CHAPITRE III

Le très saint Sacrement est transporté à l’église de la piscine de Béthesda. — Guérison d’un boiteux au temple. — Pierre et Jean comparaissent devant le sanhédrin.

Le lundi de la Pentecôte et le jour suivant, les apôtres revinrent à la nouvelle église de la piscine de Béthesda. Un grand nombre de fidèles étaient rassemblés autour de l’église et dans les enceintes de la piscine, priant Dieu et implorant sa protection pour l’œuvre commencée. Je les vis, pleins de ferveur, se prosterner souvent la face contre terre.

Pierre, Jean et André prêchèrent tour à tour en trois endroits différents. Jacques le Mineur enseigna dans la chaire de saint Pierre sur la troisième terrasse de la piscine. Les apôtres, avec un grand nombre de disciples et de fidèles s’occupaient de l’arrangement intérieur de l’église. Durant tous ces jours, il régnait parmi les fidèles une incroyable activité. On tissait, on tressait, on confectionnait des objets de toute sorte, tant pour l’église que pour les pauvres. Je vis jour par jour tous ces travaux, et j’éprouvai un vif désir d’y prendre part.

La nouvelle église de la piscine de Béthesda est un grand carré long, dans l’intérieur duquel sont disposés de trois côtés des gradins en pierre pour les auditeurs ; sur l’un des côtés on a ménagé une place élevée où est dressée la chaire. Les fenêtres sont percées à une grande hauteur. Le long de la muraille extérieure est un escalier pour monter à la plate-forme, qui est entourée d’une galerie.

Sur l’autel, se trouve un tabernacle en forme de cloche, entouré d’un rideau fermé sur le devant comme un manteau d’évêque, par deux plaques de métal. À droite et à gauche de l’autel, il y a des lampes à plusieurs branches. L’autel lui-même est tout entier recouvert d’une draperie blanche rayée de diverses couleurs, et surmonté d’un dais qu’une figure peinte, ouvrage des saintes femmes, tient suspendue par cinq bandes d’étoffe qui se réunissent dans sa main : c’est l’image d’un vieillard vêtu comme le grand prêtre, avec un nimbe triangulaire derrière la tête ; elle me rappelle les représentations bien connues de Dieu le Père. Elle se penche comme pour regarder en bas, étend une main pour bénir, et tient dans l’autre les cinq bandes d’étoffe. J’ai vu souvent de semblables images chez les Juifs de cette époque.

Ce jour-là, les apôtres portèrent le très saint Sacrement à la nouvelle église de la piscine de Béthesda. Pierre, entouré d’une vingtaine de disciples, prêcha d’abord avec beaucoup d’ardeur sous la porte de la cour du cénacle, en présence d’une foule nombreuse ; plusieurs Juifs y accoururent pour le troubler par leurs objections, mais ils n’y réussirent point. On se rendit ensuite à la nouvelle église. Pierre portait devant lui le saint Sacrement dans une boîte qu’enveloppait une bourse blanche attachée à son cou ; la sainte Vierge venait derrière les apôtres avec les autres saintes femmes et plusieurs disciples. Une partie du chemin était ornée de nattes de chaque côté, et dans le voisinage de l’église, on en avait même tendu au-dessus de la route.

Le saint Sacrement fut mis dans le nouveau tabernacle placé au-dessus de l’autel, qu’une cloison séparait du reste de l’église. Elle était en clayonnage, recouverte à l’intérieur d’une belle draperie blanche, et d’une étoffe plus grossière à l’extérieur. Le dais et le rideau qui en retombait formaient un demi-cercle ou plutôt une niche derrière l’autel, qui dominait la chaire ; l’espace de l’une à l’autre formait une espèce de chœur où se tenaient les apôtres et les disciples. Les fidèles en étaient séparés par une grille placée sous la chaire. Il y avait dans cette grille des ouvertures par lesquelles on donnait la sainte communion, comme dans les couvents, et, des deux côtés de la chaire, de petites portes par lesquelles les apôtres et les disciples entraient dans le chœur.

Les fidèles se rangeaient suivant certaines règles, les femmes à part. Une partie des néophytes seulement reçut la sainte Eucharistie ; aux autres, on distribua du pain bénit. Dans aucune de ces cérémonies, je n’ai vu donner aux fidèles le précieux sang.

Plusieurs petites coupoles surmontaient le toit de l’église. Le sol était couvert de tapis de diverses couleurs, comme celui du cénacle dans ces derniers temps : on se déchaussait en y entrant. Il y eut ce jour-là à l’autel une cérémonie solennelle, à la suite de laquelle je vis plusieurs apôtres et disciples se rendre à Béthanie, après avoir enseigné le peuple en divers endroits de la ville. Le cénacle était fermé, et il n’y avait personne à la piscine de Béthesda.

