CHAPITRE LXIV

Adieux de Jésus à sa mère.

Le matin, pendant que les deux apôtres s’occupaient à Jérusalem des préparatifs de la Pâque, Jésus fit, à Béthanie, de touchants adieux à sa mère, aux autres saintes femmes et à Lazare. Après les avoir consolés et instruits tous ensemble, il s’entretint seul avec sa mère ; je me souviens qu’il lui dit, entre autres choses, qu’il avait envoyé Pierre et Jean, personnification de la foi et de l’amour, pour préparer la Pâque, à Jérusalem. Il dit de Madeleine, que la douleur mettait hors d’elle-même, que son amour était indicible, mais encore un peu selon la chair, et que, pour cette cause la douleur lui ôtait presque la raison. Il parla aussi de la trahison de Judas, et la sainte Vierge pria pour celui qui devait trahir son Fils.

Judas était encore allé de Béthanie à Jérusalem, sous prétexte de faire quelques commissions. Le matin, Jésus, qui n’ignorait pas ses projets, demanda aux apôtres où il était. Judas courut toute la journée chez les pharisiens, et arrangea tout avec eux ; on lui fit voir les soldats qui devaient s’emparer du Seigneur. Il forgea les excuses qui pourraient expliquer son absence prolongée, et ne revint auprès de Jésus que peu de temps avant la cène. J’ai pénétré toutes ses idées, tous ses projets ; il ne luttait jamais contre ses passions. Il avait fait des miracles et guéri des maladies en l’absence de Jésus.

Lorsque le Seigneur annonça à la sainte Vierge ce qui allait lui arriver, elle le supplia de la manière la plus touchante de la laisser mourir avec lui. Mais il lui recommanda d’être plus calme dans sa douleur que les autres femmes ; il lui dit aussi qu’il ressusciterait

T. III et lui indiqua le lieu où il devait lui apparaître. Malgré toute son affliction, Marie ne pleurait pas beaucoup, mais sa douleur se manifestait d’une manière qui remplissait le cœur d’une profonde émotion. Le Seigneur, comme un fils pieux, la remercia de son tendre amour et la serra contre son cœur. Il lui dit qu’il ferait spirituellement la cène avec elle, et lui indiqua l’heure à laquelle elle la recevrait. Il fit encore à tous des touchants adieux et leur donna diverses instructions.

Vers midi, Jésus se rendit de Béthanie à Jérusalem, avec neuf apôtres et sept disciples, parmi lesquels étaient Jean-Marc et le fils de la pauvre veuve qui, le jeudi précédent, avait déposé son obole dans le tronc du Temple. Il se promena autour du mont des Oliviers et parcourut la vallée de Josaphat jusqu’au Calvaire. Tout en marchant, il ne cessait de les instruire. Il dit, entre autres choses, aux apôtres, que jusqu’à présent il leur avait donné son pain et son vin, mais qu’il voulait aujourd’hui leur donner sa chair et son sang, et leur laisser tout ce qu’il possédait. En disant ces mots, le Seigneur avait une expression si touchante, qu’il paraissait exhaler toute son âme et languir d’amour dans l’attente du moment où il s’offrirait en sacrifice. Ses disciples ne le comprirent pas ; ils crurent qu’il s’agissait de l’agneau pascal. Tous les derniers discours de Jésus respiraient un amour et une résignation qu’on ne saurait exprimer.

Les sept disciples qui avaient suivi le Seigneur à Jérusalem ne firent pas tout ce chemin avec lui. Ils portèrent au cénacle les habits de cérémonie pour la Pâque. Ils ornèrent aussi de tentures les murailles nues de la grande salle, dégagèrent les ouvertures du plafond, et apprêtèrent trois lampes suspendues. Pierre et Jean gagnèrent ensuite la vallée de Josaphat, et appelèrent le Seigneur et les neuf apôtres. Les disciples et les amis qui devaient faire aussi la Pâque dans le cénacle vinrent plus tard.