CHAPITRE IV
Nouveaux baptêmes. — Ordination de plusieurs disciples. — Première communion des néophytes.
Ils étaient plus fervents et plus intrépides que jamais. Dans l’église de Béthesda, Thomas enseigna une multitude de fidèles. Pierre s’y rendit aussi, et dit, comme il l’avait fait au cénacle, que maintenant on verrait clairement quels étaient ceux qui avaient reçu l’Esprit envoyé par Jésus ; que désormais allait venir le temps où l’on devrait agir, souffrir la persécution et avoir toutes choses en commun ; ceux qui ne se sentaient pas le courage nécessaire, devaient se retirer. À ces mots, du nombre de ceux qui récemment s’étaient joints aux fidèles, une centaine environ se retirèrent. Mais aucun de ceux qui étaient au cénacle ne fit défection. Je vis ces derniers prier longtemps encore pendant la nuit avec les apôtres.
Quelques jours après, Pierre enseigna de nouveau dans le Temple avec une grande énergie en présence d’une nombreuse assemblée ; il déclara hautement que ni flagellation, ni torture, ni croix ne les empêcheraient désormais d’annoncer publiquement Jésus-Christ. J’entendis une fois tous les apôtres et les disciples interrompre le discours de Pierre par un « oui » prononcé à haute voix. Plus tard, pendant qu’ils priaient, je vis passer au-dessus du Temple des nuées lumineuses et descendre sur eux une lumière si éclatante, que la flamme des lampes pâlit et disparut.
Lorsqu’ils quittèrent le Temple, ils s’en allèrent deux à deux, comme en procession : d’abord les apôtres, ensuite les disciples, puis les néophytes et les nouveaux convertis. Ils sortirent par la porte des Brebis, à l’est de Jérusalem, puis se dirigèrent à l’ouest, du côté de Sion, et revinrent au cénacle.
Depuis longtemps déjà, la sainte Vierge avait quitté le Temple avec plusieurs saintes femmes. Elle priait seule au cénacle, agenouillée devant le saint Sacrement. Madeleine priait dans le vestibule, tantôt debout, tantôt à genoux, tantôt prosternée par terre et les bras étendus. Les autres saintes femmes s’étaient retirées dans de petites cellules attenantes à l’église de Béthesda. Elles étaient deux ensemble, et s’y occupaient à confectionner des robes baptismales et d’autres vêtements pour les cérémonies religieuses.
Lorsque le cortège des apôtres, des disciples et des néophytes fut arrivé dans la cour du cénacle, les apôtres placèrent ces derniers en face de l’entrée de la maison. Les autres entourèrent le cénacle, où se rendirent à la piscine. Pierre et Jean entrèrent au cénacle et ramenèrent au milieu d’eux jusque sur la porte du vestibule la sainte Vierge, revêtue de ses habits de cérémonie. Elle portait un long manteau bleu dont la doublure, rejetée en arrière, était ornée de broderies ; elle avait sur la tête, par-dessus son voile, la petite couronne avec deux bandes retombant de chaque côté. Pierre adressa la parole aux nouveaux convertis et les confia à Marie, comme à leur mère commune ; il les lui présenta par groupes d’une vingtaine, qu’elle bénit successivement, après leur avoir fait une petite allocution. Elle dit à tous la même chose.
Je vis ensuite célébrer une messe solennelle au cénacle. Toutes les cloisons avaient été enlevées du côté de la salle latérale et du vestibule. Dans le sanctuaire, on avait suspendu au-dessus de l’autel une guirlande de verdure et de fleurs. Des lampes brûlaient des deux côtés du calice de la Cène, que l’on avait recouvert d’un voile blanc et placé sur un endroit élevé. Sur l’autel se trouvaient un calice plus petit et un pain azyme aussi recouvert, et par derrière une assiette avec deux burettes contenant du vin et de l’eau. L’assiette fut retirée, la burette de vin placée d’un côté, et la burette d’eau de l’autre côté de l’autel.
Pierre, revêtu de son manteau épiscopal, célébra la messe, assisté de Jean et de Jacques le Mineur. Je vis toutes choses se faire comme lors de l’institution de l’Eucharistie : l’offertoire, le vin et l’eau versés dans le calice, le lavement des mains et la consécration. Le vin et l’eau furent versés de deux côtés différents. Des rouleaux d’écriture étaient placés à l’un des coins de l’autel. Après avoir communié, Pierre présenta aux deux assistants l’Eucharistie sous les deux espèces. Jean donna ensuite la sainte communion, d’abord à la sainte Vierge, puis aux apôtres et à six disciples qui allaient recevoir la consécration sacerdotale, enfin à beaucoup d’autres personnes. Les communiants s’agenouillèrent ; ils avaient devant eux une nappe étroite que deux disciples tenaient à chaque bout. Je ne vis aucun des fidèles communier sous l’espèce du vin.
