CHAPITRE XVIII

Dévotion filiale des apôtres envers Marie. — Leur séparation dernière.

Après la mort de la sainte Vierge, je vis plusieurs fois les apôtres et les disciples, rangés en cercle, se raconter les uns aux autres leurs voyages et tout ce qui leur était arrivé.

Ils accomplirent divers exercices de dévotion ; ensuite les disciples présents prirent presque tous congé des apôtres pour continuer leurs travaux. Il n’y avait plus dans la maison que les apôtres, Jonathan et le serviteur de Thomas. Eux aussi devaient s’en aller aussitôt qu’ils auraient achevé leur tâche, c’est-à-dire enlevé du chemin de croix de Marie les pierres et les mauvaises herbes, et orné les stations d’arbustes, de fleurs et de jolies plantes. C’était un touchant, un ravissant spectacle que de les voir accomplir cette œuvre pieuse en priant et en chantant des cantiques : c’était comme un service divin célébré par l’amour filial en deuil. Ils aimaient à orner comme des fils pieux la trace des pas de leur mère, de la Mère de Dieu, lorsqu’elle suivait, recueillie et pleine de compassion, la voie douloureuse de son fils, le Rédempteur du monde.

Ils fermèrent complètement l’entrée du sépulcre de Marie, en élargissant le fossé, en tassant la terre, et en plantant des arbustes alentour. Ils nettoyèrent et embellirent le jardin qui se trouvait devant le tombeau, tracèrent un chemin nouveau autour du sommet de la colline, jusqu’à la paroi postérieure de la grotte, et pratiquèrent dans le rocher une ouverture, par laquelle on pouvait voir la couche sépulcrale où avait reposé le corps de la très sainte Mère, donnée par le Rédempteur mourant à eux tous et à l’Église en la personne de Jean. Oh ! c’étaient des fils pieux, fidèles au quatrième commandement ; ils vivront longtemps sur la terre eux et leur amour. Ils érigèrent aussi une chapelle au-dessus de la grotte du sépulcre ; ils y dressèrent avec des tapis une tente, qu’ils entourèrent de cloisons en clayonnage. Ils y élevèrent un petit autel formé de trois pierres : l’une servait de base, la seconde s’élevait perpendiculairement sur la première, et la troisième, large et plate, était la table d’autel. Derrière l’autel ils suspendirent un tapis sur lequel était brodée ou tissée une image de Marie, d’un travail fort simple ; elle représentait la Mère de Dieu dans son habit de fête de couleur brune, bleue et rouge. Quand tout cela fut achevé, il y eut là un service divin, où tous prièrent à genoux, les mains levées vers le ciel. La maison de Marie fut transformée en église ; sa servante continua cependant à l’habiter avec quelques autres femmes ; et deux disciples, dont l’un avait été berger au delà du Jourdain, furent chargés des consolations spirituelles à distribuer aux fidèles qui demeuraient aux environs.

Bientôt après, les apôtres se séparèrent. Barthélemy, Simon, Thaddée, Philippe et Matthieu, après avoir fait à leurs frères les adieux les plus touchants, partirent les premiers pour se rendre dans les pays qu’ils devaient évangéliser. Les autres, à l’exception de Jean, qui demeura là quelque temps encore, partirent ensemble pour la Palestine, où ils se séparèrent aussi.

Toutes ces choses se faisaient en silence et en secret, sans rien de cette agitation inquiète, si commune aujourd’hui. La persécution n’avait pas encore enfanté l’espionnage, et la paix n’avait guère été troublée.