Lorsque Jésus traversa le Cédron pour aller à Gethsémani, il dit aux apôtres en leur montrant une dépression de la montagne des Oliviers, que c’était là qu’on se saisirait de lui, et qu’eux l’abandonneraient. Il était bien triste. Il se rendit avec les siens à Béthanie, et alla ensuite à deux lieues au nord, dans la bourgade où il avait guéri le jeune possédé, duquel je vis sortir les trois sombres règnes du monde. Il consola les habitants, et leur parla comme quelqu’un qui fait ses adieux.
Le jour suivant, le Sauveur alla de bonne heure à Jérusalem avec ses disciples. Il suivit au sud, du côté du Temple, un long passage voûté, que des ouvertures éclairaient par le haut, et arriva ainsi au parvis des femmes ; de là, tournant à l’est, il passa par la porte où se tenaient les femmes perdues de réputation. Cette porte d’ignominie restait ouverte pendant ses prédications, même quand les pharisiens faisaient fermer toutes les entrées du Temple : « La porte du péché, disaient-ils, doit toujours rester ouverte pour le pécheur C'était un nouvel acte d'humilité du Sauveur de vouloir bien entrer par cette porte. Il donnait à entendre par là que sans avoir jamais connu le péché, il était néanmoins le pécheur, celui qui, selon l'expression de saint Paul, s'était fait péché pour nous. . »
Jésus enseigna avec une profondeur admirable, et parla entre autres choses de l’union et de la séparation. Il se servit d’une comparaison tirée de l’eau et du feu, qui ne peuvent subsister ensemble, et s’anéantissent l’un l’autre. Quand l’eau n’éteint pas le feu, elle ne fait qu’augmenter la force et l’intensité de la flamme. Il parla de la persécution et du martyre ; il désignait par le feu les disciples qui lui resteraient fidèles, et par l’eau ceux qui l’abandonneraient pour chercher l’abîme. Il indiqua l’eau comme étant pour le feu un instrument de supplice, et dit aussi du mélange du lait et de l’eau, qu’il en résulterait une union si complète, que rien ne pouvait les séparer. Il ajouta qu’on ne devait pas craindre le martyre du corps, et que celui de l’âme était autrement redoutable.
Comme les apôtres et les disciples ne comprenaient pas tout ce qu’il disait, Jésus leur ordonna de mettre sur-le-champ par écrit ce qu’ils n’entendraient pas. Je vis alors Jean, Jacques le Mineur et un autre placer devant eux des tablettes, et y noter quelque chose de temps en temps.
Jésus traita aussi du baptême de Jean, et dit qu’il avait seulement lavé la souillure du péché, mais qu’il leur enverrait le Saint-Esprit, qui, par son baptême, les ferait tous enfants de la rédemption. Ils devaient après sa mort baptiser, à la piscine de Bethesda, tous ceux qui leur demanderaient le baptême. Quand ils viendraient en grand nombre, ils devaient, après les avoir rangés deux par deux, leur imposer les mains et les baptiser avec le jet de la piscine. Au lieu de l’ange qui venait autrefois, ce serait le Saint-Esprit qui descendrait sur les nouveaux baptisés, dès que le sang rédempteur aurait été versé, et avant que les disciples eux-mêmes eussent reçu le Saint-Esprit.
Pierre, à qui le Seigneur avait assigné le premier rang parmi ses disciples, demanda s’ils devaient toujours agir ainsi, et s’il ne fallait pas d’abord examiner les aspirants et les instruire. Jésus répondit que ces gens seraient fatigués d’avoir attendu pendant la fête, qu’ils seraient languissants et mourants de soif, et que les apôtres devaient se borner à faire comme il avait dit. Plus tard, quand ils auraient reçu le Saint-Esprit, ils sauraient toujours comment ils devraient agir.
Il s’entretint avec Pierre en particulier, touchant la pénitence et l’absolution. Il parla à tous de la fin du monde, et des signes qui devaient la précéder. Il annonça qu’un homme aurait une vision à ce sujet, et mentionna quelques tableaux qui lui seraient montrés. Je vis qu’il faisait allusion à l’Apocalypse de saint Jean ; car, il parla d’un homme éclairé d’en haut. J’aperçus dans une vision l’apôtre, auquel apparaissait l’ange qui se tenait debout sur la mer. Le Seigneur fit mention de ceux qui étaient marqués au front ; il ajouta que la source d’eau vive qui coulerait du Calvaire serait empoisonnée tout entière Ces paroles se rapportent sans doute aux trois ans et demi de la domination de l'Antéchrist, du temps où l'Église de Dieu se trouvera dans les plus extrêmes angoisses, et où elle semblera être disparue de la face de la terre. . Mais que toutes les eaux pures seraient recueillies dans une fontaine de la vallée de Josaphat. Il parla aussi d’hommes montés sur des chevaux, et de plusieurs tableaux de ce genre.
