CHAPITRE XIV
Arrivée des apôtres.
Les apôtres et les disciples arrivaient très fatigués pour la plupart. Ils avaient à la main de longs bâtons recourbés avec des pommeaux de formes diverses, correspondant à leur rang. Leurs manteaux de laine blanche étaient relevés sur la tête, en guise de capuchon. Ils portaient de longues tuniques sacerdotales de laine blanche, ouvertes de haut en bas, mais rattachées avec de petites courroies fendues et de petits bourrelets qui servaient de boutons. En voyage, cette tunique était relevée et rattachée à la ceinture. Quelques-uns y portaient aussi une bourse suspendue.
Les nouveaux venus embrassaient tendrement ceux qui déjà se trouvaient chez Marie. J’en vis plusieurs pleurer à la fois de joie en se revoyant, et de tristesse de se retrouver dans une circonstance si douloureuse. Ils déposaient leur bâton, leur manteau, leur ceinture et leur bourse, et laissaient retomber jusqu’à leurs pieds leur blanche tunique ; puis ils mettaient une large ceinture ornée de lettres qu’ils portaient avec eux. Quand on leur avait lavé les pieds, ils s’approchaient de la couche de la sainte Vierge et la saluaient respectueusement. Elle pouvait à peine leur adresser quelques paroles. Ils ne prenaient d’autre nourriture qu’un morceau de pain, et buvaient dans de petits flacons qu’ils avaient apportés.
Pierre, André, Jean, Thaddée, Barthélemy, Mathias et Nicanor, l’un des sept diacres, homme très serviable, se trouvaient réunis là. Ils se tenaient dans la partie antérieure de la maison, où ils célébraient le service divin dans un oratoire qu’ils avaient disposé à droite, en enlevant et en arrangeant d’une autre manière les cloisons mobiles qui formaient des cellules. Une table recouverte d’une nappe rouge et d’une nappe blanche par-dessus, servait d’autel. Devant l’autel il y avait un guéridon aussi recouvert, sur lequel était placé un rouleau des saintes Écritures ; des lampes étaient allumées au-dessus de l’autel, sur lequel était un vase en forme de croix, fait d’une matière brillante, semblable à la nacre de perle ; il avait à peine une palme en longueur et en largeur, et contenait cinq boîtes fermées avec des couvercles d’argent. Celle du milieu renfermait le très saint Sacrement ; les autres contenaient du chrême, de l’huile, du sel et d’autres objets bénis.
Dans leurs voyages, les apôtres avaient cette croix suspendue sur la poitrine ou sous leur tunique. Ils portaient ainsi quelque chose de plus précieux que le grand prêtre des Juifs, lorsque reposait sur sa poitrine le mystérieux objet sacré de l’ancienne alliance.
Je ne me rappelle pas bien s’il y avait des ossements de saints dans l’une ou l’autre de ces boîtes. Je sais seulement que quand ils offraient le sacrifice de la nouvelle alliance, ils avaient toujours auprès d’eux des ossements de prophètes ou de martyrs ; de même que les patriarches, lorsqu’ils offraient des sacrifices, plaçaient toujours des ossements d’Adam ou de quelqu’un de leurs ancêtres sur qui avait reposé la promesse. Le Sauveur, dans la dernière cène, leur avait enseigné à faire ainsi. Pierre, en habits sacerdotaux, était debout devant l’autel, les autres étaient en chœur derrière lui. Les femmes se tenaient au fond de la salle.
Simon étant arrivé sur ces entrefaites, il ne manquait plus que Philippe et Thomas. Plusieurs disciples étaient aussi présents, entre autres Jean-Marc, Barnabé ou Barsabas, et le petit-fils du vieux Siméon, qui était chargé de l’inspection des victimes au Temple, et qui immola le dernier agneau pascal pour Jésus. Érémenzéar, qui avait accompagné Jésus dans le voyage qu’il fit après la résurrection de Lazare, était présent aussi. Les disciples étaient bien une dizaine en tout.
Pierre célébra de nouveau à l’autel le saint sacrifice ; il donna encore à la sainte Vierge la sainte communion, qu’il apporta dans le vase en forme de croix. Les apôtres, rangés sur deux lignes, de l’autel à la couche de Marie, s’inclinèrent profondément, lorsque Pierre passa devant eux avec la sainte Eucharistie. Les cloisons qui entouraient le lit étaient ouvertes de tous les côtés. Marie avait sur sa couche une croix longue comme la moitié du bras. Le tronc était un peu plus large que les branches ; elle était faite de plusieurs espèces de bois ; le corps du Seigneur était blanc. Chaque jour un des apôtres célébrait pour elle le service divin. Elle avait vécu quatorze ans et deux mois depuis l’ascension de Jésus.