Vers trois heures de l’après-midi, je vis Pierre et Jean monter au Temple, accompagnés de quelques disciples, parmi lesquels était Simon, si je ne me trompe. Marie et quelques saintes femmes s’y rendirent aussi. À ce moment, on apportait sur un brancard un homme boiteux de naissance. Pierre et Jean lui adressèrent en passant quelques paroles ; ensuite Pierre parla avec beaucoup de feu devant une foule nombreuse dans le parvis du Temple, au lieu où se trouvait l’autel des offrandes. Pendant ce discours, je vis des soldats occuper des issues, et des prêtres, avec de grands bonnets, s’entretenir ensemble.

Comme Pierre et Jean entraient au Temple, le boiteux leur demanda l’aumône. Il était couché devant la porte, replié sur lui-même, et appuyé sur le coude gauche ; il saisit de la main droite une béquille, à l’aide de laquelle il cherchait vainement à se soulever un peu. Pierre lui dit : « Regarde-nous ! » et il les regarda. Pierre dit encore : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne. Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! » Puis il le souleva en lui prenant la main droite, et Jean le soutint sous les épaules. Alors le boiteux se leva plein de joie, et à l’instant ses jambes s’affermirent. Je le vis courir à travers le parvis du Temple, en sautant et en poussant des cris joyeux.

Une douzaine de prêtres Juifs étaient assis là sur leurs sièges ; je les vis allonger le cou pour voir d’où venait le bruit qu’ils entendaient, car la foule grossissait de plus en plus autour du boiteux guéri. Ayant appris ce qui venait de se passer, ils se retirèrent. Pierre et Jean entrèrent dans le parvis du Temple, et Pierre monta dans la chaire où Jésus, à l’âge de douze ans, avait enseigné les docteurs La prédication apostolique était le couronnement du grand œuvre de l'enseignement de la divine Sagesse qui s'était manifestée dans cette même chaire pour la première fois. . Le boiteux guéri se trouvait là, entouré de beaucoup d’habitants de la ville et d’étrangers. D’autres apôtres et des disciples enseignèrent en différents endroits du Temple. Pierre parla longtemps et avec beaucoup de feu. Mais le soir les soldats du Temple mirent la main sur Pierre et sur Jean, ainsi que sur le boiteux, et ils les jetèrent dans une prison voisine de la cour du tribunal où Pierre avait renié le Seigneur.

Je vis Anne, Caïphe, et d’autres prêtres, assis sur leurs sièges, tenir conseil dans le tribunal où Jésus avait été jugé ; il s’y trouvait beaucoup de gens convertis par la prédication que Pierre avait faite la veille au Temple.

Le lendemain, Pierre, Jean et le boiteux guéri furent tirés par des soldats de la prison dans laquelle Jésus avait été insulté pendant la nuit, et je vis les soldats les pousser devant eux à coups de bâtons. On les fit placer à l’endroit même où avait comparu le Seigneur. Caïphe et les autres prêtres les interrogèrent. Mais Pierre, rempli de l’Esprit-Saint, parla avec beaucoup de fermeté, et ils les renvoyèrent avec menaces.

Durant toute cette nuit, les autres apôtres et beaucoup de disciples n’avaient cessé de prier dans le cénacle pour les prisonniers. Lorsque Pierre et Jean revinrent et leur racontèrent ce qui leur était arrivé, ils élevèrent la voix et manifestèrent leur joie par une prière d’action de grâces. À ce moment toute la maison trembla comme si le Seigneur eût voulu leur faire savoir qu’il était au milieu d’eux et avait exaucé leur prière. Ensuite Jacques le Mineur leur apprit que Jésus lui avait dit en particulier que lorsque Pierre et Jean auraient été arrêtés au Temple, et ensuite relâchés, ils devraient se tenir à l’écart pendant quelque temps.

Sur cette communication, les apôtres fermèrent le cénacle, et Pierre, portant le saint Sacrement dans une bourse suspendue à son cou, se rendit avec les autres à Béthanie. Ils marchaient divisés en trois groupes. La sainte Vierge et les saintes femmes les suivirent. Les apôtres laissèrent un peu des saintes espèces dans l’église de Béthesda. Jeanne Chusa, la servante de Marie, celle de Madeleine, Marie Salomé et sept disciples restèrent dans les petites habitations voisines de l’église. L’église elle-même fut fermée, et les autres fidèles retournèrent chez eux.

Un grand nombre de personnes se trouvaient réunies à Béthanie ; les apôtres prêchèrent avec beaucoup d’éloquence dans l’hôtellerie des disciples, dans la maison de Simon et chez Lazare, où Joseph d’Arimathie et Nicodème s’étaient retirés à cause de la haine des Juifs. Les apôtres donnèrent la sainte communion dans la maison de Lazare, et distribuèrent le pain bénit dans l’hôtellerie des disciples et chez Simon ; ils continuèrent aussi à prêcher avec beaucoup d’ardeur.