Il n’y avait pas de pharisiens présents à cette instruction. Le soir, Jésus se rendit à Béthanie, chez Lazare. Le lendemain, il se rendit au Temple, et y demeura tout le jour. Il instruisit en termes graves, et sans que personne vînt le troubler.
Il traita de la vérité et de l’accomplissement des choses qu’on enseigne. Quant à lui, il voulait accomplir maintenant ce qu’il avait dit. Il ne suffit pas de croire, il faut pratiquer ce qu’on croit. Aucun d’eux, pas même les pharisiens, ne pouvait reprocher quelque chose à son enseignement ; maintenant il voulait, en retournant à son Père, montrer la vérité de tout ce qu’il avait dit. Mais, avant de les quitter, il voulait leur laisser et leur donner tout ce qu’il possédait. Il n’avait ni or ni argent, mais il leur laisserait son autorité et sa puissance. Il contracterait avec eux une union qui durerait jusqu’à la fin des siècles, et qui serait encore plus intime que celle qui avait existé jusqu’alors. Il voulait aussi les unir entre eux de telle manière, qu’ils fussent les membres d’un même corps. Jésus parla d’un si grand nombre de choses qu’il ferait pour eux, que Pierre conçut un moment l’espoir de le conserver encore longtemps, et lui dit que, s’il voulait faire tout cela, il devait rester auprès d’eux jusqu’à la fin du monde. Le Seigneur ajouta qu’il voulait pour la dernière fois manger la pâque avec ses disciples, et Pierre lui demanda où il voulait que cela se fît. Jésus répondit qu’il le dirait quand le temps serait venu, et qu’après cette dernière pâque, il irait à son Père. Alors Pierre demanda s’il n’emmènerait pas avec lui sa mère, pour laquelle ils avaient tant de respect et de vénération. Jésus repartit qu’elle resterait encore avec eux un certain nombre d’années, où se trouvait le chiffre cinq. Je crois que c’était quinze ans. Jésus dit ensuite qu’il leur avait longtemps enseigné la vérité, mais qu’ils avaient toujours douté et qu’ils doutaient encore. Il sentait qu’il ne pouvait plus leur être utile par sa présence corporelle ; c’est pourquoi il voulait leur donner tout ce qu’il possédait, et conserver seulement de quoi couvrir la nudité de son corps. Ils ne le comprirent pas, mais moi je le compris C'était une allusion aux saintes espèces dont Jésus a revêtu son corps sacré pour nous le donner. : ils crurent tout au plus qu’il allait mourir ou disparaître. Déjà, le jour précédent, lorsqu’il avait parlé de la persécution des Juifs contre lui, Pierre le supplia de s’éloigner, comme il l’avait fait après la résurrection de Lazare, et l’assura qu’ils le suivraient tous.
Lorsque Jésus quitta le Temple, vers le soir, il dit, en lui faisant ses adieux, qu’il n’y rentrerait plus avec le corps dont il était revêtu. Ce discours fut si touchant que les apôtres et les disciples se prosternèrent contre terre, pleurant et sanglotant. Jésus lui-même pleura ; moi aussi, je n’ai pu retenir mes larmes : combien il est touchant de voir pleurer des hommes d’un âge avancé ! Judas ne pleura pas, mais il était dans l’angoisse. Tous ces derniers jours, il avait été dans une agitation extrême.
Il y avait, dans le Temple et dans la salle où les gentils pouvaient entrer, un grand nombre de ceux-ci qui désiraient parler au Sauveur. Ils avaient vu les disciples verser des larmes. Jésus leur dit qu’ils devaient s’adresser plus tard aux apôtres, auxquels il remettrait toute son autorité ; mais que le moment n’était pas encore venu. Je vis le Seigneur parcourir avec les siens tout le chemin qu’il avait suivi le jour des Rameaux, et se tourner encore souvent vers le Temple en prononçant, d’un ton grave, des paroles pleines de tristesse.
Ce jour-là, Jérusalem était dans un calme profond ; les pharisiens n’étaient pas allés au Temple ; ils tenaient conseil, et étaient fort préoccupés de ce que Judas n’était pas encore revenu pour s’entendre avec eux. Il y avait dans la ville beaucoup d’honnêtes gens très attristés ; les apôtres leur avaient sans doute communiqué ce que le Seigneur avait dit. Nicodème, Joseph d’Arimathie, les fils de Siméon, quoique mêlés aux Juifs, ne cachèrent pas leur affliction. Je vis aussi Véronique (Séraphia) se promener dans sa maison, tout attristée et se tordant les mains, et j’entendis son mari lui demander pourquoi elle était si affligée. Sa maison était située dans la ville, à moitié chemin entre le Temple et la montagne du Calvaire : soixante-six disciples dormaient là sous deux hangars qui y étaient attenants. Je m’étais souvent demandé où ils logeaient : c’était là.