit en quel temps ils auraient à consommer le reste des espèces consacrées, et quand il faudrait communier la sainte Vierge ; il ajouta qu’ils devaient consacrer eux-mêmes le pain et le vin, lorsqu’il leur aurait envoyé le consolateur, et que leurs successeurs continueraient à le faire, en mémoire de lui, jusqu’à la consommation des siècles. Il leur parla ensuite du sacerdoce, de l’onction, de la préparation du saint chrême, et des saintes huiles Le saint pape Fabien dit, au LIVᵉ chapitre de sa seconde épitre aux évêques d'Orient : « Conformément à ce que nos prédécesseurs nous ont transmis, comme venant des Apôtres, Notre-Seigneur Jésus-Christ, après avoir fait la cène avec ses Apôtres et leur avoir lavé les pieds, leur a appris à préparer le saint chrême. » C'est sans doute d'après cette tradition, qu'aujourd'hui encore, l'Eglise romaine consacre le saint chrême le jeudi saint. . Il y avait là trois boîtes, dont deux contenaient un mélange d’huile et de baume, et du coton. Il enseigna comment il fallait faire ce mélange, à quelles parties du corps il fallait l’appliquer et dans quelles occasions. Il parla de diverses onctions, notamment de celles des rois, et dit que, même les rois iniques qui étaient sacrés, tiraient de là une force mystérieuse et qui n’appartient qu’à eux.

Je vis ensuite Jésus oindre Pierre et Jean. Il alla du milieu de la table vers l’un des côtés, et leur imposa les mains d’abord sur les épaules, ensuite sur la tête. Puis il leur fit joindre les mains en croisant les pouces, et pendant qu’ils se tenaient profondément inclinés, ou peut-être même agenouillés devant lui, il leur oignit le pouce et l’index de chaque main, et leur fit une croix sur la tête avec le saint chrême. Il leur dit que cela devait se faire ainsi, jusqu’à la consommation des siècles. Jacques le Mineur, André, Jacques le Majeur et Barthélemy furent également consacrés. Je vois aussi que Jésus mit en croix sur la poitrine de Pierre une bande d’étoffe que les apôtres portaient autour du cou, tandis qu’il la fit passer aux autres de l’épaule droite au côté gauche.

Je vis que Jésus leur communiquait, par cette onction, quelque chose d’essentiel, je ne sais quelle vertu surnaturelle qu’on ne saurait exprimer. Il leur dit que, lorsqu’ils auraient reçu le Saint-Esprit, ils consacreraient le pain et le vin et donneraient l’onction aux autres apôtres. Il me fut montré ici, qu’au jour de la Pentecôte, avant le grand baptême, Pierre et Jean imposèrent les mains aux autres apôtres, et qu’ils les imposèrent à plusieurs disciples huit jours plus tard.

Après la résurrection, Jean donna pour la première fois la communion à la très sainte Vierge. Cette circonstance fut fêtée parmi les apôtres : l’Eglise militante n’a pas conservé cette fête, mais je la vois célébrer dans l’Eglise triomphante. Les premiers jours qui suivirent la Pentecôte, je vis Pierre et Jean consacrer seuls la sainte Eucharistie ; plus tard les autres consacrèrent aussi.

Le Seigneur consacra aussi du feu dans un vase d’airain ; depuis ce jour on ne le laissa jamais s’éteindre, même quand on était absent pendant longtemps : il fut placé dans le foyer pascal, à côté de l’endroit où reposait le saint Sacrement, c’était là qu’on venait en chercher pour les besoins du culte Qu'il est touchant de voir inauguré ainsi par Notre-Seigneur lui-même les moindres pratiques du culte chrétien ! La lampe qui brûle nuit et jour devant le tabernacle a succédé au feu perpétuel de l'ancien autel des holocaustes. Elle nous indique que l'Eucharistie est le grand mystère de foi et d'amour, destiné à éclairer les ténèbres de ce monde et à embraser peu à peu tous les cœurs, représentés par les divers flambeaux de l'autel. .

Toutes ces instructions que Jésus donna secrètement aux apôtres furent également transmises en secret. L’Eglise en a conservé jusqu’à maintenant l’essentiel, en le développant sous l’inspiration du Saint-Esprit, pour l’accommoder aux besoins des temps. Les apôtres assistèrent le Seigneur durant la préparation et la bénédiction du saint chrême.

