CHAPITRE V
Élection des sept diacres. — Premières attaques de Saul et des Juifs. — Dispersion des apôtres.
Une grande activité règne autour de la maison de Lazare à Béthanie : on voit des gens tisser, tresser et confectionner toutes sortes d’objets. Lazare s’occupe à faire construire des maisons et à distribuer tous ses biens aux fidèles. Sa grande fortune a beaucoup facilité la fondation de la communauté. Qui a plus fait que lui ? Il était riche ! il devint pauvre comme un mendiant, et plus tard il se vit exposé sur la mer dans un misérable esquif.
Un matin, Pierre, Jean et sept autres apôtres se rendirent au Temple. On avait déjà apporté sur des brancards un grand nombre de malades qu’on avait abrités sous des tentes dressées sur le chemin, dans la vallée de Josaphat ; plusieurs aussi étaient couchés autour du Temple, dans le parvis des gentils et jusque sur le perron du Temple. Ce fut surtout Pierre qui guérit ; les autres le firent aussi, mais le plus souvent ils se bornaient à l’assister. Il ne guérit que ceux qui croyaient et désiraient se joindre aux fidèles. Comme il y avait une double rangée de malades, pendant que Pierre guérissait d’un côté, je vis son ombre passer sur ceux du côté opposé, qui furent guéris par le seul acte de sa volonté. Il en renvoya plusieurs. Il enseigna dans le Temple d’abord en face de l’autel des sacrifices, ensuite à gauche de l’entrée sur une estrade. Personne ne l’en empêcha et la multitude s’attacha de plus en plus aux apôtres.
Quelque temps après, je vis au cénacle la mort d’Ananie. Il vint accompagné d’un homme qui portait le prix du champ qu’il avait vendu. D’accord avec sa femme, il avait fraudé sur le prix. Pierre était dans la cour du cénacle avec les apôtres et tous les néophytes. Lorsqu’Ananie déposa sa bourse aux pieds de Pierre, celui-ci dit quelques mots : en les entendant, Ananie tomba et expira. Ceux qui l’enlevèrent étaient des gens de service à moitié vêtus, comme ceux qui avaient apporté l’autel à l’église de Béthesda. Saphira vint quelques heures après, et expira aussi. Ils n’avaient pas encore reçu le baptême, et on les ensevelit dans leurs vêtements. Je fus saisie de crainte au sujet de leurs âmes ; mais elles ne sont pas perdues : ils sont morts pour servir d’exemple.
Pierre et les autres apôtres s’étaient dispersés en Judée pour y prêcher l’Évangile. Le cénacle avait été fermé, et la sainte Vierge était retirée dans la maison de Marthe, à Béthanie. Jacques le Mineur seul, avec quelques disciples, resta à Jérusalem auprès de l’église de Béthesda.
Pendant ce temps, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que, disaient-ils, leurs veuves étaient négligées dans la distribution des aumônes. À leur retour, les apôtres se réunirent au cénacle de Jérusalem, et je les vis d’abord reconnaître, par une cérémonie solennelle, la suprématie de Pierre. L’ayant fait sortir de leurs rangs, ils le conduisirent au milieu du sanctuaire, où Jean le revêtit du manteau dont le Seigneur l’avait honoré ; d’autres lui présentèrent la crosse et placèrent sur sa tête une sorte de mitre ; puis ils reçurent tous la sainte communion de sa main.
La cérémonie terminée, Pierre, entouré des apôtres, adressa la parole, dans le vestibule, à un grand nombre de disciples et de néophytes, qu’on avait convoqués pour leur annoncer les mesures prises au sujet des plaintes sur la répartition des aumônes. Il dit, entre autres choses, qu’il n’était pas convenable d’abandonner la parole de Dieu pour vaquer au service des tables et à des distributions de vêtements. Ainsi Lazare, Nicodème et Joseph d’Arimathie étant devenus prêtres, ne pouvaient plus convenablement administrer les biens des fidèles. Il dit encore plusieurs choses touchant la dispensation des aumônes, le soin des veuves et des orphelins. Je vis alors un beau jeune homme à la taille élancée s’avancer, pour offrir ses services : c’était saint Étienne. Plusieurs l’imitèrent, entre autres Parmenas, le plus âgé de tous. Pierre leur imposa les mains, et leur mit l’étole de l’épaule au côté. Une lumière descendit alors sur ceux qui n’avaient pas encore reçu le Saint-Esprit. Le trésor et les provisions de la communauté furent confiés à leurs mains.
Déjà Saul se donnait beaucoup de mouvement à Jérusalem. C’était lui qui excitait la colère des Juifs. Intimement convaincu de la justice de sa cause, il était plein de rage contre les fidèles et ne se donnait pas de repos. Il allait souvent trouver plusieurs disciples de sa connaissance et disputait avec eux. Il cherchait, par tous les moyens possibles, à mettre le trouble dans la nouvelle colonie chrétienne et à la détruire.
Il prit particulièrement à tâche d’irriter les saducéens. Je le vis aller des uns aux autres et se faire promettre qu’ils favoriseraient son entreprise. La conversion de Simon le Magicien l’avait exaspéré au dernier point. Cet homme cependant ne devait pas rester longtemps parmi les fidèles. Saul se fit donner des lettres et des pouvoirs très étendus, et s’en alla persécuter les chrétiens en divers lieux. Bientôt les apôtres se séparèrent. Ils se répartirent dans les diverses contrées de la Judée, et dans les pays voisins, en particulier la Samarie où les Juifs ne pouvaient rien contre eux.
Zachée partit pour Cédar, Thaddée pour le pays natal de Barthélemy, Thomas pour Samarie ; Jean poussa jusqu’à Éphèse. L’un d’eux se rendit sur la frontière d’Égypte, jusqu’à la ville bâtie par de pieux Juifs émigrés au temps des Machabées. Pierre alla à Joppé, à Lydde et à Sarrone. Sylvain, le disciple de Sichar, l’accompagnait.
Pierre faisait plus de miracles que tous les autres. Il chassait les démons et ressuscitait les morts ; je vis même un ange le précéder dans ses courses et annoncer aux hommes qu’ils devaient faire pénitence et implorer le secours de Pierre. Ce fut dans ce voyage qu’il convertit le centurion Corneille et ressuscita la veuve Tabithe.
Jacques le Mineur demeura à Jérusalem ; car les fidèles étaient encore en possession de l’église de Béthesda. Marie et toutes les saintes femmes étaient à Béthanie.