CHAPITRE LVII

Nouveaux enseignements de Jésus. — Grande parabole de la Rédemption.

Jésus, qui avait passé la nuit à Jérusalem, se rendit le matin au Temple, avec ses disciples. Sept ou huit marchands, établis dans des boutiques pratiquées dans les murs, auprès de l’entrée, y vendaient des comestibles. Jésus leur ordonna de se retirer à l’instant, avec leurs marchandises. Comme ils hésitaient, lui-même mit la main à l’ouvrage et ramassa les objets qu’ils avaient à emporter. Des gens qui se trouvaient là lui vinrent en aide.

Lorsque Jésus entra dans le Temple avec ses disciples, la chaire était occupée par les docteurs. Mais ceux-ci se retirèrent en toute hâte devant lui. Il reprit les mêmes sujets qu’il avait traités dans le sermon sur la montagne.

Il dit, entre autres choses, de quelle manière il serait traité bientôt, et comment les siens eux-mêmes l’abandonneraient. Il ajouta qu’il ferait dans le Temple une entrée publique et triomphale, et qu’ensuite il resterait encore quinze jours avec ses disciples. Jésus ne parlant point de l’âne sur lequel il devait monter, ils crurent qu’il viendrait avec beaucoup de pompe et de magnificence, peut-être avec des chevaux et des chameaux. Pendant son discours, il y eut beaucoup de chuchotements. Les disciples n’avaient pas compris quand il avait parlé de quinze jours ; ils croyaient à un temps plus long ; mais Jésus répéta trois fois cinq jours. Il dit encore que la bouche des enfants à la mamelle annoncerait son entrée ; que plusieurs couperaient des branches d’arbres pour les jeter devant lui, que d’autres étendraient leurs vêtements sur son passage. Ceux qui joncheraient son chemin de rameaux ne sacrifieraient point pour lui ce qu’ils possédaient, et ne lui resteraient point fidèles ; mais pour ceux qui se dépouilleraient de leurs vêtements pour les étendre sur son passage, ils renonceraient à tous leurs biens, revêtiraient l’homme nouveau, et lui demeureraient dévoués. Ce discours dura plusieurs heures. Jésus répéta beaucoup de choses qu’il avait déjà dites et les expliqua. Tout cela me fut montré en vision.

Après cette instruction, il y eut une grande agitation parmi les pharisiens et les scribes. Ils tinrent conseil dans la salle du grand prêtre appelé Caïphe, et défendirent de recevoir nulle part Jésus et ses disciples ; ils le firent guetter à la porte de la ville ; mais il se tint caché à Béthanie, dans la maison de Lazare.

Le Seigneur dit alors aux trois apôtres Pierre, Jean et Jacques que le lendemain devait avoir lieu son entrée dans Jérusalem ; puis il fit appeler les autres, et quand ils furent réunis, il s’entretint longtemps avec eux. Tous devinrent fort tristes. Il témoigna beaucoup de bienveillance au traître Judas, et le chargea, je crois, de convoquer les disciples. Judas aimait beaucoup de pareilles commissions, car il lui plaisait de se faire valoir et de se donner de l’importance.

Jésus se rendit ensuite auprès des femmes et leur fit une belle instruction. Il parla d’abord d’Adam et d’Ève, de la chute originelle, de la promesse d’un Rédempteur, puis du progrès du mal, et du petit nombre de ceux qui avaient cultivé le jardin du Seigneur, etc.

Il raconta ensuite une parabole touchant un roi qui possédait un fort beau jardin. Une femme pompeusement parée vint un jour le visiter : elle lui fit voir un jardin de plantes aromatiques appartenant à son voisin, qui était d’une grande piété, lui disant qu’il ferait bien, puisque cet homme allait quitter le pays, d’acheter son jardin pour y cultiver ses plantes. Mais le roi voulait mettre des oignons et d’autres végétaux de mauvaise odeur dans le jardin du pauvre homme, que celui-ci respectait comme une chose sacrée, et où il ne cultivait que des plantes choisies. Le roi fit appeler cet homme ; mais il ne voulut ni s’en aller ni céder sa propriété. Je le vis aussi dans son jardin qu’il cultivait avec soin et d’où il tirait sa nourriture. Bientôt on le persécuta, et on parla même de le lapider ; si bien qu’il en devint malade. Mais enfin le roi fut renversé avec toute sa puissance, tandis que le jardin du juste grandit toujours, et lui et les siens prospérèrent de plus en plus. Je le vis comme un arbre de bénédiction qui se propageait et se répandait dans le monde entier Le roi représente le monde et ses grandeurs ; l'homme pieux et son jardin rempli d'aromates, c'est Jésus-Christ et son royaume de grâces et de vertus ; la femme aux riches vêtements, qui indique au roi le jardin précieux, c'est l'Église enseignante qui, revêtue des magnifiques symboles de la parole sacrée, veut montrer au monde le vrai séjour du bonheur. .

Toute cette parabole, pendant que Jésus la racontait, passa en tableaux devant mes yeux. Quand les tableaux de ce genre ne figurent pas une histoire réelle, mais seulement des idées ou des symboles, je ne les vois jamais se dérouler sur la terre, mais planer un peu au-dessus du sol.

Je vis la bénédiction du jardin de cet homme pieux, d’abord sous la forme d’un accroissement, d’une multiplication, d’une propagation de produits végétaux, puis sous celle d’une irrigation par des courants d’eau considérables, de nuages prodiguant la rosée et la pluie, enfin de foyers de lumière qui se répandaient à profusion. La bénédiction se propageait au loin, et s’étendait de tous côtés jusqu’aux contrées les plus éloignées.

Jésus commenta cette parabole. Elle contenait des enseignements sur le paradis, la chute originelle, la rédemption, le royaume de la terre et la vigne du Seigneur infestée par le prince de ce monde, et où celui-ci outrage le Fils de Dieu à qui le Père a confié le soin de la cultiver. La parabole indiquait aussi que, comme le péché et la mort avaient commencé dans un jardin, de même la passion de Celui qui s’était chargé des péchés du monde commencerait dans un jardin, et qu’enfin c’était dans un jardin qu’aurait lieu l’expiation et la victoire sur la mort par la résurrection.