Quand ces cérémonies furent terminées, le calice près duquel se trouvait l’huile et le baume consacrés, fut recouvert, et le saint Sacrement fut porté par Pierre et Jean dans le fond de la salle, séparé du reste par un rideau et qui formait maintenant le sanctuaire. Joseph d’Arimathie et Nicodème prirent soin du sanctuaire et du cénacle pendant l’absence des apôtres.

Jésus pria plusieurs fois avec une grande ferveur, et fit encore à ses apôtres de longues instructions. Souvent il semblait s’entretenir avec son Père céleste : il était rempli d’amour et de l’Esprit-Saint. Les apôtres aussi étaient pleins de feu et de zèle ; ils lui adressèrent plusieurs questions auxquelles il répondit. Tout cela doit être en grande partie dans la sainte Ecriture. Jésus fit part à Pierre et à Jean de différentes choses qu’ils devaient plus tard communiquer aux disciples et aux saintes femmes, dès qu’ils seraient à même de recevoir

T. III de semblables connaissances. Il dit en particulier à Jean qu’il survivrait aux autres. Il lui parla aussi de sept églises, de couronnes, d’anges et de figures symboliques qui désignaient, je crois, certaines époques. Les autres apôtres, à la vue de ces confidences, éprouvèrent un léger mouvement de jalousie.

Il parla plusieurs fois du traître et de ce qu’il faisait, et je voyais en même temps Judas faire tout ce qu’il disait. Comme Pierre, rempli de zèle, assurait qu’il lui serait toujours fidèle, Jésus lui dit : « Simon, Simon, voilà que Satan vous a cherchés pour vous cribler, comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; lorsque tu seras converti, confirme tes frères. » Le Seigneur ajoutant qu’ils ne pouvaient maintenant le suivre où il allait, Pierre dit qu’il le suivrait toujours, dût-il donner sa vie pour lui ; et Jésus répondit : « En vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le coq ait deux fois chanté, tu me renieras trois fois. » Ensuite il leur annonça les temps difficiles qui allaient venir, et leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans sac, sans bourse et sans chaussure, avez-vous manqué de quelque chose ? — Non, répondirent-ils. — Maintenant, reprit le Seigneur, que celui qui n’a rien vende sa tunique, et achète une épée Que l'homme se dépouille, s'il le faut, des biens matériels pour se procurer le glaive de la parole de Dieu, l'épée de la sainte foi, cette arme invincible à tous les ennemis du salut. . Car, je vous le dis, il faut que s’accomplisse en moi cette prophétie : Il a été mis au rang des scélérats. Tout ce qui me regarde est près de se réaliser. » Les apôtres crurent qu’il entendait parler d’une épée dans le sens propre, et Pierre lui montra deux glaives : ils étaient courts et larges comme des couperets. Jésus dit : « C’est assez, partons. » Alors ils chantèrent le cantique d’action de grâces, la table fut mise de côté, et ils vinrent dans le vestibule.

En cet endroit, la mère de Jésus, Marie, fille de Cléophas et Madeleine, s’approchèrent de lui et le supplièrent de ne pas aller sur le mont des Oliviers ; car le bruit s’était répandu qu’on voulait s’emparer de lui. Jésus les consola par quelques paroles et passa rapidement ; il pouvait être neuf heures. Ils se dirigèrent vers la montagne des Oliviers, en suivant le chemin que Pierre et Jean avait pris pour se rendre au cénacle.

J’ai vu plusieurs fois l’institution de la sainte Eucharistie ; mais j’étais tellement dominée par l’émotion, que je n’en distinguais clairement que quelques parties ; cette fois je l’ai vue avec plus de netteté. C’est une peine qu’on ne saurait dire, car on pénètre dans les cœurs, on voit l’amour et le dévouement du Sauveur, et l’on sait tout ce qui doit arriver. Il est donc impossible d’observer exactement tout ce qui n’est qu’extérieur ; on est ravi d’admiration, de reconnaissance, et d’amour ; on ne peut comprendre l’aveuglement des hommes, on sent toute l’ingratitude du monde, et l’on pense à ses propres péchés.

La pâque de Jésus fut prompte et entièrement conforme aux prescriptions légales. Les pharisiens y ajoutaient çà et là quelques observances minutieuses.