CHAPITRE LXIII

Du calice de la sainte cène.

Le calice que les apôtres apportèrent de chez Véronique est un vase merveilleux et plein de mystères. Il était resté longtemps dans le Temple, parmi d’autres objets précieux d’une haute antiquité, dont on avait oublié l’usage et l’origine. Quelque chose de semblable est arrivé dans l’Église chrétienne, où, par le malheur des temps, beaucoup de trésors sont restés dans l’oubli. On avait souvent mis de côté, vendu ou fait réparer des vases et d’autres objets anciens dont on ignorait l’usage. C’est ainsi que, par la volonté de Dieu, ce saint vase, qu’on n’avait pas voulu fondre à cause de sa matière inconnue, avait été trouvé parmi d’autres objets hors d’usage, et vendu à des amateurs d’antiquité. Le calice avait été acheté par Séraphia avec différents objets qui s’y rattachaient, et, Jésus s’en étant servi plusieurs fois dans des festins solennels, il devint définitivement la propriété de l’Église. Il était d’une matière brunâtre et polie en forme de poire ; il était incrusté d’or et avait deux petites anses qui servaient à le soulever, car il était assez lourd. Le pied était d’or vierge artistement travaillé. On y voyait, entre autres choses, un serpent et une grappe de raisin. Il était en outre orné de pierres précieuses. Le calice est resté auprès de saint Jacques le Mineur à Jérusalem ; je le vois encore caché quelque part. Il reparaîtra un jour, comme il est reparu pour la cène. D’autres églises se sont partagé les petites coupes qui l’entourent ; l’une d’elles est venue à Antioche, une autre à Éphèse ; elles appartenaient aux patriarches, qui y buvaient un breuvage mystérieux, lorsqu’ils recevaient et donnaient la bénédiction, ainsi que je l’ai vu plusieurs fois.

Le calice était déjà chez Abraham : Melchisédech l’apporta au pays de Sémiramis dans la terre de Chanaan, lorsqu’il vint jeter les fondements de Jérusalem. Il s’en servit lors de son sacrifice, lorsqu’il offrit le pain et le vin en présence d’Abraham, et il le légua à ce patriarche. Noé lui-même l’avait déjà emporté avec lui dans l’arche.

« Voyez, ces hommes, ces grands seigneurs qui viennent d’une ville superbe ; elle est bâtie à l’antique, et l’on y adore les premiers objets venus, par exemple des poissons La sœur raconta tout ceci dans un état d'intuition tranquille, et voyant devant elle tout ce qu'elle décrivait. . Le vieux Noé, avec un pieu sur l’épaule, se tient dans un coin de l’arche : le bois de construction est rangé tout autour de lui, chaque chose en son lieu et place. Non, ce ne sont pas des hommes ; ce doit être quelque chose de plus relevé, tant leur aspect est auguste et éblouissant ; ils apportent à Noé le calice, qui sans doute a été perdu. On y voit un grain de froment, mais plus gros que les nôtres, ainsi qu’une petite branche de vigne. Ils disent à Noé qu’il est un homme d’un grand renom, qu’il y a quelque chose de mystérieux dans cette coupe, et qu’il doit la prendre avec lui. Voyez : il met le grain de froment et la branche de vigne dans une pomme jaune qu’il place ensuite dans le calice. Il n’y a point de couvercle au-dessus, car ce qu’il y a mis doit toujours s’agrandir. Le calice a été fait sur un modèle qui fut montré mystérieusement à l’homme. »

Ceux qui ont apporté à Noé le calice et les trésors qu’il renfermait, étaient vêtus de longues robes blanches et ressemblaient aux trois hommes qui vinrent chez Abraham et lui promirent un fils. Ils avaient enlevé d’une ville condamnée à être ensevelie sous les eaux du déluge cet objet mystérieux, qui ne devait pas périr. Le calice se trouva plus tard chez de pieux descendants de Noé, qui demeuraient aux environs de Babylone. Sémiramis voulant les soumettre à l’esclavage, Melchisédech les conduisit dans la terre de Chanaan et emporta le calice. Avant de les emmener, il bénit dans sa tente le pain qu’il leur distribua ; sans quoi ils n’auraient pas eu la force de le suivre. Ces gens avaient un nom, je crois, comme les Samanéens. Melchisédech se servit d’eux et de quelques habitants de Chanaan pour élever de vastes constructions sur les collines où fut depuis édifiée Jérusalem. Il creusa des fondements profonds aux lieux mêmes où s’élevèrent ensuite le cénacle et le Temple, et aussi vers le Calvaire. Il cultiva dans ces contrées la vigne et le blé. Après son sacrifice, Melchisédech remit à Abraham le calice, qui plus tard fut porté en Égypte, où il passa dans les mains de Moïse. Il était fait d’une matière compacte comme celle de nos cloches, et qui semblait être un produit primitif de la nature. Jésus seul savait ce que c’était.