CHAPITRE XIII

La sainte Vierge sur son lit de mort. — Convocation des apôtres.

Dans les derniers temps de sa vie, Marie devenait de plus en plus recueillie et silencieuse ; elle ne prenait presque plus de nourriture. Il semblait que sa vie ici-bas ne fût qu’une apparence, et qu’elle fût déjà en esprit de l’autre côté de la tombe. Dans les dernières semaines de sa vie, je l’ai vu se promener lentement et péniblement dans sa maison, conduite et soutenue par sa servante.

Bientôt après, je vis Marie qui reposait, dans sa cellule toute tendue de blanc, sur une couche basse et étroite ; un long drap l’enveloppait tout entière. Je vis cinq femmes entrer chez elle l’une après l’autre, comme pour lui faire leurs adieux. Lorsqu’elles la quittèrent, leurs gestes de douleur et les prières qui s’échappaient de leurs lèvres, étaient extrêmement touchants. Je remarquai parmi elles la nièce de la prophétesse Anne, et Mara, nièce d’Élisabeth.

La sainte Vierge sentant approcher le moment où elle devait revoir son Fils, son Rédempteur et son Dieu, le pria d’accomplir la promesse qu’il lui avait faite dans la maison de Lazare la veille de son ascension. Il me fut en même temps montré comment ce même jour Jésus, qu’elle suppliait de ne pas la laisser longtemps après lui dans cette vallée de larmes, lui révéla quelles œuvres spirituelles elle devait accomplir avant d’être enlevée à la terre ; il ajouta qu’à sa prière, les apôtres et plusieurs disciples seraient convoqués pour assister à sa mort, et lui indiqua ce qu’elle devait leur dire, avant de leur donner sa dernière bénédiction. Il dit aussi à l’inconsolable Madeleine de se cacher dans le désert, et à sa sœur Marthe de former une communauté de femmes ; enfin il leur promit d’être toujours avec elles.

La sainte Vierge ayant prié pour faire venir les apôtres près d’elle, je vis la convocation leur arriver dans les différentes parties du monde ; voici ce dont je me souviens encore.

Les apôtres avaient déjà bâti de petites églises dans les diverses contrées où ils avaient annoncé l’Évangile. Bien que plusieurs de ces églises fussent seulement construites avec des branches entrelacées et enduites de limon, toutes celles que j’ai vues avaient à leur partie postérieure la même forme arrondie que la maison de Marie près d’Éphèse. Il y avait dans toutes un autel sur lequel on offrait le saint sacrifice.

Je vis tous les apôtres, avertis par des apparitions, se rendre auprès de la sainte Vierge. Du reste ils n’auraient pu, sans une assistance mystérieuse, faire leurs immenses voyages ; je les ai plusieurs fois vu traverser des foules pressées, sans que personne parût les apercevoir ; et je crois que souvent eux-mêmes n’avaient pas conscience de voyager ainsi d’une manière surnaturelle. Ils firent aussi chez les peuples païens et sauvages des miracles d’une autre espèce que ceux dont nous parle la sainte Écriture : leurs miracles se rapportaient partout aux besoins des hommes. Dans leurs voyages, ils portaient avec eux des ossements des prophètes ou de ceux qui avaient souffert le martyre dans les premières persécutions, et ils les avaient auprès d’eux, lorsqu’ils priaient ou qu’ils célébraient le saint sacrifice.

Au moment où les apôtres furent ainsi convoqués à Éphèse, Pierre, et je crois Mathias, se trouvaient dans les environs d’Antioche. André, qui venait de Jérusalem, où il avait souffert la persécution, n’était guère éloigné d’eux. Je vis Pierre et André passer la nuit à quelque distance l’un de l’autre dans des hôtelleries, comme on en trouve sur les grandes routes dans tous les pays chauds. Je vis un jeune homme resplendissant s’approcher de Pierre qui était couché contre un mur, l’éveiller en le prenant par la main, et lui dire qu’il devait se rendre en toute hâte chez Marie ; il devait rencontrer sur le chemin André, son frère. Pierre, déjà affaibli par l’âge et par ses grands travaux, se mit sur son séant, et, les mains appuyées sur ses genoux, il écouta ce que lui disait l’ange. Dès que celui-ci eut disparu, Pierre se leva, mit sa ceinture et son manteau, prit son bâton et partit. Bientôt il rencontra son frère, qui avait eu une apparition semblable. Un peu plus loin ils rejoignirent Thaddée, qui avait aussi reçu un avertissement d’en haut. Ils se rendirent ensemble chez Marie, où ils trouvèrent saint Jean. Jude, Thaddée et Simon étaient en Perse, lorsqu’ils reçurent leur convocation.

Thomas était le plus éloigné de tous les apôtres, et il n’arriva qu’après la mort de la sainte Vierge. Lorsque l’ange vint l’avertir de se rendre à Éphèse, il était en prière dans une cabane de roseaux, au fond de l’Inde. Je l’ai vu en pleine mer dans un frêle esquif, seul avec un serviteur d’une grande simplicité, un Tartare qu’il avait baptisé.

Avant de recevoir cet avertissement, Thomas avait formé le projet de s’avancer au nord, jusqu’en Tartarie, et il ne put se déterminer à y renoncer. Il voulait toujours trop faire, et il arrivait souvent en retard. Il se rendit donc au nord à travers la Chine, et pénétra jusque dans les possessions actuelles de la Russie. Il ne revit pas la Tartarie après la mort de la Vierge, car il fut percé d’un coup de lance dans les Indes. Il y avait érigé une pierre sur laquelle il avait tant prié, que les traces de ses genoux s’y étaient imprimées, et il avait prédit que lorsque la mer la baignerait, un autre apôtre viendrait prêcher l’Évangile dans ces contrées.

Jean s’était trouvé à Jéricho peu de temps auparavant ; il se rendait souvent dans la Palestine. D’ordinaire il demeurait à Éphèse ou dans les environs ; c’est là qu’il reçut sa convocation. Barthélemy était en Asie, à l’orient de la mer Rouge. J’ai oublié où se trouvait Jacques le Mineur. Il était très beau, et ressemblait beaucoup à Jésus ; aussi aimait-on à l’appeler le frère du Seigneur.

Paul ne fut point appelé. Les parents et les anciens amis de la sainte famille furent seuls convoqués.

Je vis aussi arriver chez la sainte Vierge sa demi sœur, Marie d’Héli, née du second mariage de sainte Anne. Marie d’Héli, grand’mère des apôtres Jacques le Mineur, Thaddée et Simon, etc., était alors très âgée ; elle avait vingt ans de plus que la sainte Vierge.