CHAPITRE LXII
Préparation de la Pâque. — Le cénacle.
Les disciples avaient demandé à Jésus où il voulait manger l’agneau pascal. Le premier jour des Azymes, avant l’aurore, Jésus fit venir Pierre et Jean ; il leur parla beaucoup des préparatifs qu’ils devaient faire à Jérusalem, et leur dit qu’après avoir gravi la montagne de Sion, ils rencontreraient un homme portant une cruche d’eau ; ils avaient déjà, l’année précédente, mangé la pâque chez lui ; voilà pourquoi saint Matthieu dit : « Un certain homme » ; ils devaient le suivre jusqu’à sa maison et lui dire : « Le Maître vous fait savoir que son temps est proche, et qu’il veut faire chez vous la Pâque avec ses disciples. » Et cet homme leur montrerait un grand cénacle meublé où ils devaient tout préparer pour le Seigneur et pour eux.
Je vis les deux apôtres monter à Jérusalem, en suivant un ravin, au midi du Temple, vers le côté septentrional de Sion. Arrivés sur le haut de la montagne, ils rencontrèrent, près d’une vieille maison entourée de cours, l’homme qui leur avait été désigné. Ils le suivirent jusqu’à sa demeure, et lui dirent ce que Jésus leur avait ordonné. Il leur répondit qu’un repas avait déjà été commandé chez lui (probablement par Nicodème) : qu’il ignorait pour qui, mais qu’il était charmé d’apprendre que c’était pour le Seigneur. Cet homme était Héli, beau-frère de Zacharie d’Hébron, chez lequel Jésus, l’année précédente, avait annoncé la mort de Jean-Baptiste. Il avait cinq filles non mariées et un fils, qui était lévite et déjà lié d’amitié avec Luc, avant que celui-ci fût disciple du Sauveur. Il allait tous les ans à la fête de Pâques avec ses serviteurs, et louait une salle où il préparait la pâque pour ceux qui n’avaient pas d’hôte dans la ville. Cette année, il avait loué le cénacle, qui appartenait à Nicodème et à Joseph d’Arimathie, et il le fit voir aux deux apôtres. Il était situé sur le côté méridional de la montagne de Sion, non loin du château en ruines de David et du marché qui monte vers ce château du côté du levant, dans une vaste cour plantée d’arbres touffus et entourée d’épaisses murailles. C’était un ancien et solide édifice qui avait servi de demeure aux vaillants capitaines de David. Avant la fondation du Temple, l’arche d’alliance y avait été déposée pendant quelque temps ; il reste encore des traces de son séjour dans un lieu souterrain. J’ai vu aussi le prophète Malachie caché sous ces mêmes voûtes ; il y écrivit ses prophéties sur le saint Sacrement et le sacrifice de la nouvelle alliance. Lors de la destruction d’une grande partie de Jérusalem par les Babyloniens, ce bâtiment fut épargné On remarque toujours, dans les lieux saints de la Palestine, ces rapports prophétiques entre les diverses figures d'un même mystère, qui se donnent, pour ainsi dire, la main pour venir aboutir à l'auguste réalité. .
Le cénacle proprement dit se trouve au milieu de la cour. C’est un carré long entouré d’un péristyle peu élevé, qui, si l’on dégage les portes, peut être réuni à la grande salle intérieure. L’édifice est à jour, et repose sur des colonnes isolées ; mais d’ordinaire les passages sont fermés par des entre-deux. Sur le devant on trouve d’abord un vestibule avec trois entrées ; puis on arrive à la salle intérieure, haute et magnifiquement carrelée, et au plafond de laquelle pendent plusieurs lampes. La lumière y pénètre par des ouvertures pratiquées au haut des murs. Aux jours de fêtes, les murailles sont ornées jusqu’à moitié de leur hauteur de nattes ou de tapis magnifiques, et l’on étend une gaze bleue transparente, au-dessus d’une ouverture pratiquée dans le toit. Le fond de la salle est séparé du reste par un rideau du même genre. Cette division en trois parties donne au cénacle une ressemblance frappante avec le Temple : on y trouve aussi le parvis, le saint et le saint des saints Le Temple, en effet, n'était que la figure du cénacle où Jésus-Christ allait instituer le divin sacrifice devant lequel tous les anciens rites devaient s'effacer. . Dans cette dernière partie sont déposés, à droite et à gauche, les vêtements et les objets nécessaires pour les cérémonies du culte. Au milieu se trouve un autel, au-dessus duquel était une niche où je vis alors l’image de l’agneau pascal, et plus tard le très saint Sacrement.
Héli d’Hébron ayant parlé aux apôtres, entra dans sa maison. Ceux-ci gagnèrent la demeure du vieux Siméon, dont quelques-uns des fils étaient secrètement disciples de Jésus. Les apôtres s’entretinrent avec l’un d’eux qui était attaché au service du Temple ; c’était un homme au teint basané et de haute stature. Ils allèrent ensemble à l’est du Temple, à travers cette partie d’Ophel par où Jésus était entré à Jérusalem le jour des Rameaux, et gagnèrent le marché aux bestiaux, situé au nord du Temple. Je vis, dans la partie méridionale de ce marché, de petits enclos où de jolis agneaux bondissaient sur le gazon comme dans de petits jardins. C’était là qu’on vendait les agneaux de la Pâque. Je vis le fils de Siméon entrer dans l’un de ces enclos. Les agneaux sautèrent après lui et le caressèrent de la tête comme s’ils l’eussent connu. Il en choisit quatre, qui furent portés au cénacle. Je le vis encore, dans l’après-midi, s’occuper de la préparation de l’agneau pascal.
Pierre et Jean parcoururent différents endroits de la ville pour commander divers objets. Ils entrèrent aussi dans la maison de Séraphia (Véronique), où ils devaient s’acquitter de plusieurs commissions. Ils venaient chercher, entre autres choses, le calice dont le Seigneur devait se servir pour l’institution de la sainte Eucharistie.