CHAPITRE XLVIII

Dernière halte de Jésus dans le voisinage du pays des trois rois.

Le Seigneur continua son voyage vers le pays des trois rois. Dix ou douze bergers l’accompagnèrent. La contrée qu’il traversa était presque inhabitée, et l’on n’y voyait même pas de tentes ; mais le chemin était bien tracé et ne se perdait pas dans le désert. Ils trouvèrent, le long de ce chemin, des arbres portant un fruit bon à manger et gros comme une figue ; des baies sauvages croissaient aussi çà et là ; on rencontrait toujours à la distance d’une journée de marche un puits couvert, entouré d’arbres rattachés ensemble par leur sommet et dont les branches retombaient alentour en formant un berceau de verdure. On voyait aussi, sous des abris, des emplacements où l’on pouvait commodément faire du feu.

Vers midi, au plus fort de la chaleur, le Seigneur et les siens se reposaient auprès d’un de ces puits et mangeaient des fruits, ensuite ils se lavaient mutuellement les pieds. Jésus ne se laissait pas toucher par ses autres compagnons de voyage. Encouragés par sa bonté, les jeunes gens étaient quelquefois avec lui d’une familiarité enfantine ; mais bientôt, se souvenant de ses prodiges, ils le regardaient avec crainte, et échangeaient entre eux des regards timides. Souvent aussi, je vis que Jésus semblait disparaître à leurs yeux. Il les entretenait sur tout ce qui se présentait à eux sur la route.

Ils marchaient une partie de la nuit : les jeunes gens se procuraient du feu en faisant tourner vivement deux morceaux de bois l’un contre l’autre. Ils portaient aussi avec eux une sorte de lanterne ouverte à sa partie supérieure, qui était placée au bout d’un bâton, et dont la flamme, quoique petite, répandait une grande lueur rougeâtre. J’aperçus pendant la nuit des bêtes sauvages, effrayées de cette lueur, qui prenaient la fuite. Ils traversèrent souvent de hautes montagnes qui s’élevaient en pente douce : leur chemin était presque partout couvert du sable blanc du désert. Au pied de la dernière montagne qu’ils eurent à franchir, ils aperçurent une haie formée d’arbres hauts et touffus, derrière laquelle coulait une rivière rapide, arrosant des terres cultivées. Il y avait sur la rive un radeau fait de troncs d’arbres et d’osier entrelacé, sur lequel ils la passèrent.

Je les vis traverser la plaine et se diriger vers des cabanes faites en clayonnage et revêtues de mousse, et disséminées autour des champs, des prairies et des jardins. On conduisit Jésus dans une maison destinée à recevoir les étrangers. Les gens de l’endroit étaient fort bienveillants. Les bergers qui avaient accompagné Jésus reprirent le chemin de leur pays : on leur donna des provisions pour le voyage. La contrée est fort agréable et très fertile ; on trouve sur les collines beaucoup de baumiers d’où l’on fait découler un suc précieux, en pratiquant des incisions dans l’écorce. Je vis aussi de beaux champs de blé, avec du chaume épais comme le roseau, ainsi que de belles vignes, des roses et des grappes fleuries de la grosseur d’une tête d’enfant. De petits ruisseaux limpides murmuraient sous des berceaux de verdure formés par des haies soigneusement entretenues, et qui les bordent des deux côtés. On récolte les fleurs dont ces haies sont couvertes, et celles qui tombent dans l’eau sont arrêtées par des filets placés de distance en distance, et qui servent à les recueillir. Aux endroits où on les recueille, des ouvertures sont pratiquées dans ces berceaux de verdure. Je ne sais plus à quel usage ces fleurs sont employées.

Les habitants de l’endroit apportèrent et montrèrent à Notre-Seigneur tout ce que produisait leur pays. Jésus les questionna sur les hommes qui avaient autrefois suivi l’étoile ; ils lui dirent que ces hommes demeuraient d’abord dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’à leur retour ils s’étaient réunis à l’endroit même où l’étoile leur était apparue pour la première fois, qu’ils y avaient élevé une pyramide servant d’oratoire, et qu’ils avaient établi tout autour une ville de tentes pour l’habiter en commun. Ils avaient reçu l’assurance que le Messie viendrait les visiter, et ils voulaient, quand Jésus quitterait leur pays, s’en éloigner avec lui. Mensor, le plus vieux de tous, vivait encore et jouissait d’une bonne santé ; Théokéno, le second, était tellement brisé de vieillesse, qu’il ne pouvait plus marcher ; Séir, le troisième, était mort depuis quelques années, et son corps, parfaitement conservé, reposait dans le sépulcre d’une pyramide. Au jour anniversaire de sa mort, on ouvrait le tombeau pour lui rendre certains honneurs. On y entretenait sans cesse du feu. Après avoir donné au Seigneur tous ces détails, ils lui demandèrent ce qu’étaient devenus les gens du cortège des trois rois, qui étaient restés dans la Terre Promise.

On envoya un messager à la ville de tentes de Mensor, pour lui annoncer l’arrivée d’un homme qu’on croyait être un envoyé du roi des Juifs, qu’il avait autrefois visité. Je vis ensuite sept hommes venir des tentes du roi Mensor, pour lui souhaiter la bienvenue. Ils portaient d’amples manteaux blancs, brodés d’or, plus longs par derrière que par devant, et ils avaient sur la tête des turbans blancs, semés de filets d’or et surmontés d’une plume d’autruche légèrement inclinée. Ils invitèrent Jésus à venir avec ses compagnons et à rester longtemps parmi eux. J’entendis le Seigneur faire une instruction, où il parla des païens bien disposés, et qui, malgré leur ignorance, avaient le cœur simple et pieux.