Les six disciples qui devaient recevoir la prêtrise se tenaient au milieu du chœur occupé par les apôtres. La sainte Vierge apporta les vêtements nécessaires pour leur ordination et les déposa sur l’autel. C’était Zachée, Nathanaël, José-Barsabas, Barnabé, Jean-Marc et Éliud fils du vieux Siméon. Ils s’agenouillèrent deux à deux devant Pierre, qui leur adressa la parole et lut des prières écrites sur un rouleau. Jean et Jacques, tenant des flambeaux à la main gauche, leur imposèrent la main droite sur l’épaule, tandis que Pierre la leur imposa sur la tête. Pierre ensuite leur coupa quelques mèches de cheveux, qui furent placées sur l’autel dans une petite assiette ; puis il leur oignit la tête et les doigts avec de l’huile qu’il prit dans une petite boîte que tenait Jean. On les revêtit des ornements sacerdotaux ; on passa aux uns l’étole en travers sous le bras ; les autres l’eurent croisée sur la poitrine.
J’ai oublié les détails de cette ordination : toutes les cérémonies étaient moins longues, et pourtant plus solennelles qu’aujourd’hui. A la fin, Pierre bénit l’assemblée avec le grand calice de la Cène, sur lequel reposait le saint Sacrement.
Marie et les saintes femmes se rendirent de là à l’église de Béthesda. Les apôtres, les disciples et les néophytes y allèrent en procession, chantant des cantiques et tenant des branches d’arbres à la main. La sainte Vierge pria dans le chœur, agenouillée devant l’autel. Pierre monta en chaire et prêcha sur la communauté des biens des fidèles : l’un ne devait pas posséder plus que l’autre ; ils devaient tout partager ensemble et pourvoir au besoin des nouveaux convertis. Il rendit aussi des actions de grâces au Sauveur pour les bénédictions et les faveurs dont il les comblait.
Il y eut encore de nouveaux baptêmes. On baptisa des personnes des deux sexes, tandis que, avant la Pentecôte, je n’avais vu baptiser que des hommes. Je vis souvent une nuée lumineuse ou un rayon de lumière qui descendait sur eux : ils étaient merveilleusement fortifiés et comme transfigurés. Qu’il était touchant de voir tant d’habitants des contrées les plus lointaines abandonner tout pour venir se joindre aux fidèles !
Tous ceux qui avaient été baptisés ces derniers jours se rendirent ensuite à l’église de Béthesda, où ils furent instruits sur la sainte Eucharistie ; après quoi on les communia. Il leur fut dit que ce sacrement avait été institué pendant la nuit, parce que nous étions dans les ténèbres et que nous devions recevoir la lumière durant la nuit, afin qu’elle fît place au jour. Des instructions de ce genre leur furent adressées durant plusieurs jours.
Lorsque les apôtres eurent achevé de préparer les néophytes à recevoir le saint Sacrement, ils se réunirent à l’église de Béthesda. On plaça sur l’autel un plat ovale où il y avait plusieurs pains azymes posés les uns sur les autres. Puis un apôtre apporta le calice dont le Seigneur s’était servi lors de l’institution de l’Eucharistie.
Je vis alors entrer saint Pierre : il semblait préoccupé et marchait très vite. Il était revêtu de sa robe sacerdotale blanche, avec la ceinture pendante. Il mit par-dessus un manteau rouge et or. Il pria d’abord devant l’autel, ayant à ses côtés deux apôtres qui lui répondaient. Je le vis à l’offertoire élever le pain et le calice, rompre le pain en plusieurs morceaux, les bénir et prononcer sur le pain et le vin les paroles de la consécration ; dès ce moment ils devinrent lumineux.
Lorsqu’il éleva le pain et le calice, je vis au-dessus de l’autel une main lumineuse qui semblait sortir d’un nuage : quand il les bénit et prononça les paroles de la consécration, cette main fit aussi le signe de la croix pour bénir, et je ne la vis disparaître que lorsque l’assemblée se fut séparée. Je ne crois pas que Pierre ait vu cette main. Après la consécration, Pierre communia le premier, puis il plaça dans le vase qui était sur l’autel le pain consacré. Alors les apôtres s’approchèrent, et il leur donna la sainte Eucharistie ; après eux, tous les assistants vinrent la recevoir comme la fois précédente.
La salle n’étant pas assez grande pour contenir tout le monde, et beaucoup de personnes étant restées dehors, ceux qui avaient communié les premiers sortirent pour faire place aux autres. Au moment de communier, ils ne s’agenouillèrent pas, ils ne firent que s’incliner respectueusement. Pierre but au calice, et après lui les apôtres, qui le présentèrent aux autres assistants.