CHAPITRE LXIX

Coup d’œil sur Melchisédech.

Au moment où le Seigneur prit le calice pour instituer la sainte Eucharistie, j’eus encore une vision relative à l’Ancien Testament. Je vis Abraham agenouillé devant un autel, et, dans le lointain, des hommes armés qui arrivaient avec des chameaux et des bêtes de somme. Un homme majestueux s’avança près d’Abraham, et plaça devant lui, sur l’autel, le même calice que Jésus tenait à la main. Cet homme avait comme des ailes aux épaules ; il ne les avait pas réellement ; mais c’était un signe pour m’indiquer qu’un ange était devant mes yeux. C’est la première fois que j’ai vu des ailes à un ange. Ce personnage était Melchisédech. Derrière l’autel d’Abraham, montaient trois nuages de fumée ; celui du milieu s’élevait assez haut ; les autres étaient plus bas.

Je vis ensuite deux rangs de figures se terminant à Jésus (c’était probablement la double série des ancêtres de Jésus contenue dans les deux généalogies) ; mais la sœur a oublié de me le dire.

Le sacrifice de Melchisédech eut lieu dans la vallée de Josaphat, sur une hauteur. Melchisédech avait déjà le calice. Abraham devait être informé de son arrivée et de son sacrifice ; car il avait dressé un magnifique autel, plus solide que tous ceux que j’ai jamais vus, et au-dessus duquel était comme une tente de feuillage. On y voyait aussi une sorte de tabernacle où Melchisédech plaça le calice. Les coupes où l’on buvait semblaient être de pierres précieuses. Abraham avait amené un superbe troupeau. Lorsque ce patriarche avait reçu le mystère de la promesse, il lui avait été révélé que le prêtre du Très-Haut célébrerait devant lui le sacrifice qui devait être institué par le Messie, pour durer jusqu’à la consommation des siècles. Il était donc dans une attente respectueuse, lorsque Melchisédech lui fit annoncer son arrivée par des messagers rapides dont il se servait souvent.

Je vis qu’Abraham plaçait sur l’autel, comme il le faisait toujours en sacrifiant, quelques ossements d’Adam que Noé avait conservés dans l’arche. L’un et l’autre prièrent Dieu d’accomplir la promesse qu’il avait faite à ces os, et qui n’était autre que la venue du Messie Maintenant encore l'autel renferme toujours des ossements des martyrs, qui sont les témoins de la promesse accomplie. . Abraham désirait vivement la bénédiction de Melchisédech.

La plaine était couverte d’hommes, de bêtes de somme et de bagages. Le roi de Sodome était avec Abraham sous la tente. Tout autour régnait un silence solennel. Melchisédech venait du lieu où devait plus tard s’élever Jérusalem ; il amena avec lui une bête de somme qui portait un grand vaisseau plein de vin, et une caisse contenant des pains plats et différents vases. Abraham vint à la rencontre de Melchisédech. Je vis celui-ci, dès qu’il fut entré dans la tente, se placer devant l’autel, offrir le pain et le vin en les élevant dans ses mains, les bénir et les distribuer ; il y avait dans cette cérémonie quelque chose de la sainte messe. Abraham reçut un pain plus blanc que les autres, et but dans le calice qui servit ensuite à la Cène. Les plus distingués d’entre les assistants distribuèrent ensuite au peuple du vin et des morceaux de pain.

Il n’y eut pas de consécration du pain et du vin ; car les anges ne sauraient consacrer, mais les espèces furent bénites, et je les vis toutes resplendissantes. Tous ceux qui en mangèrent furent fortifiés et davantage unis à Dieu. Abraham fut aussi béni par Melchisédech ; et je vis que cette bénédiction était figurative : Melchisédech semblait le consacrer prêtre ; car Abraham avait déjà reçu la promesse mystérieuse que le Messie sortirait de sa chair et de son sang. Il me fut enseigné que Melchisédech lui avait fait connaître ces paroles prophétiques, touchant le Messie et son sacrifice : « Asseyez-vous à ma droite A propos de ces mots : « Asseyez-vous à ma droite, » la sœur s'exprima ainsi : « Le côté droit a une grande et mystérieuse signification. La génération éternelle du Fils au sein de la Trinité m'est quelquefois montrée en figures que le langage ne saurait rendre, et alors je vois le Fils dans le côté droit du Père ; je vois ensuite la figure que Moïse vit dans le buisson ardent ; elle m'apparaît dans un triangle lumineux, au sommet duquel est le Saint-Esprit. Eve fut tirée du côté droit d'Adam, et sans la chute les hommes seraient sortis par la droite du sein de leurs mères. Je vis les patriarches porter dans le côté droit la bénédiction de la promesse ; c'est à leur droite qu'ils plaçaient les enfants qu'ils voulaient bénir. Le côté droit de Jésus fut ouvert par la lance du soldat. Dans mes visions, je vois l'Eglise sortir de cette blessure ; c'est par le côté droit du Sauveur qu'on entre dans l'Eglise, et qu'on arrive jusqu'au Père. » C'est qu'en effet la droite, celle des dons les plus mains dont on se sert le plus volontiers pour donner, est le symbole de la miséricorde par laquelle les dons de Dieu se répandent de générations en générations. , jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à être l’escabeau de vos pieds. Le Seigneur l’a juré, et il ne s’en repentira point : vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech. » Je vis aussi que David, lorsqu’il écrivit ces paroles, eut une vision de la bénédiction donnée par Melchisédech à Abraham. Celui-ci ayant reçu le pain et le vin, parla et prophétisa sur Moïse et sur ce que les lévites devaient recevoir.

Je vis ensuite Abraham donner à Melchisédech la dîme de ses troupeaux et de ses trésors. Melchisédech ne me parut pas vieux ; il était grand, svelte, et plein d’une douce majesté. Il portait un long vêtement d’une blancheur éblouissante : la robe blanche d’Abraham semblait terne à côté. Lors du sacrifice, il mit une ceinture où étaient brodés différents caractères, et une coiffure blanche semblable à celle que portèrent plus tard les prêtres. Sa longue chevelure était d’un blond clair et brillant comme de la soie ; il avait une barbe blanche, courte et pointue ; son visage était resplendissant. Il inspirait le plus profond respect, et tous en sa présence devenaient graves et silencieux. Il me fut révélé que c’était un ange sacerdotal et un messager de Dieu. Il était envoyé pour fonder de saintes institutions : il conduisait les peuples, distribuait les races, et bâtissait des villes. Je l’ai vu en divers lieux, bien avant le temps d’Abraham ; plus tard je ne l’ai pas revu Il était ainsi, comme tous les grands personnages de l'ancien Testament, une figure et une préparation de Jésus-Christ fondant le royaume de Dieu. .